Service Études – Coordination Rurale
20 janvier 2025

 

Des effectifs de loups largement au-delà des seuils reconnus

Pendant des années, l’État reconnaissait qu’un effectif d’environ 500 loups constituait un seuil de viabilité compatible avec le bon état de conservation de l’espèce.

Ce seuil est aujourd’hui largement dépassé, avec 1 082 loups estimés en France en 2025.
Dans le même temps, la situation des éleveurs continue de se dégrader sur l’ensemble des territoires concernés.

Une prédation en forte hausse sur tous les élevages

Cette dégradation n’est pas une perception, mais une réalité objectivée par les chiffres officiels. L’augmentation des effectifs s’accompagne d’une pression croissante de la prédation sur l’ensemble des élevages.

D’après les bilans nationaux présentés dans le cadre du Groupe national loup, la France a enregistré plus de 4500 constats et plus de 14 000 victimes officielles, toutes espèces confondues, des chiffres jamais atteints jusque-là ! Ces attaques ne se concentrent pas uniquement sur quelques zones historiques : elles s’étendent désormais à quasiment l’ensemble du territoire métropolitain, confirmant une généralisation du risque de prédation

Des annonces gouvernementales sans impact réel

Les annonces gouvernementales récentes sur l’augmentation des prélèvements relèvent avant tout de l’affichage politique.

En réalité, le cadre réglementaire prévoit déjà un plafond annuel de prélèvements fixé à 19 % de l’effectif moyen estimé de la population de loups, plafond qui peut être porté chaque année à 21 % par l’activation d’un dispositif dit « adaptatif » de + 2 %, déclenché de manière systématique au cours de l’année.

Cette marge supplémentaire, présentée comme une réponse exceptionnelle, est donc prévue et reconduite chaque année, sans constituer une évolution structurelle de la politique de gestion du loup.

Des blocages persistants pour les éleveurs

Dans les faits, cette communication ne change rien pour les éleveurs. Les blocages demeurent, notamment en zones de montagne, où une part importante du quota national est consommée très tôt dans l’année, parfois avant même la sortie des troupeaux en estive.

L’annonce d’un relèvement des prélèvements ne constitue donc ni une mesure nouvelle, ni une réponse opérationnelle, mais seulement la reconduction de mécanismes existants, sans effet concret sur la capacité réelle des éleveurs à défendre leurs troupeaux.

Des méthodes de comptage contestées et opaques

La Coordination Rurale n’est pas opposée par principe à la méthode de comptage par capture-marquage-recapture (CMR), mais dénonce la manière dont elle est appliquée aujourd’hui. Cette méthode repose en grande partie sur la collecte d’indices par des correspondants bénévoles du réseau loup-lynx composés majoritairement par les défenseurs des loups dont la consigne est la destruction des indices de présence. D’autre part, l’OFB refuse de communiquer sur les pondérations faites aux zones sans indices de présences collectés dans certaines circonstances.

Des méthodes complémentaires, comme les hurlements provoqués, autrefois utilisés puis abandonnés par l’OFB car les éleveurs et les chasseurs se les étaient appropriées, pourraient utilement être réintégrées afin d’améliorer la fiabilité des estimations.

La Coordination Rurale demande également une généralisation des analyses génétiques salivaires, à l’instar de l’Allemagne, de la Suisse, des Pays-Bas et de la Belgique, 4 pays satisfaits de cette technique scientifique, ainsi qu’une transparence totale sur les résultats obtenus.

Hybridation : une opacité inacceptable

Le taux d’hybridation reste un autre sujet majeur. La Coordination Rurale constate une opacité persistante autour de ces données.

Lorsque des analyses confirment une hybridation, ces animaux doivent être exclus du quota de prélèvement et les résultats publiés, sans exception. La transparence n’est pas une option : elle est une condition minimale de confiance.

Une gestion territoriale bloquée et des recours inaccessibles aux éleveurs

La gestion territoriale du loup pose également un problème majeur. En zones dites de colonisation, les tirs restent extrêmement encadrés, au motif de la préservation génétique de l’espèce.

Les décisions administratives rendent toute contestation extrêmement lourde sur le plan administratif et financier pour les éleveurs.

Dans ce contexte, la Coordination Rurale appelle l’ensemble de ses structures départementales à interpeller les préfets, en tant qu’autorités de l’Etat chargées de la mise en œuvre des politiques publiques et de l’application des dispositifs de gestion du loup au niveau local.

La Coordination Rurale demande en particulier que des autorisations de tir puissent être accordées y compris dans les zones dites de colonisation. L’absence de possibilité d’intervention dans ces zones, au nom de principes de conservation déconnectés du terrain, laisse aujourd’hui les éleveurs sans solution face aux attaques, alors même que les effectifs de loups continuent d’augmenter.

Chiens de protection imposés sans responsabilité assumée

Les chiens de protection sont devenus un outil central de la politique de gestion de la prédation, imposés aux éleveurs. Pourtant, les conséquences de leur utilisation continuent de reposer quasi exclusivement sur les exploitants.

Malgré l’existence d’une présomption d’absence de négligence, les éleveurs restent exposés à des risques juridiques et financiers importants, notamment en cas d’incident avec des tiers, certaines assurances refusant encore de couvrir ces situations. Dès lors que ces chiens sont imposés par la puissance publique, la Coordination Rurale demande que leur responsabilité juridique et financière relève pleinement de l’État.

