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« Quelles leçons tirer du drame d’Étang-sur-Arroux ? »

Thierry-James Facquer

« Quelles leçons tirer du drame d’Étang-sur-Arroux ? »

Au mois de mai, alertés par une lettre anonyme, des gendarmes et des employés de la DDT ont découvert chez un agriculteur d’Étang-sur-Arroux (71), dans un bâtiment soigneusement fermé et calfeutré, les cadavres d’environ 200 bovins, parmi lesquels déambulaient des porcs très amaigris, qui avaient survécu en se nourrissant des cadavres.

L’exploitant avait cessé de nourrir ses bêtes en début d’année. Les services de l’État, aidés d’un ouvrier agricole et de la commune, ont réglé rapidement la question sanitaire. Ils l’ont fait dans des conditions extrêmement difficiles, et il faut avant tout les en remercier.

 

Cela dit, ce drame soulève de nombreuses questions. Nous nous abstiendrons de tout commentaire sur les raisons de l’attitude de cet exploitant, visiblement dépressif et qui a été hospitalisé. Laissons à ceux dont c’est le métier le soin de mener l’enquête.

La question que tout le monde peut en revanche se poser est, bien entendu, de savoir comment il est possible que personne ne se soit rendu compte de cette situation ? Comment des centaines d’animaux ont-ils pu mourir de faim, puis se décomposer, dans un bâtiment d’exploitation pas spécialement isolé ?

On peut en particulier se demander pourquoi personne ne s’est inquiété de ne pas voir de bêtes dehors au printemps. Interrogés, les voisins ont répondu que, sachant que l’exploitant avait des problèmes financiers, ils avaient pensé qu’il avait vendu son cheptel. Il n’y a plus de gardes champêtres pour passer régulièrement dans les fermes, et le facteur n’y passe plus aussi souvent, voire plus du tout quand les boîtes aux lettres sont regroupées aux carrefours.

Il est bien évident que ces faits sont à mettre en relation avec l’isolement et le mal-être de certains agriculteurs et, sans minimiser en rien la souffrance infligée à ces animaux, on peut se réjouir du fait que l’exploitant en question n’ait pas en plus mis fin à ses jours, comme c’est bien trop souvent le cas.

 

Mais c’est à notre attitude à tous que nous devons réfléchir. Est-ce que le souci légitime de ne pas nous mêler des affaires d’autrui et de respecter leur vie privée ne nous conduit pas parfois à ne pas voir certains signaux qui auraient pu nous alerter ? Est-ce que le rejet profond, dans notre culture, de tout ce qui pourrait se rapprocher de la délation, ne nous empêche pas de donner l’alerte à temps ? Est-ce que la crainte de se tromper et de créer des problèmes sans raison, ne nous conduit pas à ne pas voir les choses ?

Il est  sans doute également nécessaire de rechercher, au sein des instances politiques et professionnelles, les moyens de mettre en place des réseaux d’alerte. Les maires, interlocuteurs naturels des citoyens, en particulier dans les communes rurales, ont un rôle-clé à jouer sur ces questions, à condition qu’on leur en donne les moyens. Mais, très sollicités dans de nombreux domaines, ils ne peuvent pas tout faire. Aussi, en tout état de cause, ce drame semble faire ressortir qu’il appartient à chacun, dans une société dans laquelle on est parfois plus souvent en contact avec ses amis sur les réseaux sociaux qu’avec ses voisins dans la vraie vie, de faire un réel effort de vigilance.

Puissent ces quelques lignes y contribuer.

 

Thierry-James FACQUER
Président de la CR de Saône-et-Loire
Meneur-accompagnateur en tourisme équestre

 

 

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