1. Contexte et objectifs

Dans le cadre du World Meat Congress et du voyage d’étude post-tour organisé par l’interprofession bovine, la CR a participé à une mission au Brésil du 26 octobre au 6 novembre.

Ce déplacement a rassemblé l’ensemble des maillons de la filière : éleveurs, négociants, abatteurs, responsables de mise en marché, bouchers et restauration collective.

Chaque famille professionnelle était représentée par un membre, afin d’enrichir la réflexion collective sur les enjeux internationaux du secteur bovin.

L’objectif du voyage était de mieux comprendre le modèle de production brésilien, ses atouts, ses limites, et les évolutions possibles pour la filière viande française dans un contexte d’échanges mondiaux croissants.

  1. Observations générales sur le modèle agricole brésilien

Le Brésil se positionne aujourd’hui comme l’un des leaders mondiaux de la production de viande bovine, grâce à une combinaison d’éléments géographiques, techniques et économiques :

  • de vastes territoires,
  • un climat favorable à la pousse des fourrages,
  • et une organisation intégrée de la chaîne de valeur, de la reproduction à l’exportation.

Les exploitations rencontrées présentent une diversité de structures, allant des élevages familiaux modernisés aux grandes entreprises agricoles de plusieurs milliers d’hectares.

La productivité et la compétitivité sont au cœur des stratégies, portées par une amélioration génétique continue et une gestion technique de haut niveau.

  1. La production bovine : organisation et pratiques observées

3.1. Génétique et reproduction

Les éleveurs brésiliens travaillent principalement sur des races zébuines (Nelore) adaptées au climat tropical, mais de nombreux programmes de croisement avec des races européennes (Angus, Brangus, Ultrablack) visent à améliorer la qualité de la viande et la précocité des animaux.

L’utilisation de la transplantation embryonnaire et de l’insémination artificielle est très développée, permettant de diffuser rapidement les meilleures lignées.

Les entreprises génétiques rencontrées disposent d’outils technologiques de pointe et d’équipes scientifiques intégrées, illustrant un investissement massif en recherche et développement.

3.2. Alimentation et conduite du troupeau

La majorité des bovins sont élevés en pâturage, parfois en système intégré avec les cultures (association maïs/soja/pâture).

L’alimentation est souvent complétée par des coproduits agricoles ou industriels (tourteaux, pulpes, canne à sucre) permettant de valoriser les ressources locales à moindre coût.

Les périodes de finition sont plus ou moins intensives selon les régions, certaines exploitations disposant de feedlots modernes pour assurer une croissance rapide avant abattage.

3.3. Suivi et gestion technique

Les fermes visitées sont dotées d’un suivi informatisé du troupeau, de balances automatiques et de stations de pesée, permettant un pilotage précis de la performance animale.

Les visites ont mis en évidence une organisation rigoureuse et une réactivité commerciale importante, avec une culture du résultat et de l’efficacité économique très marquée.

  1. Transformation et commercialisation

Les abattoirs et unités de transformation visités témoignent d’une puissance industrielle remarquable. Certains sites traitent plusieurs milliers de têtes par jour, avec des chaînes de production très automatisées. Les carcasses sont classées, découpées et orientées selon la destination : marché intérieur, exportation ou transformation.

Les principaux débouchés à l’export restent la Chine, le Moyen-Orient et l’Union européenne pour les morceaux nobles. L’organisation logistique, du transport au conditionnement, est optimisée pour garantir la fraîcheur et la traçabilité commerciale.

Le secteur privé joue un rôle central, soutenu par de puissants groupes agroalimentaires nationaux et internationaux.

  1. Approche environnementale et sociale

Plusieurs exploitations mettent en œuvre des pratiques dites de “production durable”, notamment l’intégration culture-élevage ou la reforestation de certaines zones.

Toutefois, la perception du développement durable diffère : elle repose davantage sur la productivité des sols et la valorisation économique des ressources que sur des critères réglementaires stricts.

