Dès la création du Conseil National de la Restauration collective (CNRC) en janvier dernier, la CR s’est réjouie que la restauration collective soit enfin mise à l'honneur dans les débats nationaux. Après avoir participé à plusieurs de ses réunions, la CR craint aujourd’hui que cette instance ne se transforme en une énième opération de communication gouvernementale !

À l’heure actuelle plusieurs points laissent la CR insatisfaite : ► L’art. 24 de la loi Egalim fixe l’objectif de 50 % en valeur de produits de qualité et durables (dont 20 % de produits biologiques ou en conversion) dans les approvisionnements de la restauration collective, à atteindre d’ici 2022. Les projets de décrets d’application dudit article fixent une liste limitée de signes et labels éligibles qui risque d’exclure les produits locaux et de qualité mais non labellisés. De plus, ils ne prévoient aucun autre critère que celui de la valeur marchande. Pour relever avec conviction le défi lancé aux industriels par le ministre de l’Agriculture(1), à savoir la territorialisation de l’approvisionnement, la CR estime qu’il serait plus opportun d’insérer un caractère de régularité dans l’approvisionnement de ces produits. Cet aspect peut fortement décourager la mise en place et le développement de filières locales dans le but de répondre à la demande d’approvisionnement, et alors qu’un besoin réel existe, la restauration collective ne constituera toujours pas un débouché stable pour les agriculteurs locaux et pour une valorisation locale de leurs produits. De plus, pour les acheteurs intermédiaires il sera toujours plus simple de s’adresser à du bio transformé et d’importation, en concentrant des grosses commandes ponctuelles, ce qui leur permettra de continuer à s’approvisionner à pas cher ou à un prix plus compétitif que la production disponible localement ou dans les départements limitrophes.

La CR souhaite que des précisions soient ajoutées à cet égard afin que cette disposition législative ait une porté incitative, nécessaire à la construction d’un système alimentaire à l’échelle d’un territoire qui soit ergonomique pour les agriculteurs et pour les usagers.

► Dans un débat où les intermédiaires se font la part du lion, la logique de l’approvisionnement au moins disant n’est pas remise en cause dans l’arène. Il existe pourtant des fonds européens qui correspondent en tout point aux objectifs fixés par le gouvernement et qui permettraient de mettre en avant d’autres critères tout aussi importants dont les usagers, les collectivités territoriales, saisissent de plus en plus l’importance. C’est le cas, par exemple, des 36 millions d’€ du Programme européen Lait et fruits à l’école dont la France n’utilise que 5 % de l’enveloppe qui lui est attribuée, et ce depuis une dizaine d'années.

Lors du Groupe de travail du 16 avril, la CR a donc proposé que les agriculteurs en AB, Siqo et en démarches de qualité (conversion et HVE) puissent bénéficier directement de cette subvention lorsqu'ils livrent la restauration collective.

► Il est ahurissant de constater que le débat ne s’intéresse pas aux aliments ultra-transformés et aux additifs alimentaires alors que le gouvernement fait la promotion de l’alimentation « saine et durable ». Alors que le discours commercial du « sain, local et respectueux de l'environnement » est tenu aujourd'hui par toutes les entreprises de la restauration collective, un simple repas constitué de tomates, boulettes de soja sauce tomate, merguez, purée de pommes de terre, crème au chocolat peut cacher jusqu’à 23 additifs(2) différents !

La CR a donc proposé que la publication des « fiches d’information pour le consommateur » ne soit plus faite sur la base du volontariat et sur demande de l’usager, mais que cela devienne obligatoire. Il est donc regrettable que le décret publié le 15 avril portant sur l’expérimentation de l’affichage des menus ne soit pas plus exigeant ! Au contraire, la démarche reste facultative et les collectivités peuvent choisir ou non d’adhérer à la démarche et les informations « jugées utiles » qu’elles communiqueront.

La CR espère que ce débat stérile laissera rapidement place à des propositions concrètes qui se transformeront en actes et engagements réels de la part du gouvernement, qui – quant à lui - devrait jouer un rôle de facilitateur afin que les collectivités territoriales qui ont à cœur d'appuyer des politiques alimentaires de proximité, prennent en charge la gestion totale des approvisionnements des cuisines scolaires. Les collectivités, conjointement aux Chambres d’agriculture qui agissent véritablement dans l’intérêt général, sont les mieux placées pour développer des filières locales spécifiques à la restauration collective.

Quelques pistes ? Laisser plus de place aux agriculteurs dans ces instances et mettre en avant les projets qui sont un succès, et qui ont bien souvent été réalisés sans argent public ! Comment reproduire et pérenniser ces modèles ? Comment les adapter aux différents territoires ?

À l’heure actuelle, la CR a plus l’impression que le gouvernement est en quête de chiffres sur lesquels appuyer le « verdissement » de son mandat (mise en place d’un système pour faire remonter les résultats, alors qu’il manque les outils pour les atteindre), que de réponses constructives pour l’agriculture et l’alimentation.

 

(1) Discours de Didier Guillaume à l'occasion de l’ouverture officielle des travaux du Conseil National de la Restauration Collective, le 13 mars 2019.

(2) E347, 330, 263, 300, 301, 120, 252, 262, 471, 450, 223, 407, 401, 415, 466, 160a, 160b, 150a, 150b, 150c, 141, 120 et 472b. La composition du repas est tirée d’une « fiche d’information pour le consommateur » de la cantine scolaire d’un village et mise à disposition par l’un de nos adhérents. 

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