L'info régionale

Réseaux sociaux

Lettre ouverte de la CR65 à l’administration

Brebis CR65

Lettre ouverte de la CR65 à l’administration

Chère Administration,

Je t’envoie cette petite carte postale des Hautes-Pyrénées où j’ai passé mon été à compter mes brebis à cause des multiples attaques qui ont frappé mon troupeau. D’ailleurs j’espère que tu apprécieras la photo, je me suis dit que ça ferait joli dans ton bureau !

Même si je n’ai pas pu voir l’ours Goiat de mes propres yeux, je sais qu’il est dans le secteur, et surtout qu’il ne mange pas que du miel (quelle surprise) ! Presque tous les jours, les collègues et moi nous retrouvons des brebis au mieux mutilées, au pire sauvagement tuées et dévorées par l’ours. Je n’imagine même pas les souffrances atroces auxquelles elles ont dû faire face en attendant la mort… Pour celles qui restent c’est un peu compliqué aussi, entre le stress chronique et les avortements à la chaîne, l’ambiance n’est pas au top ! Des fois nos patous disparaissent aussi, il y en a même qui ne réapparaissent jamais après les attaques.

Et crois-moi Administration, même si on le vit tous les jours on ne s’y habitue jamais, et tu sais pourquoi ? Parce que l’on fait notre métier avec passion et que l’on est viscéralement attachés à nos brebis. Un peu comme les propriétaires des chevaux qui se font mutiler en ce moment. D’ailleurs, pourquoi chaque nouvelle attaque sur des chevaux est largement médiatisée tandis que tout le monde se fiche des attaque de l’ours ? Peut-être pour cacher l’échec cuisant de cette réintroduction contre-nature ? Avoue que le constat est loin d’être brillant !

Mais bon, assez parlé de l’ours, parlons un peu de moi ! Je ne dors plus que quelques heures par nuit, je fais des cauchemars et je suis devenu insomniaque. Je commence à faire de la tachycardie mais ça doit être normal. Je ne mange plus non plus, j’ai une espèce de boule dans le ventre qui me fait un mal de chien. Heureusement que j’ai les copains, on se retrouve très régulièrement pour aller compter les bêtes. Il faut que je te dise quelque chose : certains sont très en colère après toi, il y en a d’autres qui veulent tout lâcher et même certains qui veulent se foutre en l’air. Oui oui, à cause de toi !

Alors maintenant on va arrêter de jouer, parce que jusqu’à preuve du contraire la montagne appartient encore aux brebis, aux patous et aux bergers. Regarde bien cette photo et réfléchis 30 secondes : et si à la place de la brebis c’était ton cinquième chihuahua à être sauvagement attaqué par le gros beauceron qui traîne dans le secteur, animal qui vous aurait d’ailleurs été imposé dans le quartier par des gens qui ne vivent pas là mais qui trouvent ce chien joli ? Te laisserais-tu acheter par une énième indemnisation ou bien remuerais-tu ciel et terre pour que ce chien déguerpisse de là ? La solution est simple : on ne peut pas déménager les estives donc c’est à l’ours de déménager, et vite. La colère monte, ce n’est pas lorsqu’un berger manquera à l’appel qu’il te faudra faire semblant de réagir…

Je te souhaite de pouvoir longtemps te regarder dans la glace avec tout ce sang sur les mains.

Bonne continuation,

La colère des bergers des Pyrénées.

Tags :