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Les femmes dans l’agriculture

Les femmes dans l’agriculture

Sylvette Gervais, femme agricultrice

Traditionnellement le monde agricole a longtemps été considéré, à tort, comme un milieu d’hommes : risques professionnels, pénibilité physique, astreintes, polyvalence, temps de travail important…, en oubliant le rôle central des femmes assumant discrètement mais efficacement  une bonne partie des tâches de la  ferme. De nos jours, alors que le métier d’agriculteur a beaucoup évolué et impose des contraintes lourdes,  peut-on pour autant dire que l’agriculture est un métier réservé aux hommes ?

Comment les femmes se situent-elles dans ce paysage masculinisé ? Quelles sont les évolutions qui ont marqué les générations ? Comment gèrent-elles à la fois leur vie de mère, d’épouse et le travail sur l’exploitation ? Et quelles difficultés rencontrent-elles ?

A travers ce dossier et différents témoignages, nous allons mesurer l’importance des femmes dans le milieu agricole et leur donner toute la place qu’elles méritent  dans les rangs d’honneur de l’agriculture française !

Le monde agricole se féminise

Si les femmes ont depuis toujours joué un rôle crucial dans la vie des exploitations, celui-ci n’a pas toujours été reconnu comme tel. Du fait de leur statut de conjointe ou d’aide occasionnelle. Aujourd’hui,  elles restent minoritaires en tant qu’agricultrices à part entière et leur proportion stagne depuis quelques années mais leur place dans le monde agricole a nettement évolué.  Elles sont devenues des « actrices » incontournables du paysage agricole, tant parmi les chefs d’exploitations, que parmi les salariés.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes (Sources : Etude MSA – Ministère de l’Agriculture – Mars 2012)

  • Les femmes représentent 37 % des salariés agricoles. Au total, elles sont 635 000.
  • 25 %  des exploitations agricoles françaises sont gérées par des femmes (120 000) contre 8 % en 1970. Seulement 17 % d’entre elles ont moins de 40 ans.
  • Les ¾ des femmes chefs d’exploitation sont mariées ou vivent en concubinage. Elles doivent dès lors concilier vie familiale et vie professionnelle.
  • En moyenne, les femmes agricultrices possèdent des surfaces agricoles utiles de 38 ha (contre 52 ha pour les hommes).

Le portrait de la femme agricultrice en 2012

Les femmes et leurs préférences

Souvent habile dans la gestion de l’exploitation, les démarches administratives, l’art de la négociation avec les organisations agricoles, le contact avec le public ou encore l’aisance à la vente, la femme agricultrice dispose de qualités essentielles pour l’agriculteur d’aujourd’hui.

D’une façon plus générale, les « jeunes » exploitantes ont souvent des parcours variés et une approche du métier bien différente de celle des hommes. Les exploitations où l’on retrouve de plus en plus de femmes sont celles avec ovins, caprins et autres herbivores. Elles préfèrent également l’horticulture, la viticulture et le maraîchage ou encore les exploitations polyvalentes (l’agrotourisme, la polyculture-élevage, la vente directe…).

Le secteur de l’élevage de bovins – lait, avec toutes les difficultés physiques qu’il comprend, comptabilise tout de même 18 % des femmes chefs d’exploitation !

Témoignage d’Isabelle Glédines (44 ans) – productrice de palmipèdes gras à Comiac dans le Lot :

