L’irrigation agricole est couramment accusée d’être la cause du déficit d’eau en France : la critique est simpliste car la réalité des relations entre l’eau et l’agriculture est plus complexe. Tous les végétaux vivent, respirent et consomment de l’eau, y compris les cultures non irriguées, les forêts, etc.

La différence entre l’eau brute et l’eau potable

Le grand public est désinformé sur la question de l’eau. Il faut différencier d’une part l’eau potable, qui a fait l’objet d’un traitement et est payée par tous les consommateurs (dont les agriculteurs), et d’autre part l’eau brute (eau de pluie), gratuite, qui doit rester à la libre disposition des propriétaires des sols sur lesquels elle tombe. De la même manière que certains installent des récupérateurs d’eau de pluie pour la stocker et en l’utiliser comme bon leur semble, les agriculteurs construisent des retenues d’eau qui leur permettent de la stocker en automne et en hiver, pour irriguer les cultures en cas de besoin en été.

Pour tordre le cou à certaines idées reçues


Les apports d’eau d’irrigation sont maîtrisés par les agriculteurs, qui contrôlent les stades de sensibilité de la culture et l’évapotranspiration. Le ministère de l’Agriculture reconnaît d’ailleurs que c’est par l’observation que l’irrigation est pilotée pour la majorité des surfaces. Comme avec un produit phytosanitaire ou un engrais, l’intérêt économique évident de l’agriculteur est d’optimiser les apports (quantité, qualité) en fonction du besoin et du potentiel de la plante.

Quant à l’évaporation aux heures les plus ensoleillées, une étude (Cemagref - 2006) montre bien que sous des conditions climatiques normales, la part de l’évaporation directe ne représente que 5 % max. des pertes dans l’air. Les irrigants tiennent compte du fait que la dérive au vent est la plus préjudiciable, ne serait-ce que pour faire des économies…

Enfin, les cultures irriguées ne représentent que 4 % des besoins en eau de l’agriculture et seulement 2 % des besoins si on inclut la forêt et les espaces verts. L’irrigation prélève seulement 12 % du volume total consommé annuel en France (contre 60 % pour refroidir les centrales de production d’électricité) et 93% de cette eau d’irrigation est restituée dans le sous-sol (estimations du ministère de l’Ecologie – 2006) ce qui réalimente les nappes.

La réhabilitation de l’irrigation


L’irrigation permet de maintenir une agriculture dans les sols dont la capacité de rétention d’eau est faible. Avec une productivité doublée par rapport aux cultures sèches, elle assure 40 % de la production de la planète avec 17 % des terres cultivées. Elle régularise les rendements, assure la bonne utilisation des fertilisants, augmente l’hygrométrie de l’air et contribue à réduire la température en période de canicule. Elle lutte aussi contre l’effet de serre, en fixant dans les plantes une grande quantité de CO2. Dans le contexte actuel de crise alimentaire, cette pratique prend toute son importance.

La CR affirme que la meilleure assurance contre la sécheresse est bien le développement de l’irrigation ! Il paraît inouï que l’Etat préfère subventionner des assurances (et donc les assureurs, qui n’indemnisent pas correctement les agriculteurs) plutôt que de favoriser la création de ressources, en aidant les agriculteurs à réaliser des retenues d'eau pour capter des réserves qui, sinon, iraient à la mer.

Ainsi, contrairement aux autres syndicats, la CR défend l’irrigation sans complexe à partir du moment où elle respecte les équilibres vitaux, en évitant d’assécher les cours d’eau ou les ressources en eau potable. La CR est pour la gratuité de l’eau d’irrigation aux agriculteurs et donc contre le principe des volucompteurs obligatoires, coûteux et peu fiables par rapport aux moyens de mesure traditionnels utilisés par les irrigants.

L’eau et agriculture


Aujourd’hui, le problème auquel nous sommes confrontés concerne plus la réalimentation des nappes et le besoin global en eau des différents secteurs- dont l’agriculture -, que la seule irrigation agricole. A cet égard, le débat national sur la rareté de l’eau dans notre pays fait bien sourire nos voisins espagnols…

L’agriculture, bien qu’importante utilisatrice d’eau, est le seul secteur dont le bilan hydrique soit positif sachant en outre qu’elle permet d’assurer le besoin vital de nous nourrir. En France, ce sont surtout les surfaces agricoles qui réalimentent les nappes phréatiques. En outre, les lacs collinaires et l’eau pompée dans les rivières (qui irait sinon se perdre dans la mer) participent localement à cette réalimentation. A contrario, la forêt consomme quasiment toute l’eau pluviale qu’elle recueille.

L’agriculture dispose de certaines clés pour contribuer à la préservation de la ressource en eau. Il faut en effet débroussailler et éclaircir les forêts, ainsi que supprimer les bandes enherbées obligatoires qui consomment autant d’eau qu’une culture de blé alors que leur utilité supposée par rapport aux produits phytosanitaires n’est pas réellement prouvée. Il faut enfin mettre en place une politique ambitieuse à long terme de création de nouvelles réserves, par le développement de retenues collinaires dans les bassins versants dont les cours d’eau ne risquent pas de s’assécher, objectif facilement accessible dans le contexte climatique et géographique de la France.

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