À partir du 1er janvier 2026, l’Union européenne appliquera le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) aux engrais importés (règlement UE 2023/956).
Dans les faits, le surcoût payé par les importateurs sera répercuté sur les prix d’achat pour les exploitations agricoles françaises.
Une taxe qui fera monter les prix et l’instabilité des charges
Selon les simulations issues du modèle Aglink-Cosimo (EuroChoices, 2024–2025), il faut s’attendre à une hausse d’environ 12 % des prix des engrais azotés liée au MACF, alors qu’ils représentent jusqu’à 30 % du coût de production dans les grandes cultures.
Cette augmentation s’ajouterait à des prix déjà élevés avant la crise et accentuerait l’instabilité des charges supportées par les agriculteurs.
La Coordination Rurale appelle à la plus grande vigilance : dès 2026, certains importateurs pourraient répercuter un surcoût anticipé alors qu’ils ne paieront réellement le MACF qu’à partir de juillet 2027.
Nous alertons en outre sur les pratiques spéculatives autour des engrais : la CR veillera à ce que les agriculteurs ne soient pas lésés.
Les agriculteurs fournissent déjà des efforts concrets
Depuis les années 1990, les émissions du secteur agricole diminuent fortement grâce aux progrès techniques, à la précision de la fertilisation et à
l’évolution des systèmes d’élevage.
Taxer des intrants encore indispensables, faute d’alternatives réellement disponibles — reviendrait à pénaliser injustement les agriculteurs.
Stratégie nationale bas carbone : la nécessité d’une évaluation préalable
Le problème n’est pas la volonté du terrain, mais le manque de cohérence des politiques publiques par rapport à la réalité agricole.
Le plan « France 2030 » et la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) ne sont pas pleinement opérationnels.
Taxer des intrants essentiels à la production alimentaire est donc incohérent.
Élevage, engrais organiques et plan protéines : une réalité oubliée
Le ministère de l’Agriculture rappelle (rapport mars 2024) que les régions avec un élevage actif sont moins dépendantes des engrais importés grâce aux
fertilisants organiques locaux.
La solution passe donc par le soutien à l’élevage, non par son affaiblissement.
Quant au plan protéines, annoncé depuis plusieurs années, il souffre d’un manque de moyens, de filières insuffisamment soutenues,
et d’un mémorandum d’accord archaïque avec les États-Unis sur les graines oléagineuses (toujours présent dans la PAC actuelle et future).
On ne peut pas demander aux agriculteurs de s’adapter sans leur donner le temps et les outils nécessaires.
Les demandes de la Coordination Rurale
- Exonérer l’agriculture et les engrais azotés du MACF : la SNBC et France 2030 ne sont pas opérationnels.
- Prioriser un plan protéines ambitieux et soutenir l’élevage pour préserver la production d’engrais organiques.
- Relocaliser la production d’engrais en Europe afin de réduire la dépendance stratégique à des pays tiers.
- Taxer les importations alimentaires fortement carbonées plutôt que des intrants indispensables et non substituables.