«  Après une vie en ville, faite de petits boulots, l’opportunité d’habiter à la campagne s’est présentée. Une fois sur place, j’ai voulu concilier vie professionnelle et familiale, voilà pourquoi je me suis lancée dans l’agriculture. N’étant pas issue de ce milieu, j’ai privilégié une production à ma mesure : les palmipèdes gras en gavage. J’ai choisi de m’installer au sein d’un groupement de producteurs : « La Quercynoise « . Suite à une formation en BEPA (en 2000), j’ai pu bénéficier des aides à l’installation de l’Etat. Les débuts ont été difficiles, mes deux enfants, mon mari et moi avons seuls contribué à la construction du bâtiment. A ce moment-là, mon mari travaillait à l’extérieur et heureusement qu’en ce qui concerne ma production, j’ai été dès le début bien entourée par l’équipe technique de la « Quercynoise ». Pour moi, travailler au sein d’un groupement reste un confort. Je ne connais pas de métier au monde plus polyvalent que celui d’agriculteur surtout lorsque le chef d’exploitation est une femme. Cela demande une organisation de tous les instants. Je viens de rejoindre le syndicat de la CR car au fil du temps, je m’aperçois qu’il est de plus en plus difficile de vivre de son métier d’agriculteur, toutes productions confondues. »

Des femmes diplômées

Il est intéressant de relever que près de la moitié des femmes agricultrices de moins de 40 ans ne sont pas passées par l’enseignement agricole. Le fait de devenir agricultrice n’est ainsi pas forcément une vocation de jeunesse.
Aujourd’hui, elles ont assez souvent eu une activité salariée dans un autre secteur. Logiquement, elles s’installent donc plus tard que les hommes (31 ans contre 29 ans). On remarque que les jeunes exploitantes sont beaucoup plus souvent diplômées de l’enseignement supérieur que leurs homologues masculins.

En effet, les exigences quant aux diplômes sont de plus en plus importantes et ces derniers sont  souvent nécessaires pour prétendre aux aides à l’installation. De fait, le niveau de formation des agricultrices s’élève en corrélation avec l’augmentation générale des niveaux de formation de la société.

Les difficultés

Parmi les difficultés rencontrées, celle de l’héritage demeure encore en tête de liste. En effet, traditionnellement, lorsqu’il y a un frère dans la fratrie il apparaît encore comme naturel qu’il soit l’attributaire de l’exploitation. De fait, là où les sœurs se retrouvent avec moins de biens fonciers en propre, avec comme corollaire fréquent le fait que beaucoup d’entre elles épousent un agriculteur.

Témoignage d’Angélique Daufin (27 ans) –  productrice de lait à Combourg en Ille –et-Vilaine :

« Je suis fille et petite-fille d’agriculteurs et la vie de l’exploitation m’a toujours attirée. Aujourd’hui, j’ai 27 ans, je vis en couple, je suis maman d’une petite fille de 14 mois et je suis également agricultrice !
Initialement, mon père était en GAEC avec ma grand-mère et ma mère. 2006 a été l’année du départ en retraite pour ma grand-mère et celle de la reconversion professionnelle pour ma mère. Alors, une fois mon Bac pro en poche, je me suis installée directement avec mon père. L’exploitation de 150 Ha produit 800 000 litres de lait, je m’occupe principalement de la gestion du troupeau et des tâches administratives.
Entre le travail, la famille, les activités… il est indispensable d’être sacrément bien organisée. Mais on sait bien qu’en termes d’organisation, les femmes sont souvent les meilleures !
En 2008, j’intègre le Conseil d’administration de Bretagne contrôle laitier 35. C’est un groupe qui m’a facilement acceptée et qui comptait déjà plusieurs femmes (ce qui est encore rare dans les C.A. des O.P. agricoles). C’est un poste qui me plaît car il traite à la fois les dossiers techniques et économiques. L’agriculture d’aujourd’hui a besoin que l’on se mobilise mais ce n’est pas toujours facile.
Avant toute chose, pour être une agricultrice il faut la passion, l’envie d’entreprendre, du courage… comme pour un homme. Pour qu’un jour, il y ait plus de femmes dans les organisations professionnelles, il faudrait peut-être que les hommes soient un peu moins machos ! »

Les statuts

En 1985, avec la création des EARL (Exploitation Agricole à Responsabilité Limitée), les statuts des femmes agricultrices ont clairement évolué avec enfin une visibilité dans les statistiques ! En effet, contrairement au statut  des GAEC qui ne reconnaissait pas le GAEC entr’époux, l’EARL leur a permis de devenir « associées » à part entière.
Par la suite, en 1999, le statut de « conjoint collaborateur » voit le jour.  Ce statut offre une véritable reconnaissance professionnelle du travail de la femme sur l’exploitation et par la même occasion une amélioration de sa protection sociale (maladie, retraite).

