La prolongation de la crise énergétique liée au blocage des approvisionnements en pétrole, gaz et engrais dans le détroit d’Ormuz frappe de plein fouet un secteur agricole français déjà fragilisé économiquement. La flambée des prix des intrants stratégiques indispensables à la production agricole fait peser un risque majeur sur la pérennité des exploitations, en particulier à l’approche de l’année 2027.
La Coordination Rurale alerte : sans une stratégie nationale cohérente et anticipée, la France s’expose à une accélération des liquidations d’exploitations et à un affaiblissement durable de l’ensemble de ses filières.
Éviter la répétition des erreurs de 2022
La Coordination Rurale rappelle les enseignements de la crise de 2022, déclenchée par la guerre en Ukraine. À l’époque, la dépendance excessive à certaines voies d’approvisionnement énergétique et commerciale avait déjà mis en difficulté les agriculteurs, sans réponse politique suffisante.
Aujourd’hui, en plus d’un deuxième refus par Bruxelles de suspendre le MACF, la hausse brutale du prix du GNR et la flambée des tarifs des engrais plongent notamment les filières de grandes cultures dans une situation financière critique. Sans intervention rapide de l’État, les conséquences seront lourdes pour la souveraineté alimentaire française.
Pour une planification énergétique au service de l’agriculture
L’exposition structurelle du secteur des engrais azotés aux variations du prix du gaz n’est plus soutenable. Dans ce contexte, la Coordination Rurale appelle à une réorientation stratégique de la politique énergétique française en faveur de l’électricité, dont la production (nucléaire et photovoltaïque) peut offrir une alternative plus stable et plus compétitive. L’électricité représente 16% de la consommation pour le secteur agricole.
L’électricité peut et doit devenir un levier majeur de compétitivité pour les exploitations agricoles (distribution à prix coutant sans taxe), particulièrement dans une période marquée par la hausse du coût des énergies fossiles.
Plusieurs mesures à encourager :
– En Espagne et en Allemagne, des mesures ciblées ont été mises en place pour alléger les conséquences de la crise énergétique et accompagner les secteurs exposés, comme l’agriculture ou l’industrie. Un alignement cohérent de la France sur des mesures équivalentes pourrait être décidé.
– Une sortie assumée du marché européen de l’électricité doit pouvoir être envisagée, tout comme la désindexation des prix de l’électricité sur ceux du gaz, afin d’assurer la compétitivité de l’ensemble de notre tissu économique. Ou d’un choix ciblé de réévaluer le rachat de l’électricité produite par le photovolaïsme produites par les agriculteurs pour garantir du revenu.
– Un positionnement clair de l’Etat, d’InVivo et d’Avril est nécessaire concernant la relocalisation de la production engrais azotés en France à partir de l’hydrogène.
– Un engagement de l’État pour plafonner temporairement le prix du GNR à 1€ TTC et de celui du gaz (via un bouclier tarifaire ciblé) destiné au monde agricole permettrait d’accompagner cette transition nécessaire dans les années à venir.
L’État doit cesser d’être un « pompier » pour redevenir un « stratège » et garantir la viabilité économique de notre agriculture. Nous attendons des réponses aux promesses du Chef de l’Etat faites lors du SIA 2026 !