La transmission d’une exploitation est un défi de taille, notamment sur un département comme l’Allier. En effet, près de 1027 agriculteurs, soit 20 % des agriculteurs seront susceptibles de partir en retraite à 62 ans d’ici à 2026 selon les données de la Chambre d’agriculture. C’est pourquoi, la Coordination Rurale de l’Allier a souhaité organiser une visite d’exploitation ce jeudi 17 novembre chez Gilles BLANCHET, exploitant sur la commune de Saint-Sornin pour sensibiliser les élus à cette problématique.

C’est sous une pluie battante et accompagnée de nombreux élus dont le sénateur, Bruno ROJOUAN et le député Yannick MONNET, que Mme la Préfète, Valérie HATSCH, est arrivée à la ferme de Gilles BLANCHET. Occasion pour cet éleveur de parler de sa passion pour son métier et des vaches charolaises, race avec laquelle il travaille depuis 1987. Mais cette rencontre a surtout permis d’aborder la question de la transmission de sa ferme car cet agriculteur de 60 ans va prendre sa retraite au 1er janvier 2023.

Implantée dans une zone de polyculture élevage, cette ferme est typique de l’évolution des exploitations du département, marquée par un agrandissement progressif pour arriver aujourd’hui à un bel ensemble de 240 hectares de SAU réparti sur 3 sites. Avec une SAU supérieure à la moyenne des exploitations du département (110 hectares), l’enjeu était de transmettre ce patrimoine familial à un ou des jeunes porteurs de projets viables à long terme. Il n’était donc pas question de la vendre à n’importe qui. Ainsi, après plusieurs mois de recherche, Gilles BLANCHET finit enfin par trouver chaussure à son pied : trois jeunes prêts à s’investir dans différents points du domaine et avec des projets bien définis et adaptés à leurs besoins. L’un finalise son installation sur 27 hectares. Le second projette d’intégrer un GAEC sur 50 hectares et le dernier va débuter sa carrière agricole sur la surface des 140 hectares restants, comprenant les bâtiments de l’actuel siège de l’entreprise et l’habitation principale.

Si cette transmission est un exemple de réussite et de satisfaction, Gilles souligne, devant une équipe préfectorale attentive, les difficultés que rencontrent les agriculteurs à transmettre leurs exploitations, notamment en bovins viande. « Le travail du vivant n’est pas facile, cela demande des concessions, il n’y a jamais de repos. Sans compter que s’installer demande un investissement conséquent sans aucune garantie de rentabilité sur du long terme. Conséquence, sur ma commune, on comptait autrefois 18 exploitants, aujourd’hui, il n’ en reste que 6 ! Cette profession sera bientôt un métier oublié ! ».

Pour Gilles, s’il est difficile d’avoir la main sur les prix, il est possible en revanche d’aider les jeunes à l’achat. Des leviers existent comme une hyper bonification des prêts contractés à l’installation pour l’achat de foncier ou le crédit transmission qui permettrait, pour le cédant d’obtenir des exonérations d’impôts et, pour l’acquéreur, d’abaisser à 30 % du prix le paiement exigé lors de la conclusion de la vente.

Mais pour le président de la CR03 le manque de vocation est plus global: « Sans prix mais avec une hausse constante des contraintes, la passion du métier ne suffira pas pour maintenir des agriculteurs sur nos territoires. Il est nécessaire aujourd’hui d’assouplir la réglementation et d’harmoniser les normes sociales et environnementales à l’échelle européenne » s’exclame François WALRAET.

Devant un buffet composé de produits locaux, les échanges se sont chaleureusement poursuivis. La CR03 remercie vivement madame la Préfète et toutes les personnes présentes à cette visite pour avoir participé à enrichir le débat autour de la transmission et des freins liés à l’installation d’agriculteurs aujourd’hui.

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