L'info régionale

Réseaux sociaux

L’eau, le bien commun et les bassines…

eau

L’eau, le bien commun et les bassines…

3 000 personnes ont défilé à Epannes (79) le dimanche 11 septembre 2020 pour manifester contre le projet de création de bassines de stockage de l’eau excédentaire hivernale pour irriguer les cultures souffrant de la sécheresse estivale.

Certes les agriculteurs sont loin de pouvoir mobiliser autant de manifestants, submergés qu’ils sont par leurs travaux et les tracasseries administratives. Pour autant, les pouvoirs publics doivent-ils écouter ceux qui ont le temps de se réunir plutôt que de rechercher à servir l’intérêt commun ?

Quand Monsieur Mélenchon, présent à la manifestation, clame : « l’eau est un bien commun, personne ne peut se l’approprier », il semble ignorer la réglementation car l’article 641 1er § du code civil prescrit : « Tout propriétaire a le droit d’user et de disposer des eaux pluviales qui tombent sur son fonds […] La même disposition est applicable aux eaux de sources nées sur un fonds. ».

D’ailleurs ce droit est confirmé par l’arrêté ministériel du 21 août 2008 relatif à la collecte des eaux de pluie. Dans son article 2 § V, il stipule : « Les usages professionnels et industriels de l’eau de pluie (collectée NDLR) sont autorisés, à l’exception de ceux qui requièrent l’emploi d’eau destinée à la consommation humaine […] ».

Ainsi, les opposants aux « bassines » entendent, en contradiction avec la loi, interdire aux agriculteurs de collecter et d’utiliser l’eau qui tombe sur leurs terres (ruissellement ou sources).

Les arguments avancés par les associations anti-irrigation sont fallacieux :

1 – Concurrence avec la disponibilité de la ressource :

Pour les remplissages hivernaux de bassines à partir de forages, les contrôles piézométriques du niveau des nappes permettent de ne puiser que l’eau excédentaire au niveau normal.

En ce qui concerne les remplissages hivernaux par puisage dans les eaux de surface, il est évident qu’ils sont très bénéfiques. Ils viennent soustraire une partie de l’eau excédentaire qui repart à la mer, causant pour kes élevages ostréicoles les problèmes induits que l’on connaît, et limitent le niveau des crues dévastatrices.

Les réserves collinaires qui ne se remplissent que lorsque l’eau ne s’infiltre plus et ruisselle sur les champs saturés font aussi fonction de régulateur des crues.

2 – L’irrigation ne profite qu’à la culture du maïs :

Sans doute les opposants ne connaissent pas les prairies desséchées en été et la difficulté de nourrir les animaux. Ils proposent de supprimer l’élevage, sans se poser la question de nourrir les populations (lait, fromages, yaourts, viande). Les éleveurs les moins pénalisés lors des sécheresses estivales sont ceux qui disposent de maïs pour pallier le manque de foin. De plus, irriguer une prairie permet à l’herbe ainsi qu’aux cultures légumières horticoles et de plein champ de pousser…

3 – L’eau sera utilisée pour du maïs destiné à l’exportation

30% du maïs est utilisé pour la fabrication industrielle d’amidon, mais il est aussi employé pour la fabrication de pop-corn, de maïs doux, de céréales pour le petit déjeuner, pour la production de plastiques biodégradables, de colles, d’adhésifs ainsi que de différents composants pour les industries textiles, papetières, chimiques et pharmaceutiques.

4 – Le maïs est un goinfre d’eau

À titre de comparaison, pour 1 kg de matière sèche produite, le maïs fourrage nécessite 240 L d’eau, le maïs grain 450, le blé 590, le soja 900, le tournesol 1 200 et le riz inondé 5 000. Le maïs est donc la plante qui utilise de façon la plus efficiente l’eau qu’elle reçoit. Son handicap est son besoin maximum pendant la période estivale et c’est pour cela que l’utilisation du stockage des excédents hivernaux d’eau est si précieuse et nécessaire.

5 – Les bassines financées par des fonds publics ne bénéficient qu’aux agriculteurs

Il est curieux de constater que même les projets de retenues collinaires financés par les seuls deniers de certains agriculteurs se retrouvent souvent assignés au tribunal par des associations anti-irrigation.

Pour ceux qui sollicitent des fonds publics, cette opposition est aussi délétère, car de nombreux autres projets d’ordres divers font l’objet de financements publics ou de subventions.

L’irrigation ne profite pas qu’aux agriculteurs. C’est la meilleure assurance contre les calamités sécheresse, pour une régulation des rendements en quantité et en qualité, régulation qui profite aux consommateurs en évitant les hausses de prix lors des pénuries dues aux dérégulations climatiques.

Conclusion

Comment se fait-il que dans notre pays, dont la pluviométrie est largement supérieure à celle des pays dont l’irrigation non seulement ne fait pas polémique, mais est intégrée depuis des générations dans le mode de vie, l’irrigation soit-elle sujette à tant de véhémence et d’opposition ?

Pourquoi les opposants aux bassines prétendent-ils que le stockage assèche les nappes phréatiques, alors que l’artificialisation des sols des villes renvoie directement à la mer l’eau de pluie qui tombe sur le bitume, avec les déjections animales, les fuites de carters, les mégots de cigarette, les déchets plastiques, etc. Si toute l’eau qui tombe sur ces surfaces était stockée (et dépolluée), il y aurait de quoi irriguer des surfaces vivrières conséquentes.

Enfin, l’irrigation crée de l’évaporation, comme la transpiration des forêts et cette évaporation participe à la création de nuages porteurs de pluie.

Irriguer quand il fait trop sec, c’est comme boire quand on a soif… c’est préserver la vie !
Tags :
, , ,