Des initiatives ont été observées autour du rôle des femmes dans la filière et de la formation des jeunes agriculteurs, traduisant une volonté d’ouverture et de modernisation sociale, même si ces démarches restent ponctuelles.

 

  1. Enseignements humains et professionnels du voyage

Ce voyage a permis à chaque participant de mieux comprendre la réalité du terrain brésilien et de créer un dialogue international entre acteurs de la filière.

La diversité des profils (producteurs, négociants, transformateurs, distributeurs) a favorisé des échanges riches sur les différences d’organisation, de mentalité et d’objectifs économiques.

Les rencontres avec les équipes techniques et les chercheurs ont également mis en lumière la rapidité d’adaptation du modèle brésilien et sa capacité à intégrer l’innovation au service de la compétitivité.

  1. Analyse et perspectives pour l’élevage français 

Le modèle brésilien présente indéniablement des forces techniques et économiques :

  • maîtrise génétique,
  • efficacité de la chaîne logistique,
  • capacité d’exportation,
  • et intégration verticale.

Cependant, il repose sur un contexte réglementaire, social et environnemental très différent de celui de l’Union européenne.

Le recours à des intrants interdits en Europe, la tolérance vis-à-vis des activateurs de croissance et l’absence de cadre strict pour le bien-être animal soulignent une distorsion de normes importante.

À cela s’ajoute un élément politique essentiel : la stratégie du gouvernement brésilien.

Sous la présidence de Luiz Inácio Lula da Silva, la politique agricole reste fortement orientée vers la production et la performance économique. La notion de “fonction sociale de la terre”, inscrite dans la Constitution brésilienne, permet à l’État de considérer qu’une propriété insuffisamment mise en valeur peut être réaffectée dans le cadre de la réforme agraire.

Autrement dit, la pression politique est clairement du côté du “produire”, et les agriculteurs sont encouragés — voire poussés — à intensifier l’usage de leurs terres.

À l’inverse, en France, beaucoup d’agriculteurs ont aujourd’hui le sentiment que la politique économique penche davantage vers une écologie punitive, où l’acte même de produire semble devenir suspect ou indésirable. Les exploitants ont l’impression que chaque nouvelle règle vient restreindre, contraindre ou empêcher, plutôt que soutenir et valoriser leur travail.

Ces écarts, combinés à des coûts de production beaucoup plus faibles au Brésil, représentent une menace potentielle pour la compétitivité de la filière bovine française, notamment si l’accord UE–Mercosur se concrétise pleinement.

Le risque principal réside dans une concurrence sur les morceaux nobles, où les importations brésiliennes sont 20 à 30 % moins chères que la production européenne »

Ce voyage d’étude au Brésil nous a permis de mesurer toute la puissance d’un modèle agricole tourné vers la performance et l’adaptation.

Le Brésil impressionne par sa capacité à produire en masse, à innover vite et à s’organiser autour d’une logique économique parfaitement maîtrisée.

Mais cette puissance interroge. Car derrière les chiffres et les volumes se cache une autre réalité : celle d’un modèle qui ne répond pas aux mêmes exigences que le nôtre.

Ici, en France, nos fermes ne sont pas seulement des unités de production.

Ce sont des paysages vivants, des repères culturels, des lieux de vie et de transmission.

Ce sont elles qui façonnent les vallées, entretiennent les haies, protègent les sols et participent à la beauté de nos campagnes — cette image qui fait que la France, c’est la France.

Face à un géant capable d’adaptation rapide, doté de moyens considérables et de normes beaucoup plus souples, nous ne pouvons pas rester spectateurs.

Nous devons protéger notre modèle agricole, nos exploitations familiales et nos paysans, qui sont les premiers gardiens de la biodiversité et de notre patrimoine rural.

La question n’est pas de refuser le commerce mondial, mais de garantir une équité réelle entre les producteurs.

On ne peut pas demander à nos éleveurs de respecter les cahiers des charges les plus exigeants d’Europe tout en ouvrant nos frontières à des produits qui ne répondent pas aux mêmes règles.

Protéger l’agriculture française, c’est protéger nos paysages, notre souveraineté alimentaire et notre identité collective.