Un système parfois trompeur

Selon vous, pourquoi 60 % des femmes chefs d’exploitations et co-exploitantes ne le sont qu’à partir de 50 ans ? La raison est simple, ces femmes qui dans le meilleur des cas n’ont été que conjointes collaboratrices sur l’exploitation familiale succèdent à leur mari uniquement au moment de leur départ à la retraite.
Cette manœuvre de « reprise d’exploitation » ne dure que quelques années mais leur permet « d’arranger les papiers ». Elles perçoivent ainsi une retraite un peu plus confortable (cf. un peu plus bas l’encadré sur les retraites).

Une réalité souvent ignorée voire même cachée

Dans le registre des aberrations, on recense près de 203 000 femmes d’exploitants, dont seulement 20 % sont affiliées à la MSA en tant que « conjoint collaborateur ».

La retraite des agricultrices

Les agricultrices, comme indiqué précédemment, sont majoritairement « en couple » et doivent concilier vie familiale et vie professionnelle.

La « conjointe » qui participe au travail de l’exploitation a le choix entre différents statuts :

  • conjointe collaboratrice ; (celle qui participe effectivement et habituellement, à l’activité non salariée de son conjoint, sans rémunération et qui est couverte contre les accidents du travail et les maladies professionnelles (ATEXA)).
  • salariée ; (celle qui est « rémunérée » dans le cadre d’un contrat de travail et qui bénéficie donc d’une couverture sociale personnelle et de droits à la retraite.)
  • associée ; (celle qui participe aux travaux de l’exploitation dans le cadre d’une société et qui est affiliée au régime de protection sociale agricole comme un chef d’exploitation.
  • co-exploitante ; (celle qui est propriétaire en commun des biens de l’exploitation « individuelle » qu’elle  dirige avec son « conjoint »)

L’étendue de la protection sociale et des droits à la retraite variera selon le statut choisi.
Pour les « conjointes collaboratrices » force est de constater qu’après avoir travaillé sur la ferme pendant toute leur « vie », de nombreuses femmes, épouses d’exploitants agricoles, ont encore une situation très précaire, même si, au fil du temps, le système social s’est « amélioré ».
Suite à  l’évolution de la législation sur les successions en 2007, les revenus de contrats d’assurance vie souscrits par le conjoint survivant à l’aide de fonds issus de la communauté entre époux ne sont plus pris en compte dans le calcul du plafond de ressource de la pension de réversion.

Cela est important dans la mesure où le « régime matrimonial » pourra avoir pour effet de minorer largement le montant des ressources à prendre en compte : le conjoint marié sous le régime de séparation n’intègrera évidemment pas les revenus des biens propres de son conjoint décédé, mais ceux de ses biens propres. Alors que ceux mariés sous le régime de la communauté – a fortiori celui de la communauté universelle où tous les biens sont communs (mais qui n’est pas sans inconvénient, vis-à-vis des enfants, ou des abattements sur succession notamment.)   – n’inclura pas les revenus des biens issus de la communauté.

La réforme des retraites de 2010 a également marqué un pas dans la reconnaissance des droits de ces femmes « de l’ombre » en consacrant quelques avancées :

  • l’aménagement de la condition de durée d’activité (passant de 22,5 à 17,5 ans) et la suppression de la condition de durée d’activité en tant que chef d’exploitation, pour bénéficier d’un montant revalorisé sur la base de la pension majorée de référence la plus élevée. Cela permet aux femmes conjointes d’exploitants qui deviennent chef d’exploitation en fin de carrière, de bénéficier d’une majoration pour cette période sans obligatoirement avoir cotisé 17,5 ans.
  • l’ouverture de la retraite complémentaire agricole (RCO) aux conjoints collaborateurs depuis le 1er janvier 2011.
  • l’exclusion du capital d’exploitation agricole du recours sur succession de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) afin de favoriser l’accès à ce « minimum vieillesse ». Ceci permettra à de très nombreux retraités d’accéder à cette allocation qui permet d’atteindre le minimum vieillesse sans grever leur succession de dettes ruineuses.
  • Et pour les « jeunes mamans » : la majoration de durée d’assurance de 4 trimestres accordée au titre de la grossesse, de l’accouchement et des suites de celui-ci pour la mère de chaque enfant.

