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Les productions légumières impuissantes face au climat … et aux conditions de marché !

Claude Fabry

Les productions légumières impuissantes face au climat … et aux conditions de marché !

« Les conditions climatiques stimulent la croissance végétative du chou-fleur et génèrent un important déséquilibre sur le marché. La demande ne parvient pas à absorber les fortes disponibilités, et les volumes d’invendus augmentent malgré les prélèvements pour la surgélation et les dons aux associations. Le chou-fleur est en situation de crise conjoncturelle depuis le 20 novembre », rapportait FranceAgriMer lors du dernier conseil spécialisé (15 décembre 2015).

 

La situation est « catastrophique » selon les dires de plusieurs producteurs bretons. « En 3 mois (sur 7 mois de campagne), nous avons déjà récolté plus de 60 % de la production locale », nous confie un producteur des Côtes-d’Armor. Une surproduction donc, et des prix (payés au producteur) qui s’effondrent autour de 0,10 à 0,15 € par tête de chou-fleur – pour un coût de production actuel d’environ 0,45 € par tête.

Si le climat est la cause principale de cette situation, plusieurs autres facteurs coûtent chères aux producteurs français, dont notamment :

– La baisse de la consommation domestique et celle des principaux marchés importateurs (Allemagne en tête) ;

– Une surproduction si importante qu’elle ne permet pas à certains producteurs de pouvoir ramasser l’ensemble de leur production, faute de main-d’œuvre ;

– Une insuffisance de leviers pouvant permettre une régulation du marché, à l’instar du stockage (d’environ 3 semaines) effectué par les coopératives italiennes – qui leur permet une période de spéculation et une meilleure gestion du marché intérieur.

 

Par ailleurs, cette situation de crise n’est pas inédite puisqu’il y a un an déjà, Jean-François COUETIL – producteur légumier en Ille-et-Vilaine et membre de la Coordination Rurale – déplorait l’absence de mesures efficaces pour faire face à une telle situation. A l’époque déjà la Coordination Rurale demandait plusieurs mesures :

– Mesures fiscales : dans un secteur soumis aux variations importantes de revenu, un système d’épargne de prévoyance doit être mis en place (non fiscalisation d’une partie du bénéfice dans une bonne année avec réintégration sur une période de 10 ans et sans pénalité). L’actuelle  DPA (Dépréciation Pour Aléas) est peu utilisée et donc pas adaptée. Son application est trop courte dans le temps (5 ans) et est trop pénalisante si la réintégration des revenus n’est pas faite dans les délais.

– La CR défend également la suppression du dumping social avec l’instauration d’une véritable TVA sociale. Le secteur légumier est un pourvoyeur important de main-d’œuvre, il est de ce fait trop soumis aux distorsions sociales.

– La CR réclame la suppression du dumping environnemental par l’arrêt des importations de produits agricoles ne respectant pas les normes. Il est primordial que la réglementation sur les produits phytosanitaires soit harmonisée au niveau européen.

 

Jean-François COUETIL rappelait également que « les organisations de producteurs et autres acteurs commerciaux doivent être prudents au sujet des stratégies commerciales de grand export (hors CEE) qui ont pour conséquence la mise en place de surfaces inhérentes. La fragilité de ces destinations pouvant avoir des répercussions désastreuses pour les producteurs. »