Prairies brûlées, récoltes de maïs divisées par plus de deux, réserves hivernales déjà entamées et charges qui explosent : dans un reportage diffusé ce lundi 24 août sur France Inter, Natacha Guillemet, éleveuse en Vendée et membre de la Coordination Rurale, témoigne d’une situation devenue critique dans de nombreuses exploitations.
À Vouvant, en Vendée, Natacha Guillemet et son mari Jean-Paul élèvent près de 500 bovins Parthenais. Après cinq épisodes de canicule et une sécheresse persistante, leur exploitation subit de plein fouet les conséquences de cet été exceptionnel. Habituellement au pâturage à cette période de l’année, les animaux doivent désormais rester à l’étable, faute d’herbe en quantité suffisante. Les éleveurs sont donc contraints de puiser dès maintenant dans les réserves constituées au printemps pour passer l’hiver.
30 000 euros de charges supplémentaires
La situation est tout aussi préoccupante pour le maïs destiné à l’alimentation du troupeau. Là où l’exploitation récolte habituellement autour de 12 tonnes par hectare, la famille Guillemet n’en attend cette année qu’environ 5 tonnes. Conséquence directe : il faut acheter du fourrage à l’extérieur. Pour l’exploitation, la facture devrait atteindre 30 000 euros de dépenses supplémentaires, hors transport.
Derrière les conséquences agronomiques de la sécheresse se dessine donc une autre urgence : celle de la trésorerie des exploitations.
Face à cette situation, Natacha Guillemet et sa famille demandent notamment une année blanche sur les cotisations MSA, afin de donner de l’oxygène aux exploitations frappées par les pertes de récoltes et l’augmentation brutale de leurs charges.
« L’eau doit redevenir une priorité agricole »
Mais gérer l’urgence ne suffira pas. Alors que les épisodes de sécheresse et de fortes chaleurs se répètent, la question de l’accès à l’eau devient déterminante pour l’avenir de l’agriculture française. Pour Natacha Guillemet, la réponse passe notamment par la possibilité d’irriguer davantage et de stocker l’eau lorsqu’elle est disponible pour pouvoir l’utiliser lorsqu’elle devient rare.
« Une revendication portée de longue date par la Coordination Rurale : l’agriculture française ne pourra pas s’adapter aux évolutions climatiques si elle se prive des moyens de sécuriser sa production. »
Alors que la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, doit réunir les préfets jeudi 27 août pour dresser un premier bilan des conséquences de l’été, les agriculteurs n’attendent plus des constats. Ils attendent des décisions. Le témoignage de Natacha Guillemet sur France Inter rappelle une réalité simple : derrière les chiffres de la sécheresse, ce sont aujourd’hui des exploitations, des revenus et notre capacité à produire notre alimentation qui sont directement menacés.