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Le « Repas Gastronomique Français » inscrit par l’UNESCO au patrimoine immatériel de l’humanité

Le « Repas Gastronomique Français » inscrit par l’UNESCO au patrimoine immatériel de l’humanité

Discours de François Lucas, vice-président CR XVII ème  congrès

Classer un monument, une œuvre au patrimoine mondial de l’UNESCO est chose relativement aisée car c’est quelque chose de concret que l’on a à distinguer. Au contraire, inscrire à ce patrimoine une notion aussi abstraite que celle de « repas gastronomique Français » relève d’une gageure qui requiert vigilance et précision.

Dans un discours au Salon de l’Agriculture en 2008, Nicolas Sarkozy avait justifié ce projet d’inscription de la Gastronomie Française « parce qu’elle est la meilleure du monde ». Bien sûr que non, mais si elle fait partie des meilleures, c’est parce qu’elle est unique ; c’est ce qui la rend remarquable par la richesse du patrimoine culturel et sensoriel dont elle est porteuse. La France dispose d’un patrimoine précieux, rare et fragile que perpétuent des femmes et des hommes, paysans ou artisans, qui nous livrent les produits de leur culture, de leur élevage, de leur pêche, de leur savoir-faire et de leur expérience ancestrale. Nous cultivons en France de merveilleux produits dont les Appellations Contrôlées sont à la fois le fleuron et le symbole.

C’est cela qui distingue la Cuisine Française sans la rendre en rien supérieure. Les cuisines Chinoise, Marocaine, Italienne, Espagnole ou Turque pour ne citer que les plus prestigieuses recèlent des trésors de saveurs à ravir les papilles les plus exigeantes. La Gastronomie Française vient d’ouvrir une voie qu’il serait inconcevable de penser qu’elle est la seule à pouvoir emprunter.

Bien sûr, la vocation première du paysan est de nourrir l’humanité. Si les grands intérêts politico-financiers ne s’intercalaient pas dans le système, l’agronomie moderne serait pratiquement en mesure d’y subvenir, sans recourir à l’agriculture intensive et industrielle mais grâce à l’évolution des connaissances agronomiques, climatiques, à la maîtrise intelligente de la technologie dans une perspective de développement durable, en encourageant la coopération vers les pays défavorisés tout en respectant leurs cultures et traditions locales.

La seconde vocation de l’agriculture est d’élaborer des produits qui concourent aux plaisirs et à la convivialité de la « Table Française », ce qui vient d’être récompensé par l’UNESCO.

Mais ATTENTION ! Les loups et le lobby agroalimentaire sont déjà prêts à étaler des millions d’euro pour soutenir et exploiter un logo UNESCO aux fins d’estampiller leur « malbouffe » plutôt que la « vraie » gastronomie et les produits qu’elle met en valeur.

N’oublions pas qu’après avoir imposé une normalisation destructrice aux productions laitières, céréalières et de l’élevage, le lobby agroindustriel a fait réécrire le cahier des charges de la production maraîchère et fruitière jusqu’à son asphyxie. Il a aujourd’hui en ligne de mire les AOC laitières en attendant de s’attaquer aux fleurons de la viticulture déjà très malmenés dans les vignobles qui n’ont pas atteints la renommée du luxe mais qui sont pourtant la trame de notre savoir faire national.

N’oublions pas non plus que malgré la reconnaissance mondiale de l’UNESCO, la France reste la championne européenne de la consommation de pizzas industrielles, que c’est dans l’hexagone que l’on compte le plus de Mac Do par habitant et que grand nombre de restaurateurs se contentent de faire de la cuisine d’assemblage (sous vide remis en température).

Alors comme vient de l’écrire un vieux Monsieur de 93 ans, gaulliste et membre du Conseil National de la résistance, Stéphane Hessel : « indignons-nous ». Indignons-nous pour que cette reconnaissance de la gastronomie reste celle de nos produits mis en valeur par des professionnels passionnés.

  • SANS PAYSAN PAS DE PRODUIT,
  • SANS PRODUIT PAS DE CUISINE,
  • SANS CUISINE PAS DE GASTRONOMIE,
  • DONC SANS PAYSAN PAS DE GASTRONOMIE

C’est donc bien le PAYSAN qui vient d’être inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO à nous de défendre cette distinction et de ne pas nous laisser enfermer dans un musée.

Jean Pierre CHAMOUX