Après l’euphorie de 2025, retour brutal à la réalité pour les éleveurs bovins. Depuis plusieurs semaines, les cours de la viande reculent fortement dans les campagnes françaises. Pourtant, dans les supermarchés, les consommateurs continuent de payer leur viande toujours plus chère. Cherchez l’erreur.
En 2025, toute la filière expliquait les hausses de prix en rayon par la hausse du prix payé aux producteurs. La grande distribution, les industriels et les transformateurs affirmaient alors qu’il fallait “rémunérer les éleveurs”. Très bien. Mais aujourd’hui, alors que les cours à la production baissent rapidement, pourquoi les prix ne redescendent ils pas dans les rayons ?
Encore une fois, les éleveurs servent de variable d’ajustement.
Les industriels et certains acheteurs profitent du moindre retournement de marché pour casser les prix. En quelques semaines, les cours ont perdu plusieurs dizaines de centimes par kilo selon les catégories. Pourtant, ni les charges, ni les contraintes, ni les normes imposées aux éleveurs n’ont diminué.
Car pendant que les prix baissent :
- le carburant reste élevé,
- les coûts de mécanisation explosent,
- les bâtiments coûtent toujours plus cher,
- les exigences administratives continuent de s’accumuler,
- et les normes environnementales ne cessent de se durcir.
Mais pour faire pression sur les producteurs, tout va très vite.
Dans le même temps, les consommateurs constatent eux-mêmes que le steak haché, les pièces à griller ou la viande bourguignonne restent à des niveaux records en grande surface. Pire : dans certaines enseignes, les prix continuent d’augmenter.
Alors une question simple se pose : où passe l’argent ?
Certainement pas dans la poche des éleveurs.
Depuis des années, la Coordination Rurale dénonce ce système hypocrite où toute la filière vit du travail des producteurs pendant que ces derniers peinent à dégager un revenu digne. Quand les cours montent, les distributeurs répercutent immédiatement les hausses au consommateur. Quand les cours baissent, les marges restent dans les mêmes poches.
Le discours sur la “souveraineté alimentaire” et la “défense de l’élevage français” ne peut plus suffire. À force d’étrangler les producteurs, il ne restera bientôt plus d’éleveurs dans nos territoires.
La France manque déjà d’animaux. Le cheptel bovin continue de diminuer année après année. Beaucoup d’éleveurs partent à la retraite sans repreneur. Les jeunes hésitent à s’installer face à un métier où l’on travaille 70 heures par semaine pour subir des prix décidés ailleurs.
Et malgré cela, certains continuent de vouloir acheter la viande toujours moins chère au producteur.
La Coordination Rurale demande :
- un véritable contrôle des marges dans la grande distribution et l’industrie agroalimentaire ;
- l’application réelle des lois censées protéger le revenu agricole ;
- l’arrêt des achats opportunistes visant à casser les cours ;
- et surtout une rémunération juste et durable des éleveurs français.
Sans éleveurs, il n’y aura plus de viande française. Et quand il sera trop tard, ni les industriels ni la grande distribution ne viendront repeupler nos campagnes.