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Le loup dans la bergerie !

Le loup dans la bergerie !

Alors que sa présence se cantonnait dans les paysages alpins dans les départements des Pyrénées Orientales et de Lozère, le loup fait beaucoup parler de lui ces dernières semaines dans l’Aude.

En effet, depuis avril 2022, ce ne sont pas moins de 4 attaques « supposées » du loup qui ont été signalées auprès de l’OFB.

Si l’une d’entre elle écarte la culpabilité du loup, en s’orientant plutôt sur une attaque de chien. Les autres attaques constatées par l’OFB confirment la présence d’au moins un loup dans l’Aude.

Témoignage de David GIMENEZ, éleveur ovin et caprin, laitier pour Roquefort :

 

« Je ne pensais pas au loup »

Attaqué en novembre de l’année dernière, je ne pensais pas au loup et mettais ca sur le compte d’un chien. Sauf qu’en février de cette année, au troisième jour où j’ai fait sortir mes brebis, 30 minutes après être sorties, j’en ai retrouvé une la tête en sang. Notre champ est collé à la maison, c’est quand même dingue !
Le loup est malin, fin avril, il a réussi a rentrer dans la bergerie, et à escalader le matériel agricole pour arriver à son butin. Un vrai massacre ! Le mouvement de cohue et le stress engendré sur les animaux ont fait que le sol s ‘était transformé en boue avec le mouvement de panique. J’ai retrouvé mes bêtes empilées les une sur les autres dans un angle, tétanisées par ce qu’elles avaient vécu. Je suis arrivé juste a temps, elles seraient sûrement morte d’étouffement.

Des moyens de protection pas adaptés

Je me suis renseigné pour clôturer mon exploitation, l’État ne prend uniquement en charge la clôture à hauteur de 25 000 € peu importe le montant du devis, et le grillage n’entre pas dans l’indemnisation et reste à la charge de l’agriculteur. Le devis que j’ai fait pour mon exploitation s’élève à 80 000€ ! De plus, j’ai aussi des chèvres, et celles-ci arrivent à passer au travers des clôtures. Le loup lui même n’en a plus peur et passe les clôtures facilement.

J’ai également fait un devis pour installer des barreaux aux fenêtres de ma bergerie, mais avec l’augmentation du fer, le coût est astronomique ! On tourne aux alentours des 15 000€. J’avais également envisagé de fermer l’un de mes bâtiments qui était ouvert des deux côté, en bâtissant un mur d’une part, et en mettant un portail de l’autre côté. Mais qu’il soit en bois ou en fer cela coûte une fortune…

La solution du chien de garde n’est pas non plus adaptée à mon exploitation. On me conseille 1 chien pour 100 brebis. J’ai 600 brebis et 200 chèvres, donc il me faudrait au minimum 7 chiens. Je suis laitier pour Roquefort, mes brebis passent une partie de l’année dedans, que vont faire les chiens durant cette période ? Ces animaux ont besoin de se dépenser, et au moindre pépin, c’est l’agriculteur qui est responsable.

Enfin, j’ai fait une demande de tir, mais il y a très peu de chances pour que l’éleveur lui-même le voit. De plus, je n’ai pas le permis de chasse, il faudrait trouver un chasseur à proximité pour l’appeler si je devais un jour l’apercevoir. Le loup est méfiant, et les probabilités de le prélever sont minces.

Suspicion de présence de plusieurs loups

Si en novembre, nous pouvions affirmer qu’il n’y avait qu’un seul loup, car on retrouvait un mouton attaqué tous les trois jours, aujourd’hui j’émets l‘hypothèse qu’il y en ait plus qu’un. Car lors de l’attaque que j’ai subie en février au matin, le loup a attaqué le soir dans le village à 1,5km de mon exploitation, chez un particulier possédant une vingtaine de moutons. L’un d’entre eux était scindé en deux, ce qui laisse penser qu’il a été tiré de parte et d’autre, donc l’œuvre de deux loups. Il est également étrange qu’un loup qui s’est nourri le matin, ré attaque le jour même.

Complexité du système et découragement

Les indemnisations sont calculées par la DDTM en fonction de l’animal. Je trouve le système fourbe, car nous sommes indemnisés uniquement sur le troupeau touché, mais pas sur le lot entier. Pour l’attaque de février, l’indemnisation est calculée sur un groupe de 80 bêtes alors qu’un autre groupe de brebis était juste à côté, a assister à la scène et sont tout autant stressées. Certaines brebis ne produisent plus de lait à cause du stress.

Cependant, mon interlocutrice à la DDTM m’a très bien renseigné en ce qui concerne le financement des clôtures, le problème vient de plus haut, de la manière dont les choses sont imbriquées. Le préfet doit s’intéresser au problème du loup et prendre les choses au bras-le-corps.

Alors actuellement, on ne tient pas nos objectifs d’installation. Je suis obligé de faire sortir mes bêtes car je n’ai plus de quoi les nourrir dedans et les coûts sont exorbitants. Elles sortent en après midi quelques heures alors qu’avant elles passaient leurs journées dehors. C’est une nouvelle manière de faire de l’élevage… Si j’avais su, je ne me serais pas lancé. C’est donc 3 attaques que j’ai subit en 1 an.

J’ai mis un moment à reprendre mes esprits suite à ce dernier incident que l’on peut qualifier de massacre. En tant qu’éleveur, psychologiquement c’est dur, car on consacre nos vies à nos exploitations et on fait du mieux pour nos bêtes. Alors forcément, voir cette scène sanglante avec des animaux trucidés me serre la gorge.

Que faire ?

Dernièrement, un agriculteur de Maureillas ayant subit une attaque du loup, nous a confié que lorsque l’OFB s’est rendue sur son exploitation pour constater les faits, ils sont arrivés d’emblée avec l’optique de prouver que ce n’était pas le loup. L’éleveur, lui, en est persuadé, et regrette que l’OFB se positionne dans une démarche dans laquelle ils cherchent en premier lieu à innocenter et mettre hors de cause le loup.

On peut dire que le loup est bien présent, même si l’OFB ne les a pas tous reconnus, sa présence est bien réelle dans toutes les zones d’élevage du département. « Doit-on assister à la disparition de l’élevage et de traditions ancestrales de pâturage, au bénéfice d’une « cohabitation » impossible entre éleveurs et loups ? » se questionne Michel Chaudesaigues, céréalier et éleveur bovin viande et lait, adhérent à la CR11.

Certains éleveurs ont été approché par diverses sociétés pour installer des panneaux photovoltaïques sur leur exploitation, avec un système de pâturage tournant et une clôture prise en charge par la société qui pose les panneaux. Une possible solution, mais qui apparaît plus comme un mirage, les agriculteurs veulent vivre de l’agriculture et pas du photovoltaïque.

Enfin, pourquoi ne pas essayer de pucer les loups afin de pouvoir les géolocaliser et prévenir, autant que se peut, les attaques ? La repérage des loups par drone représente également une possibilité afin d’avoir une meilleure vision sur la population lupine présente sur les territoires.

Sauvons le pastoralisme ! La cohabitation n’est pas possible !