C’est affirmer que la qualité, le respect de la nature et le savoir-faire humain valent plus que la course au volume et au prix.

Ce voyage nous aura rappelé que l’avenir de notre agriculture se joue dès aujourd’hui :

trouver ensemble les moyens de défendre, par tous les leviers possibles, ce modèle agricole qui fait la force, la richesse et la beauté de notre pays.

POLITIQUE AGRICOLE BRESIL

Le Brésil occupe une place majeure sur la scène agricole mondiale, à la fois par l’étendue de ses terres, la puissance de son agro-industrie et la diversité de ses productions. Son modèle repose sur une dualité marquée entre l’agro-négoce, tourné vers l’exportation, et une agriculture familiale essentielle à l’alimentation intérieure. Cette dualité s’incarne dans la structuration politique du pays, qui dispose de deux ministères distincts : le Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage (MAPA), dirigé par Carlos Fávaro, et le Ministère du Développement agraire et de l’Agriculture familiale (MDA), confié à Paulo Teixeira.

L’agriculture brésilienne s’inscrit dans une logique historique de concentration foncière issue de la colonisation portugaise. Depuis la loi des Terres de 1850, l’accès à la propriété agricole s’est progressivement fermé aux plus pauvres, favorisant l’émergence de vastes latifundios et limitant la mise en œuvre d’une véritable réforme agraire. Les paysans modestes, souvent issus de la colonisation interne, demeurent en attente d’une redistribution plus équitable. Cette structure foncière inégalitaire explique encore aujourd’hui les tensions sociales persistantes et les contrastes entre les grands exportateurs et les petites exploitations.

Le Brésil s’est néanmoins imposé comme une puissance agricole mondiale grâce à une profonde révolution technologique et politique amorcée dans les années 1970. L’action de l’entreprise publique de recherche Embrapa, l’adaptation des sols acides du Cerrado et la mise en culture du soja tropical ont permis une expansion spectaculaire de la production. Les politiques publiques, notamment les plans Safra et les programmes de colonisation de l’intérieur, ont soutenu cet essor. Cette dynamique repose aussi sur l’esprit entrepreneurial des « fermiers gauchos », descendants d’immigrants européens installés dans le sud du pays, qui ont contribué à moderniser les exploitations et à structurer l’agro-négoce.

Aujourd’hui, le Brésil figure parmi les premiers producteurs et exportateurs mondiaux pour de nombreuses filières : premier pour le sucre, le café, le jus d’orange, le soja et la viande de volaille, et deuxième pour la viande bovine, l’éthanol et le maïs. Ce positionnement repose sur un vaste territoire agricole — dix fois plus étendu que celui de la France — et sur un cheptel bovin quatorze fois supérieur. Si la superficie agricole utile du Brésil représente environ 282 millions d’hectares, plus de 40 % de celle-ci est exploitée par une minorité de très grandes exploitations.

Cependant, cette expansion s’accompagne de défis environnementaux considérables. Le Brésil demeure l’un des principaux foyers de déforestation mondiale. Malgré un ralentissement sous le gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva, la perte de forêts reste préoccupante : environ 12 400 km² en 2024, soit l’équivalent d’un terrain de football détruit toutes les trente minutes. Le Code forestier brésilien tente d’encadrer cette évolution, notamment à travers les notions de Réserve légale et d’Aires de Protection Permanente, mais l’application reste inégale selon les régions.

Parallèlement, le pays est devenu le premier consommateur mondial de produits phytosanitaires, représentant près de 20 % du marché global. Sur les 427 substances actives autorisées, plus d’un tiers sont interdites en Europe pour des raisons de santé publique ou environnementale. Les limites maximales de résidus y sont en moyenne six fois plus élevées qu’en Europe. Une réforme adoptée fin 2023 vise à simplifier les procédures d’homologation, dans une logique de compétitivité accrue. Cette dépendance aux intrants chimiques contraste toutefois avec l’émergence récente d’un marché dynamique des biointrants, témoignant d’une volonté d’innovation durable.

