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Les céréaliers furieux des incohérences de leurs filières

Les céréaliers furieux des incohérences de leurs filières

Ne pas vouloir tenir compte des coûts de production au niveau des grandes cultures est une provocation des autres maillons de nos filières (collecteurs, transformateurs et exportateurs).

Une situation alarmante…

Une logique qui nous mène droit dans le mur !

Les États généraux de l’alimentation ont pour objectif de « permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes ».
Pourquoi les céréaliers devraient déroger à cette règle ? Ce n’est pas la grande distribution qui s’y oppose mais ce sont en premier nos collecteurs qui, quand ils sont coopératifs, devraient être le prolongement de notre outil de travail et raisonner dans l’intérêt individuel de chaque paysan…
Refusant de prendre en compte les coûts de revient à la production, le président de Coop de France déclare dans la newsletter Réussir Cultures & grains du 6 mars : « Sur le marché céréalier, nous avons déjà un indicateur, c’est la cotation Euronext ». Faux : Euronext ne prend pas en compte nos coûts de production ; ce n’est qu’un marché à terme basé sur l’exportation, au cours mondial.
Et, dans ce même article, le président d’Intercéréales ajoute « on ne peut se couper du marché mondial, et il est difficile d’établir un indicateur de coût de production, chaque exploitation étant particulière ». Une lapalissade ! Dans toutes les productions, toutes les exploitations sont évidemment différentes. Il faut comparer nos coûts de production moyens avec ceux de nos concurrents comme l’Ukraine ou le Brésil.
Il est indispensable de se couper des prix mondiaux qui ne représentent que des excédents à l’exutoire, ruinant les peuples des pays les plus faibles, non organisés. Les grands pays importateurs de grains comme la Chine, l’Inde ou l’Égypte, s’ils se fournissent sur le marché mondial à bas prix, protègent en contrepartie leurs marchés intérieurs avec des prix payés à leurs producteurs largement plus élevés que les « commodités » importées.
Sur la campagne 2017/2018, le solde net exportateur en céréales ne sera que de 17 millions de tonnes. Il ne faut pas camoufler les 15 millions de tonnes d’importations de maïs au sein de l’UE qui réduisent d’autant ce solde. Nos filières importent une tonne de maïs pour exporter une tonne de blé. Ce business leur est profitable mais il dérégule les marchés céréaliers européens et ruine les producteurs.
Si nous devons encore exporter du blé, c’est parce que de nombreux acteurs des filières s’opposent à un développement sérieux des oléoprotéagineux. Nous importons chaque année 55 millions de tonnes de divers produits de substitution dont 32 millions de tonnes de soja (graines et tourteaux) et près de 8 millions de tonnes d’huile de palme : un autre business où l’on retrouve d’autres organisations professionnelles qui nous font croire qu’en estérifiant nos bonnes huiles de colza (avec des graines à bas prix), nous solutionnons notre problème de protéines ! Ces filières sont sans scrupules vis-à-vis de leurs producteurs.

STOP à ces aberrations !

Alors que n’importe qui peut acheter un bateau de soja OGM contenant des résidus de glyphosate, la réglementation française interdit à un céréalier de vendre du maïs ou de l’orge à un éleveur : le libre-échange ne fonctionne que pour les autres maillons de la filière !
Les plans de modernisation de nos deux filières des grandes cultures sont deux torchons : le plan Intercéréales ne vise que les exportations de blé à bas prix vers les pays tiers, le plan Terres Univia a pour seul objectif de sauver les usines de diester en péril.
La vocation de l’agriculture n’est ni d’exporter ni d’alimenter les moteurs diesel, sa véritable mission est de nourrir les Hommes.

Nos propositions et revendications

Il est temps d’avoir une vision globale des grains, céréales et oléoprotéagineux confondus, ainsi qu’une dimension européenne. Dans ces conditions et en ayant conscience de l’important déficit de production de grains au sein de l’UE, la prise en compte des coûts de production devient possible pour l’obtention de prix rémunérateurs pour nos producteurs.
Les différents sondages réalisés auprès des céréaliers montrent que, toutes tendances syndicales confondues, plus de 90 % d’entre eux demandent un rééquilibrage des productions en faveur des oléoprotéagineux pour exporter moins de céréales vers les pays tiers.
Les producteurs ont bien compris que l’exportation sur le marché mondial est contraire à leurs intérêts
car elle ne leur permettra jamais de vivre du fruit de leur travail.
Comme les prix de toutes les autres productions agricoles (végétales et animales) s’accordent sur le prix du blé, il est obligatoire, pour redresser l’ensemble de notre agriculture que les céréaliers soient rémunérés à des prix supérieurs à leurs coûts de production. Si la loi découlant des États généraux de l’alimentation, ne le prend pas en compte, ce chantier gouvernemental échouera.