Le 16 septembre 2025, à l’occasion du Space de Rennes, le Crédit Agricole a annoncé la création d’un « fonds de développement en agriculture ». Premier financeur du secteur agricole, la banque revendique aujourd’hui 80 % de parts de marché auprès des exploitants et gère 55 milliards d’euros d’encours de crédit. Ce nouvel outil vise à accompagner les projets d’installation et de modernisation dans un contexte où les besoins financiers du secteur sont colossaux.
Un dispositif sous forme de quasi-fonds propres
Le principe retenu est celui des quasi-fonds propres : il ne s’agit pas pour la banque d’entrer au capital des exploitations, mais de proposer un financement complémentaire entre le crédit bancaire classique et les fonds propres de l’agriculteur.
Concrètement :
- durant les premières années, seuls les intérêts sont dus ;
- le remboursement du capital est différé et n’intervient qu’au bout de 7 à 9 ans ;
- l’objectif est de soulager la trésorerie des exploitants lors du démarrage du projet et de renforcer leur capacité de résilience face aux aléas.
« Nous souhaitons absolument que l’agriculteur conserve la destinée capitalistique de son exploitation », a insisté Jean-Pierre Touzet, directeur du pôle agri-agro garantie et développement du Crédit Agricole SA.
Selon Christelle Doussineau, directrice du marché de l’agriculture du Crédit Agricole en Bretagne, les montants des tickets se situeront « entre 150 000 et 250 000 euros pour les installations en volaille et porc en Bretagne ».
Une enveloppe initiale limitée
Le fonds démarre avec une dotation de 10 millions d’euros. En considérant un ticket moyen de 200 000 euros, cela permettrait d’accompagner une cinquantaine de projets d’élevages dans les prochaines années.
Le lancement opérationnel est prévu pour début 2026, le temps d’obtenir les agréments nécessaires. Mais la banque précise que des projets peuvent déjà être étudiés dès à présent.
Des besoins financiers massifs à l’horizon 2030
Ce dispositif s’inscrit dans un contexte où les besoins d’investissement pour moderniser l’élevage français sont évalués à 7,9 milliards d’euros d’ici 2030 :
- 700 M€ pour la transition hors cage en production d’œufs,
- 700 M€ pour la construction de poulaillers de chair,
- 5 Md€ pour la rénovation et la décarbonation des élevages porcins,
- 1,5 Md€ pour la robotisation des élevages laitiers.
Ces chiffres montrent l’ampleur de l’enjeu. Face à cette estimation, le fonds de 10 M€ apparaît comme une première étape, mais encore très éloignée des besoins globaux de la filière.
Une reprise du crédit après une année 2024 difficile
Enfin, le Crédit Agricole a dressé un bilan de son activité. Après une année 2024 marquée par un recul des crédits (-9,2 % par rapport à 2023, soit 8,7 milliards d’euros accordés), la banque observe en 2025 une reprise solide dans toutes les filières, à l’exception de la viticulture toujours en crise. Cette tendance est portée par la baisse des taux d’intérêt.