Sur le plan international, le Brésil cherche à conjuguer ses ambitions économiques et son influence diplomatique. Il s’affirme comme un acteur central du « Sud global », présent au sein des BRICS et à la présidence du G20, et accueillera la COP30. Ses objectifs consistent à renforcer son rôle de puissance agricole tout en répondant aux critiques sur son modèle environnemental et social.

Dans ce contexte, le réseau des conseillers agricoles français joue un rôle essentiel pour maintenir un dialogue constructif et défendre les intérêts nationaux. Placés sous la tutelle du ministère français de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, ces conseillers assurent une veille économique, politique et réglementaire, accompagnent les entreprises françaises dans leur implantation ou leur exportation et soutiennent la coopération bilatérale. Pour la région « Brésil, Argentine et Chili », deux conseillers sont basés à Brasilia : Pierre-Adrien Romon, conseiller agricole régional, et Bénédicte Béneult, conseillère adjointe et spécialiste SPS.

Ainsi, le Brésil illustre les paradoxes d’une puissance agricole mondiale : innovante et performante, mais encore marquée par de fortes inégalités foncières et des tensions environnementales. Entre modèle exportateur et enjeux de durabilité, le pays demeure un acteur incontournable des équilibres agricoles mondiaux, dont l’évolution conditionnera en partie les dynamiques agroéconomiques du XXIe siècle.

VISITE ABATTOIR BRESIL

La visite de l’abattoir Marfrig à Várzea Grande (Mato Grosso) a permis de découvrir une structure impressionnante, capable d’abattre jusqu’à 2 000 bovins par jour et employant près de 3 000 personnes. Cette unité régionale, tournée vers les marchés national et international, travaille principalement avec la race locale Nelore, typique du Brésil, parfaitement adaptée aux climats chauds et reconnaissable à sa bosse caractéristique. Lors de la visite, un lot croisé Nelore/Angus a également été observé, témoignant d’une recherche d’amélioration de la qualité de la viande.

La visite, étonnamment ouverte, a permis de filmer toutes les étapes : du parc de contention à la mise à mort, puis à la saignée et à la découpe des carcasses. Fondé par une fratrie d’anciens négociants, l’abattoir s’est développé progressivement et achète aujourd’hui près de 90 % des bovins directement aux éleveurs, garantissant une relation de confiance et de proximité.

L’entreprise fait partie d’un groupe qui exporte 4,2 millions de tonnes de viande par an, dont 90 % vers la Chine et 10 % vers l’Europe et les pays arabes. Sur ses quatre sites, la production atteint 169 000 tonnes annuelles, avec environ 45 heures d’abattage par semaine. Le prix moyen de la carcasse s’établit autour de 3,60 € le kilo, pour un poids moyen d’environ 233 kg, variant selon le sexe et la région.

Toutefois, il convient de rester prudent quant aux chiffres communiqués, certaines données présentées sur place semblant comporter des incohérences ou des imprécisions.

Les transactions reposent sur une relation de confiance entre éleveurs et abattoir, avec un paiement à 30 jours. Un versement anticipé est possible, mais entraîne une décote. Cette visite a offert un regard concret sur la puissance, la modernité et la transparence de la filière bovine brésilienne, tout en soulignant le rôle central de la race Nelore dans l’élevage du pays.

RENCONTRE ELEVEUR membre de l’association ABCZ

L’Associação Brasileira dos Criadores de Zebu (ABCZ) est la principale organisation nationale représentant les éleveurs de bovins zébuins au Brésil. Son siège se situe à Uberaba, dans l’État de Minas Gerais, reconnu comme le centre historique et économique de l’élevage zébuin du pays. Reconnue par le ministère brésilien de l’Agriculture, l’ABCZ est l’organisme officiel chargé du registre généalogique de toutes les races zébuines élevées au Brésil, telles que la Nelore, la Guzerá, la Gir ou la Brahma.

