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L’agriculture mayennaise en danger

L’agriculture mayennaise en danger

Le 21 janvier 2021, la Coordination Rurale de Mayenne a organisé une réunion avec plusieurs acteurs influents du département afin de parler des conditions actuelles de l’agriculture française et plus particulièrement de l’agriculture mayennaise.

Étaient présents pour l’occasion :
Élisabeth Doineau, sénatrice de la Mayenne
Guillaume Garrot, député de la Mayenne
Géraldine Bannier, députée de la Mayenne
Stéphanie Garrot, collaboratrice parlementaire de Géraldine Bannier
Quentin Lanvierge, assistant parlementaire de Valérie Hayer
Judith Détourbe, cheffe du service économie et agriculture durable DDT
Claude Tarlevé, conseiller départemental
Olivier Chemin, président de la CR 53
Pascal Aubry, secrétaire de la CR 53
Patrick Curtat, membre du CA CR 53
Chloé Portanguen, animatrice régionale CRPL

Les élus de la Coordination Rurale sont notamment revenus sur les tableaux alarmants présentés le 12 novembre dernier lors de la cellule d’urgence départementale (mise en place suite aux épisodes répétés de sécheresse). En effet, ces derniers indiquaient que seulement 50 % des exploitations du département se trouvaient dans une en situation « saine », les autres étant dans une situation « fragile » ou « sensible ». La CR de Mayenne a notamment rappelé aux élus présents que les statistiques présentées dans ces tableaux ne prenaient pas en compte la sécheresse de 2020, ni l’effet Covid.

La sécheresse en Mayenne

La CR 53 regrette que, malgré la sécheresse de 2020, la DGFIP ait refusé de faire un dégrèvement d’office de la TFNB et préfère étudier les demandes individuelles au cas par cas.
Il est tout de même à noter que les exonérations de TFNB représentent des montants dérisoires par rapport aux pertes réellement subies. Ainsi, en plus de ne pas être généralisées, ces aides sont largement insuffisantes. Il faudrait trouver d’autres mécanismes pour correspondre à la réalité de terrain.

De même, la procédure des calamités agricoles ne peut pas être déclenchée car les calculs théoriques ne correspondent pas à la typologie de l’agriculture mayennaise. Même si le taux de perte est avéré, il n’est pas suffisant pour déclencher la procédure d’indemnisation individuelle. À la place de ces calculs, les relevés satellitaires devraient être suffisant pour estimer les pertes.

Ainsi, pour le moment, cette troisième année de sécheresse consécutive n’ouvre droit à aucune indemnisation particulière en Mayenne.

La méthanisation

Si la CR 53 est d’accord pour dire que la méthanisation peut avoir de nombreux bienfaits, elle refuse que celle-ci prenne la place de l’élevage et qu’il y ait une augmentation de cultures dédiées aux méthaniseurs. Elle ne veut pas voir se créer une concurrence entre la nourriture humaine ou animale et la méthanisation.
Elle voudrait donc des contrôles de l’État pour surveiller ce qui est mis dans les méthaniseurs.
Pour exemple, en Mayenne, la partie maïs doit représenter au maximum 5 à 10 % des approvisionnements dans les digesteurs. Néanmoins, la CR 53 doute que ce soit vraiment le cas sur le terrain.

La CR 53 conclue sur cette phrase du président de la chambre d’Agriculture : « Nous avons perdu la guerre des prix, ne perdons pas la guerre de l’énergie ».
La priorité de la CR est de défendre les agriculteurs en leur assurant des revenus décents, supérieurs à leur coût de production. Chercher des compléments de revenus pour combler le déficit ne fera qu’empirer la situation.

L’installation des jeunes

Des fiches CDOA, rendues anonymes, ont été présentées pour montrer que les jeunes sont parfois installés dans des conditions à la limite de la dignité.
La moyenne des 5 dossiers présentés représente, en terme d’investissement pour installer 1 UTH, près de 650 000 €, majoritairement empruntés. Même avec un si fort taux d’emprunt, les prélèvements privés indiqués sur les dossiers sont compris entre 1 200 et 2 200 €.
De plus, les marges de sécurité sont très basses voire inexistantes. On retrouve de petits prélèvements, pour de grosses annuités. Certains dossiers seront déjà en difficulté la deuxième année.

La profession a l’un des taux de suicide les plus élevés, il faudrait donc mettre des garde-fous pour que les projets les plus déconnectés de la réalité ne passent plus. En effet, certains jeunes investissent des montants astronomiques. Un des dossiers montre un prêt de 895 158 € pour un investissement total de plus d’un million d’euros. Ce projet, même s’il ne représente pas la majorité, questionne tout de même sur les conditions d’installation de certains jeunes.

Autonomie des exploitations

Aujourd’hui, l’autonomie d’une exploitation devrait être le maître-mot d’une installation.
Une réflexion importante devrait être apportée aux cultures à implanter (prairie, légumineuses à privilégier au maïs par exemple pour le fourrage) dans le but d’atteindre une indépendance protéique. Il faudra des aides pour mettre en place des prairies qui sont beaucoup plus résilientes face à la pluviométrie décalée de ces dernières années.

Aujourd’hui, pour espérer une exploitation viable, il faut prendre les calculs à l’envers lors de sa création. En effet pour monter un projet qui marchera sur le long terme, il ne faut pas s’installer tout de suite avec du matériel hors de prix (robot de traite, un tracteur, etc…).

Il est tout de même à noter que certains nouveaux installés arrivent d’autres départements. Preuve que l’agriculture en Mayenne a des atouts.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à vous référer au compte-rendu complet de cette réunion.