Pour autant, la situation des retraitées de l’agriculture reste encore extrêmement précaire.
– Le montant des pensions de retraite agricole pour les conjoints d’agriculteurs –  principalement les femmes – peuvent varier de 300 € à 500 € par mois. La moyenne des pensions versées par la MSA (total des prestations versées/nombre d’allocataires) était, en 2008, de 400,30 €.
– Les veuves d’agriculteurs touchent des pensions de réversion dérisoires (54 % du montant de la pension du conjoint décédé, dans la limite de 52 % du total du cumul des droits propres et de ceux du conjoint décédé mais aussi de celle de 2080 fois le SMIC horaire par an) indignes, parfois même inférieures au RSA !  En 2010, 91 % des veuves sans droit propre ont une pension de réversion inférieure à 400 €.
Ainsi, des évolutions demeurent indispensables et urgentes :

  • l’augmentation de la retraite à 85 % du SMIC net avec une parité homme-femme ;
  • l’assise de la pension de retraite sur les 25 meilleures années et non plus sur l’ensemble des années de cotisation ;
  • l’extension du bénéfice de la RCO à l’ensemble des conjoint(e)s déjà retraité(e)s ;
  • l’harmonisation de la retraite des conjoint(e)s ayant participé à l’exploitation avec celle du chef d’exploitation ;
  • le passage du taux de réversion de 54 % du montant de la pension du conjoint décédé attribué au conjoint survivant  à 74 % ;
  • le remplacement de la bonification pour enfant fixée à 10 % de la retraite par un montant forfaitaire équivalent à 10 % du SMIC ;
  • la suppression de la CSG et de la CRDS sur la partie des pensions inférieure à 1000 € ;
  • l’information systématique par les caisses de MSA de l’ouverture de droits suite au décès du conjoint agriculteur et de la nécessité de déposer une demande pour obtenir sa pension de réversion ;
  • le relèvement du revenu fiscal de référence (Les ressources personnelles annuelles du bénéficiaire de  pension de réversion ne doivent pas être supérieures à 2 080 fois le Smic horaire brut soit 19 177,60 € (ou 30 684,16 s’il vit en ménage) pour 2012 au moment de la demande de  pension ou à la date du décès).
  • l’inclusion du capital agricole dans la liste des biens exonérés du calcul du plafond des biens pris en compte pour l’attribution des pensions de réversion (à l’instar de ce qui a été fait pour l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) laquelle s’est substituée aux différentes prestations constituant le minimum vieillesse).

Témoignage de Sylvette Coste – Gervais  (50 ans) – agricultrice à Prat Souteyran en Lozère :

