Cédric GERARD : rapport moral 2010

L'année 2010 est encore une année à oublier.
Malgré notre combat syndical, les prix de l'ensemble des productions agricoles n'ont pas beaucoup évolué par rapport à 2009 et restent à des niveaux trop bas pour espérer vivre dignement de notre métier.

Seules les céréales connaissent actuellement une embellie. On dira que leur prix atteint un niveau normal.
On peut constater un profond malaise dans notre profession du à cette crise qui perdure. 65% des agriculteurs ont un revenu inférieur à 5400€/an, près de 10000 agriculteurs perçoivent le RSA. On peut s'attrister aussi que près de 400 de nos collègues aient décidé de mettre fin à leurs jours, sans parler des jeunes qui hésitent à s'installer et de ceux qui sont dans le doute, le découragement, la dépression et la perte de confiance en soi.

Voilà le bilan catastrophique d'une crise interminable, des politiques agricoles inadaptées qui se succèdent depuis des années et aussi des règlements de plus en plus nombreux et compliqués.

A la CR nous n'avons pas de solutions toutes faites, mais nous pensons qu'il faut remettre l'Agriculteur et l'Homme au premier plan.
Nous ne devons plus être considérés comme des assistés par l'opinion publique en devenant de vrais chefs d'entreprises responsables et en nous comportant comme tel : redevenir acteur des marchés en maîtrisant l'offre par le biais de la contractualisation et surtout en participant activement à la construction des organisations de producteurs.
Nous ne pouvons plus nous laisser manipuler par l'ensemble des industries agro-alimentaires. La crise que nous vivons a désintégré la confiance qui pouvait exister entre nous.
Il est indispensable que chaque producteur connaisse ses coûts de production pour pouvoir justifier d'un prix auprès des industriels ainsi qu'auprès des consommateurs.
Nous avons aussi un gros travail de remise en question au sein de nos exploitations. Le fait de produire en étant aidé nous a souvent conduit vers une augmentation des coûts. Pour faire augmenter nos marges, nous devons tendre vers une autonomie alimentaire et réapprendre à décider sans l'appui technique de nos fournisseurs.
En bref, redevenir de vrais chefs d'entreprises.

Aujourd'hui, il faut faire changer les mentalités. Si demain nous voulons encore une agriculture dynamique dans notre pays, il faudra que chaque litre de lait, chaque quintal de céréales, chaque kilo de viande soit payé à son juste prix !
Nous pensons que les produits alimentaires sont trop chers pour les consommateurs. Les industriels et la grande distribution prennent de trop grosses marges sur les produits.

Nous vivons dans un beau pays, avec une diversité de paysages et une production agricole formidable. Nous, les agriculteurs, nous façonnons au quotidien ces richesses inestimables. Nous sommes les garants d'une alimentation abondante et saine, nous protégeons l'environnement par des pratiques de plus en plus vertueuses.
Nous sommes innovants en matière de production d'énergie et de nouveaux emplois.

En bref, notre métier est nécessaire au bon fonctionnement de notre société. Alors remettons-y de l'humanité, de l'équilibre et du bon sens paysan, sinon, ce sera le chaos.

Réveillons-nous !

Cédric GERARD
Président de la CR88

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