Une réelle prise en charge par l’Etat

Plus largement, la Coordination Rurale demande que l’ensemble des dispositifs liés à la protection des troupeaux et à la gestion du loup soient intégralement pris en charge par le ministère de la Transition écologique et pas sur le budget de la PAC ni sur l’auto-financement des éleveurs. Les choix de conservation de l’espèce relèvent de cette politique publique, et il n’est plus acceptable que leurs conséquences économiques, juridiques et humaines continuent de peser quasi exclusivement sur les exploitations agricoles.

Dès lors que l’État impose des dispositifs de protection, des contraintes réglementaires et des restrictions d’intervention, il doit assumer pleinement leur financement et leurs conséquences, sans transfert de charges vers les éleveurs.

De la même façon, faire reposer sur le bénévolat des éleveurs et des Lieutenants de louveterie l’élimination des loups se spécialisant dans les prédations des animaux d’élevage peut s’assimiler à de l’amateurisme. Il conviendrait que l’Etat, porteur du développement des populations lupines assume la prise en charge financière de « brigades loups territoriales » pour éliminer les individus indésirables.

Une inégalité flagrante des moyens de défense

Sur le terrain, les éleveurs se heurtent à une réalité bien éloignée des discours officiels en matière de protection des troupeaux.

Les lieutenants de louveterie disposent de matériels performants, notamment de lunettes thermiques, alors que les éleveurs, pourtant en première ligne, en sont privés.

La Coordination Rurale souligne que l’absence de lunettes thermiques complique considérablement l’intervention des éleveurs, dans la mesure où les loups agissent majoritairement à la tombée de la nuit ou en conditions de faible visibilité. Sans cet équipement, les éleveurs sont placés dans une situation de forte insécurité juridique, faute de pouvoir identifier avec certitude l’animal, avec le risque d’être tenus responsables en cas d’accident.

Les lunettes thermiques constituent ainsi un outil essentiel d’aide à la décision, permettant de distinguer un loup d’un autre animal et de sécuriser les interventions. La Coordination Rurale demande que l’accès à ces équipements soit autorisé sans restriction pour les éleveurs confrontés à la prédation.

Pour un droit réel à la contre-expertise

Aujourd’hui, les analyses sont réalisées par un laboratoire certifié par l’OFB, sans possibilité réelle de contre-expertise indépendante pour les éleveurs.

La Coordination Rurale revendique l’ouverture de ce droit, avec la possibilité de recourir à des laboratoires disposant d’un agrément européen, selon un protocole strict, pouvant être réalisé en présence d’un tiers officiel (maire, agent de police, agent de l’OFB).

Dans plusieurs pays européens, le suivi du loup repose sur des analyses biologiques et génétiques réalisées par des laboratoires spécialisés. La Coordination Rurale estime que les éleveurs français doivent pouvoir recourir à ce type de laboratoires dans le cadre de contre-expertise indépendantes, notamment lorsque des attaques sont classées en origine indéterminée, afin de garantir des procédures équitables de reconnaissance et d’indemnisation.

La reconnaissance des attaques pose également de graves difficultés pour les espèces dites non protégeables, pour lesquelles l’établissement de la responsabilité du loup reste particulièrement complexe. Les éleveurs concernés se heurtent fréquemment à des classements en origine indéterminée, entraînant l’absence de reconnaissance officielle et d’indemnisation, y compris lorsque les indices de prédation sont pourtant manifestes.

En 2024, 437 dossiers d’attaques sur bovins ont été recensés, contre 353 en 2023. Plus de 51 % de ces dossiers sont classés en « origine indéterminée », privant les éleveurs de reconnaissance des faits et de toute indemnisation.

La Coordination Rurale rappelle que le recours aux analyses génétiques salivaires permettrait d’identifier formellement l’origine des attaques, y compris sur les animaux blessés, et de déclencher le cas échéant des indemnisations.

Zone de protection forte : une nouvelle menace pour l’élevage

La France s’est fixé un objectif de protection renforcée de la biodiversité sur 10 % du territoire national. Ces projets d’extension font peser une menace supplémentaire sur l’élevage.

Dans ces zones, il est impératif que les éleveurs puissent obtenir des autorisations de tir. Sans quoi ces dispositifs reviendraient à sanctuariser le prédateur au détriment total des activités agricoles.

Une détresse humaine trop souvent ignorée

« Vous n’avez que l’image quand des brebis sont découpées. Nous, on a le son, l’image et l’odeur.

Et le supplice ne s’arrête pas là : certaines sont éventrées, disloquées, mais encore vivantes.

Et l’éleveur doit finir le travail du prédateur. »

Derrière les chiffres et les protocoles, il y a une réalité humaine dramatique. De plus en plus d’éleveurs évoquent ouvertement l’arrêt de leur exploitation, épuisés moralement et physiquement par les attaques à répétition.

Les animaux ne sont pas de simples numéros ni de la trésorerie sur pattes. Il y a de l’affect et un stress post-traumatique profond, jamais reconnu ni chiffré.

Exiger enfin des actes

La Coordination Rurale exige que l’État assume pleinement les conséquences des choix qu’il impose.

Sans méthodes fiables, sans transparence, sans moyens réels de défense, la politique actuelle mène à une impasse humaine et agricole, avec le risque de dérives illégales et non sélectives préjudiciables à l’ensemble de la biodiversité.

La Coordination Rurale réclame la liberté de tir sur tous les loups à proximité des troupeaux, sans quota, et avec des lunettes thermiques, condition indispensable pour sortir de l’hypocrisie actuelle.

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