« Née fille d’agriculteurs, j’ai pourtant décidé de passer un BEP de confection en habillement et  modélisme. Une fois mon diplôme en poche, j’ai travaillé durant deux ans dans une usine de fabrication de chaussures de sécurité. Mes racines ont vite refait surface puisqu’en 1982, je me suis mariée avec un agriculteur. Notre fille naît en 1983 et 3 ans plus tard mon mari est victime d’un accident qui le cloue sur un fauteuil roulant.  
A ce moment-là je n’ai pas eu d’autres choix que de reprendre la ferme. Très vite, j’ai souhaité vendre nos animaux en vente directe auprès de particuliers. Cependant, après 5 années de travail en commun avec un associé, l’entente au sein du GAEC s’est détériorée. L’associé ne supportait pas qu’une femme puisse prendre des décisions et lui demande d’effectuer certains travaux. Un climat conflictuel a fini par s’instaurer et la dissolution s’est imposée en 2001.
Seule face à cette situation, j’ai décidé de conserver la ferme. Pour des raisons pratiques, j’ai décidé de diminuer le cheptel, de passer en race pure charolaise et de vendre la totalité de ma production en vente directe.
Avec l’expérience que j’ai pu acquérir, je peux affirmer que l’agriculture est quand même un monde difficile d’accès pour les femmes où leur place en tant que chef d’exploitation à part entière peine à se faire et où il est très difficile de s’imposer en tant que femme qui doit prouver en permanence qu’elle  est capable de réussir aussi bien et même  mieux que certains hommes.
Je pense également qu’il y a un grand besoin de faire évoluer  les mentalités au fin fond de nos campagnes. L’image de la femme agricultrice peine à se faire une place dans certains esprits anciens mais également chez les jeunes.  Les idées reçues placent toujours la femme agricultrice derrière ses fourneaux. Elle est pourtant parfois décisionnaire, conductrice de tracteurs, trieuse d’animaux et négociatrice de leur prix avec les acheteurs !
En tant que femme,  j’ai appris à m’imposer dans un monde d’hommes qui ne laisse aucune place aux erreurs. Si un homme réussit c’est normal, c’est grâce à son travail. A contrario,  si c’est une femme, elle a eu de la chance, elle est arrivée au bon moment, elle a profité de la situation, elle a hérité, etc…  mais rares sont ceux qui vont reconnaître que nous avons autant, sinon plus de mérite, que nos collègues masculins, que notre travail vaut celui des hommes et qu’il y a de la place pour tout le monde. »

Les femmes et les élections

La parité à l’ordre du jour ?

Le ministère souhaite mettre en place une parité à 33 % aux élections Chambres d’agriculture. Ainsi, par tranche de 3 candidats, on devrait compter une femme (ou un homme) afin de respecter une alternance obligatoire.

La CR conteste ce chiffre, largement surestimé et en décalage par rapport à la réalité actuelle : en 2010, seulement 25 % des chefs d’exploitation sont des femmes. Et encore, ce chiffre inclut des reprises d’exploitation d’épouses suite à la retraite de leur mari et ce pour quelques années. Comme évoqué précédemment, seules 17 % des femmes chefs d’exploitation ont moins de 40 ans et 39 % ont plus de 55 ans. Parmi les conjointes, 20 % ont le statut de collaboratrice d’exploitation.
A noter que dans le dernier gouvernement, comme le souligne l’Observatoire de la parité entre les hommes et les femmes, « les femmes ne sont plus que 9 parmi les ministres (20 %) et 4 parmi les secrétaires d’Etat (44 %) », soit 26,5 % au total.

La CR estime que ce point modificatif d’une élection professionnelle revient au législateur et ne peut donc être décidé de manière brutale par le gouvernement. Elle attend la réponse du Conseil d’Etat.
Cependant, il faut tout de même  envisager cette situation pour la constitution des listes. Les femmes existent bien dans la profession et sont souvent engagées : il reste à les convaincre de venir sur les listes défendre le projet CR pour les agricultrices et les agriculteurs !

Conclusion

Plus aucune production agricole n’est inaccessible aux femmes agricultrices. Elles ont su se former, s’imposer et devenir autonomes. Elles font partie intégrante du paysage agricole, pas seulement en tant que simple « touche féminine » mais bien en tant qu’acteur économique de grande importance. Les femmes agricultrices suscitent le dynamisme et apportent de la modernité au secteur.
Pour clôturer ce dossier, nous vous invitons à consulter  la lettre ouverte de Sylvie Girard, Présidente de la CR47, adressée aux femmes de l’agriculture :
« J’ai choisi de vous parler de la Femme Agricultrice. Je ne vous cache pas ma difficulté à lier les idées, les témoignages.
Peut-être est-ce un sujet délicat, tant il est bordé de sentiments.

