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Malgré la reculade de S. Royal sur l’interdiction de l’urée, le « PREPA » reste inquiétant

Malgré la reculade de S. Royal sur l’interdiction de l’urée, le « PREPA » reste inquiétant

Alors que le plan de réduction des émissions de polluants atmosphériques (PREPA) prévoyait, dans sa version mise en consultation du public, une interdiction de l’urée à partir de la campagne 2019-2020, l’arrêté définitif du 10 mai 2017 ne l’interdit pas mais conditionne son utilisation à certains conditions, afin de limiter de février à avril, sa volatilisation sous forme d’ammoniac.

La Coordination Rurale s’est toujours opposée fermement à l’interdiction de l’urée !

Ayant participé aux travaux sur l’élaboration du PREPA et contribué à la consultation du public, la CR a demandé qu’aucune sur-transposition de la réglementation européenne ne soit effectuée, celle-ci n’exigeant pas l’interdiction de l’urée.

En outre, la volatilisation d’ammoniac peut être réduite par l’utilisation de techniques appropriées, comme l’enfouissement ou l’utilisation d’inhibiteurs d’uréase.

D’autres mesures contraignantes pour agriculteurs !

Premièrement, la qualité de l’air sera in fine intégrée au carcan administratif de la PAC (éco-conditionnalité, BCAE, MAEC…), ce qui induira sûrement de nouvelles contraintes pour l’ensemble des agriculteurs.

Deuxièmement, l’arrêté préconise un plan d’action favorisant la mise aux normes des bâtiments et l’utilisation de matériels moins émissifs tels que pendillards, injecteurs et l’enfouissement des engrais. Les matériels les plus émissifs, tels que les buses palettes, seraient interdits à l’horizon 2025.

Mais qui va payer pour tout cela ? L’arrêté évoque un si modeste « fonds de 10 millions d’euros d’aides en faveur de l’investissement dans les élevages » que l’on pourrait croire à une blague !

Troisièmement, une campagne nationale évaluant la présence de produits phytopharmaceutiques dans l’air va être lancée dans le cadre du dispositif de phytopharmacovigilance, avec à la clé de nouvelles contraintes réglementaires, en fonction de ce qui sera trouvé.

Mais rappelons que selon l’aveu même de l’ancien ministre Stéphane Le Foll, auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur le coût de la pollution de l’air, « la contamination de l’air par les pesticides reste faible, puisqu’elle se compte en nanogrammes par mètre cube », c’est-à-dire en millionièmes de milligramme par m3 !

Rappelons aussi que Mme Royal n’était pas à une incohérence près, puisque l’interdiction des néonicotinoïdes qu’elle a voulue, va augmenter les traitements en végétation et donc les risques d’émissions dans l’air…

Enfin, le brûlage des résidus agricoles à l’air libre sera limité à partir de la campagne 2019-2020 et d’autres mesures sont plus symboliques, comme la formation, l’expérimentation, la diffusion de codes de bonnes pratiques.

Ce n’est pas l’air de la campagne qui pollue l’air de la ville !

A quoi serviront tous ces nouveaux efforts imposés aux agriculteurs ?

Si les espaces urbains connaissent des pics de pollution préjudiciables à la santé humaine, il ne faut pas perdre de vue que ce sont les particules fines des véhicules qui sont visées par la littérature scientifique et médicale, notamment celles du diesel, pourtant crédité d’un bonus écologique dans la foulée du Grenelle de l’Environnement car moins émissif de CO2. Les récents scandales de la falsification des émissions de particules par les constructeurs automobiles et de l’AD-blue pour les poids lourds montrent qu’il y a encore beaucoup à faire.

Les émissions de particules fines par les activités agricoles restent marginales quant à leur impact sur la santé publique. D’ailleurs, si elles étaient importantes, cela devrait se traduire par un mauvais état de santé des agriculteurs, les premiers exposés, ce qui n’est pas le cas. A supposer que l’on obtienne leur suppression totale, avec des conséquences économiques dramatiques sur le secteur agricole, cela n’empêcherait pas la formation des pics de pollution urbaine.