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Quelle agriculture bretonne en 2040 ?

Quelle agriculture bretonne en 2040 ?

Tribune de Véronique Le Floc’h, présidente de la CR Bretagne :

L’eau est indispensable à l’agriculture. Pourtant, des organisations « anti-bassines », parmi lesquelles la Confédération Paysanne et la FNAB, s’opposent aux projets de stockage de l’eau de l’hiver pour l’utiliser l’été ! Ils oublient que l’eau, c’est un cycle et il convient de ne pas la perdre. Le stockage de l’eau a toujours existé, voire à d’autres fins, comme c’est le cas du lac artificiel de Guerlédan, décidé en 1921. Il s’étend sur quelque 400 hectares et stocke plus de 50 millions de m 3 d’eau ! Ce lac joue aussi un rôle face à la sécheresse. Selon le Comité français des barrages et réservoirs, « le soutien d’étiage à partir des barrages consiste à ajouter au débit naturel trop faible de la rivière un débit supplémentaire obtenu en déstockant l’eau de la retenue ». Personne ne conteste aujourd’hui cet ouvrage tandis que les nappes phréatiques ne se rechargent pas toujours autant. Les réserves pour l’agriculture, à partir de 10 000 m3, seulement, ne visent qu’à reproduire cette garantie de production !

Nul ne sait comment évoluera notre agriculture Bretonne, tant menacée aujourd’hui, mais voici un scénario :

La mâche, les pousses de salade, la vigne, mais aussi les fruits à noyaux font partie du paysage breton. Les champs s’étendent jusqu’au centre Bretagne avec un nouvel Indice Géographique Protégée (IGP) obtenu par extension de la zone de production des Pays de la Loire. Carottes, panais, betteraves rouges, échalotes, ail et oignons, pommes de terre se perpétuent. Le redéploiement de la culture de l’asperge, dont la moitié de la surface de production avait été perdue, en France, entre 1996 et 2016 tandis que l’Allemagne doublait la sienne, s’est aussi fait, en majeure partie, en Bretagne. On y cultive aujourd’hui la moitié de la production française avec des systèmes de goutte-à-goutte.

De l’eau recyclée pour nos cultures

Les besoins en eau sont couverts à partir de réserves de taille moyenne, créées en inondant les prairies humides à partir de l’eau de l’hiver et qui servent aussi de bassin de sécurité en cas d’incendie et de retenue permettant d’éviter d’éventuelles inondations en ville. Ailleurs, c’est l’eau des stations d’épuration qui est recyclée à destination de l’irrigation agricole, comme c’est le cas pour la culture d’avocats en Israël, pays qui recycle déjà 80% de ses eaux usées, ou encore la culture des fraises et tomates de Murcie en Espagne. D’ailleurs, chaque ville peut largement irriguer tous les champs qui lui fournissent l’alimentation, et même de la biomasse pour le chauffage ! Ainsi les eaux usées et polluées, riches en azote et en phosphore, nutriments utiles aux plantes, ne contribuent plus à alimenter les cours d’eau, mais sont réutilisées plutôt que d’être perdues !

Les producteurs Bretons ont ainsi pu répondre aux attentes sociétales des consommateurs en produisant de façon plus variée et plus locale. Et si on peut penser que la végétation consomme de l’eau, en réalité, elle climatise et provoque les pluies ; l’environnement est vert parce qu’il pleut et il pleut parce que l’environnement est vert, et c’est pour cela aussi qu’il ne pleut pas dans les déserts ! Tout le monde comprend ainsi qu’il faut une couverture végétale maximale et qu’irriguer est indispensable pour produire de la nourriture, au risque de devoir se contenter des feuilles des arbres ! A condition qu’il y en ait !

Déjections humaines complètent la fertilisation

Comme au XIXe siècle, où, avant la pétrochimie, urines et excréments humains étaient collectés à Paris et recyclés sous forme d’engrais, la Bretagne s’est inspirée du programme Ocapi (Optimisation des Cycles Carbone, Azote et Phosphore en ville). Désormais, tout logement est équipé d’un récupérateur de déjections humaines.

Notons cependant que le développement des cultures est la résultante d’un détournement et d’une réduction considérable de l’élevage et donc des sources de fertilisation organique ! Les prix trop faibles ne couvrant pas les coûts de production n’ont que très peu attiré les jeunes sur ce créneau. L’entretien et le renouvellement des bâtiments agricoles s’en est retrouvé réduit ; beaucoup ayant profité des aides à la cessation et au démontage des bâtiments vides. Les coopératives et les industriels qui avaient préféré investir dans leurs outils de transformation, comptant sur « la bonne poire » des éleveurs, n’ont même pas pu compter sur les produits d’importation et ont, à leur tour, tiré les rideaux. Heureusement, les agriculteurs qui ont pu investir dans l’élevage et les bâtiments, de la petite à la très grande structure, ont aussi pu rompre leur relation contractuelle en s’appuyant sur l’abus de dépendance économique. Ils se sont lancés dans la transformation indépendante, individuelle ou collective, avec une logique d’approvisionnement local, générant entre eux un partage équitable de la valeur ! Les déjections de ces outils amendent leurs propres terres et permettent d’assurer l’autonomie alimentaire des élevages. Le soja pousse en Bretagne, sans engrais bien sûr, et l’élevage est en passe de repartir. En volaille, les parcours ne craignent plus les oiseaux migrateurs dont les flux se sont déplacés vers l’Atlantique.

Même si la pression foncière s’est accentuée, si le prix des terres a augmenté, s’il n’y a plus d’aides de la PAC, le prix des produits agricoles n’est plus un problème grâce à la valorisation de nos productions ! Les agriculteurs bretons auront enfin gagné cette guerre près de 50 ans après son début ! Une victoire aussi pour la Coordination Rurale née pour dire NON à cette réforme de la Politique Agricole Commune qui n’avait rien d’agronomique.

NB : En 2020, l’Europe s’inquiétait déjà de voir un tiers de son territoire soumis à des pénuries ponctuelles et a voté en février de cette année un projet de règlement définissant les normes minimales de qualité pour l’eau recyclée à destination de l’irrigation agricole. Si en Israël 80% des eaux usées étaient recyclées, en France ça serait « sans doute moins de 0.1% alors que 90 % d’entre elles sont traitées » selon le fondateur d’Ecolfilae.

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