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Marasme agricole : lettre ouverte d’un agriculteur loirétain

Alimentation animale

Marasme agricole : lettre ouverte d’un agriculteur loirétain

Faisant suite à un nouveau drame dans nos campagnes, un agriculteur du Loiret (45) témoigne du marasme agricole et publie une lettre ouverte criante de vérité.

Un drame de plus dans nos campagnes. Cela était-il prévisible ?
Essayons de comprendre pourquoi une politique agricole commune, incohérente et inadaptée à notre agriculture, associée à une très mauvaise récolte suite aux aléas climatiques, entraîne certains agriculteurs au désespoir, jusqu’à l’extrême.

En production laitière, en 2010, les éleveurs ont eu l’obligation de respecter de nouvelles normes européennes (fumières, épandages, stockages, directives nitrates, bien-être animal, etc.) entraînant des investissements importants.
En 2015, suppression des quotas laitiers entraînant une chute du prix du lait de 35% à ce jour (moins 100 euros les 1000 litres).
Le cumul des nouveaux emprunts dus à ces mises aux normes et de la baisse du prix du lait a provoqué des résultats économiques catastrophiques chez les éleveurs laitiers, qui se retrouvent prisonniers de leur exploitation, avec des charges de travail importantes et un salaire de misère, pour ceux qui en ont encore un…

QUI EST RESPONSABLE ?

En production céréalière, en 2014, diminution des aides européennes de 30% sur 3 ans, alors que les prix ont chuté de l’ordre de 25% depuis 2012.
Suite aux aléas climatiques, pour cette année, baisse de rendement de l’ordre de 35% (allant jusqu’à 60% dans certaines parcelles pour certaines productions), associée à un manque de qualité, entraînant des déclassements de prix supplémentaires.
Le cumul de la baisse des prix des céréales (due au marché mondial) et de très mauvaises récoltes a entraîné des résultats économiques négatifs dans les exploitations, avec des déficits très importants pour de nombreux agriculteurs.

SONT-ILS SEULS RESPONSABLES DE LEURS DIFFICULTÉS ?

Face à cette détresse des hommes, les solutions proposées par nos dirigeants sont essentiellement basées sur le report des charges à payer (emprunts, MSA, etc.), avec la possibilité de réaliser de nouveaux emprunts à taux préférentiels, pour ceux qui peuvent encore emprunter…
Excepté le dégrèvement foncier, aucune aide directe n’est à ce jour proposée aux agriculteurs afin d’éviter un surendettement qui peut condamner l’exploitation.
L’agriculteur va donc se retrouver en 2017 avec des charges supplémentaires (impayés de 2016 et nouveaux emprunts pour combler le déficit), dans un contexte où les prix de marché de ces différentes productions (lait, viande, céréales) ne lui permettront peut-être pas d’y faire face. Donc, se retrouver une année de plus sans résultat.

LA SPIRALE DE LA DESCENTE AUX ENFERS CONTINUE…

Il faut que les politiques agricoles à venir prévoient une augmentation des prix des productions agricoles (lait, viande, céréales) payés aux agriculteurs, en tenant compte des charges spécifiquement françaises, afin qu’ils puissent retrouver des résultats corrects. Faute de quoi, les décideurs politiques – éloignés des réalités agricoles vécues – seront tenus pour responsables de la disparition programmée des agriculteurs français.

Eric Devin

Agriculteur à Préfontaines (Loiret – 45)

NB. Les chiffres indiqués sont des ordres de grandeur moyens dans notre région.