Quelques ouvrages écrits par les femmes, quelques pièces de théâtre, quelques films ont abordé le sujet, signe d’un besoin de communiquer, d’exprimer le contenu de vie des femmes en milieu rural, de tout simplement mettre à jour le métier d’Agricultrice.

Je ne voudrais pas faire un discours féministe, mais plutôt rendre hommage.

Hommage d’abord à nos Grands-mères qui, pendant les Guerres ont fait une immense démonstration : elles ont su, à la force de leurs bras et de leur moral de femmes, « tenir » les fermes en attendant le retour de l’Être cher.

Courage récompensé par le Général De Gaulle leur accordant le statut de Cultivatrice sur leur carte d’identité.

Statut honorifique suivi d’aucun fait, bien vite évanoui au beau milieu d’une agriculture en pleine révolution, en plein essor.

Dans les campagnes, résonnent les bruits des premiers tracteurs, des premières trayeuses à lait.

Dans les maisons, ronronnent les premiers lave-linges ; ce nouveau confort faisant oublier aux femmes qu’elles seraient longtemps oubliées !

Alors que se mettait en place toute une organisation professionnelle où les hommes se distribuaient les rôles, les femmes assuraient le quotidien de la ferme ; et pourtant, elles étaient considérées sans profession !
Longtemps conjointes d’exploitants, très rarement chef d’exploitation, il faudra attendre le début des années 80 pour les voir intégrer les EARL, puis les GAEC et pour certaines, un statut de salariée.
Enfin, moyennant quelques lignes de cotisations à la MSA, le voilà notre STATUT !

La vie professionnelle des agricultrices est étroitement liée à leur vie familiale ; inconvénient ou avantage ?
Leurs activités sont multiples et variées et souvent mal définies. L’une d’entre elles disait : « je suis le travail de service… qui répond à la demande ». Une autre confiait : « en épousant mon mari, j’ai épousé son métier, et travailler ensemble, c’est un ajustement quotidien ».

Toutes sont unanimes concernant les enfants : « je dispose d’une liberté d’horaires pour eux – les enfants, je les fais suivre – à la campagne, on peut les garder avec plus de facilité, mais aussi on cherche moins à se débarrasser d’eux ».
Mesdames, pas de culpabilité à l’égard de nos enfants, même si nous leur répondons très souvent : « je n’ai pas le temps ». Cette ambiance de vie est un FERMENT. De ce ferment lèveront des vocations ; et si ce n’est de paysans, des vocations d’initiateurs, d’individus responsables.

Hommage à toutes ces Agricultrices qui sont venues colorer l’agriculture de notre département par des projets de vente directe, d’accueil à la ferme.

Enfin Messieurs, ne sommes-nous pas un excellent complément à vos gros bras musclés ?
Ne pouvons-nous pas être ensemble des sujets complémentaires pour que le verbe prenne effet  et pas seulement un complément de sujet ?!!

Hommage aux femmes pour qui l’équilibre se fait par un métier extérieur. Sachez, Mesdames, combien vous êtes méritantes de composer entre deux  mondes et d’apporter votre soutien à l’agriculture.
Plus lointain et ô combien noble, Hommage aux Femmes des pays émergents si nombreuses à travailler la Terre, cultures vivrières ou productions d’exportation, dans de nombreux pays, on pourrait qualifier cette Agriculture, d’une Agriculture à dos de Femmes !

Mesdames, votre réussite n’est pas comptable ; elles a de multiples visages et si vous tenez bon, soyez simplement assurées d’avoir RÉUSSI !

Vous toutes, Femmes membres de la Coordination Rurale, je vous invite à prendre votre tour dans nos conseils d’administration et à y apporter votre sensibilité féminine.

Eh oui, les femmes peuvent s’investir dans la vie syndicale ;

Avec une implication sans mystère,

Des convictions qui leur sortent des tripes

Et un élan du cœur !

Ce soir, j’aimerais toutes vous citer mais de peur d’en oublier, je préfère vous mettre toutes à l’honneur. »