L’association regroupe plus de 22 000 à 25 000 membres répartis sur l’ensemble du territoire brésilien. Elle administre chaque année près de 600 000 enregistrements d’animaux et possède une base de données dépassant les 12 millions de têtes enregistrées, ce qui en fait l’un des plus grands registres bovins au monde.

La mission principale de l’ABCZ est de promouvoir le meilleurment génétique, la diffusion des technologies d’élevage et la valorisation économique et zootechnique des races zébuines, reconnues pour leur adaptation aux climats tropicaux et leur importance dans la production de viande et de lait. Elle accompagne les éleveurs à travers des formations, des conférences et des programmes de recherche.

Parmi ses actions phares, l’ABCZ pilote le Programme de Meilleurment Génétique des Zébus (PMGZ), destiné à améliorer la performance des animaux sur des critères tels que le poids, la reproduction ou la morphologie. Ce programme repose sur des analyses génétiques, des contrôles de performances et des évaluations constantes des reproducteurs. L’association administre également les tests de conformité raciale et de croisement, afin d’assurer la traçabilité et la qualité des lignées bovines.

L’ABCZ joue un rôle central dans la promotion internationale de la génétique brésilienne, soutenant l’exportation de reproducteurs, de semences et d’embryons. Elle représente ainsi un acteur clé dans la diffusion du modèle brésilien d’élevage zébuin à l’étranger.

Pour les éleveurs, l’adhésion à l’association permet d’obtenir un accompagnement technique reconnu, un accès aux programmes génétiques, une visibilité accrue sur le marché et une valorisation de leurs animaux dans un cadre institutionnel solide. L’ABCZ s’impose aujourd’hui comme un pilier de la filière bovine brésilienne, garantissant la fiabilité, la compétitivité et la durabilité de l’élevage de zébus dans le pays.

VISITE APROSOJA

L’Aprosoja Mato Grosso, association des producteurs de soja et de maïs, est un organisme représentatif à but non lucratif regroupant des producteurs ruraux de l’État du Mato Grosso. Son siège est situé à Cuiabá, capitale de l’État. L’association a pour mission de défendre les droits, les intérêts et les devoirs des producteurs, tout en mettant en œuvre des actions favorisant la croissance durable des filières de production de soja et de maïs.

Aprosoja représente environ 9 000 producteurs répartis sur 32 communes. Ses représentants, tous bénévoles, sont eux-mêmes issus du milieu agricole. Environ 50 % des adhérents exploitent moins de 500 hectares, ce qui reflète la place importante occupée par les petites et moyennes exploitations dans la structure agricole régionale. L’organisation agit comme un relais entre les producteurs et les pouvoirs publics, tout en soutenant des projets techniques, économiques et sociaux destinés à renforcer la durabilité du secteur.

La transformation du soja et du maïs constitue un pilier majeur de l’économie du Mato Grosso. Pour la campagne 2023/2024, la production d’éthanol hydraté s’élève à 2,98 millions de m³ dans l’État, contre 3,74 millions de m³ pour l’ensemble du Brésil. En ce qui concerne l’éthanol anhydre, la production atteint 1,48 million de m³ dans le Mato Grosso, pour 2,19 millions de m³ au niveau national. La moagem de milho, c’est-à-dire la transformation du maïs, représente 10,1 millions de tonnes dans l’État sur un total national de 13,5 millions de tonnes. Quant à l’extraction du soja, elle atteint 12,68 millions de tonnes dans le Mato Grosso, pour une production brésilienne globale de 55,44 millions de tonnes.

L’agro-industrie du Mato Grosso occupe une place stratégique dans l’économie nationale. Elle représente 23,4 % du PIB de l’État et fait du Mato Grosso un acteur essentiel dans la production agricole brésilienne. L’État assure 26 % de la production nationale de soja, 52 % de la deuxième récolte de maïs, 73 % de celle du coton et 18 % de la production de bœuf. Si le Mato Grosso était un pays, il se classerait troisième producteur mondial de soja avec une récolte de 45,3 millions de tonnes en 2022/2023 et une prévision de 50 millions de tonnes pour 2024/2025.

L’impact économique et social de cette dynamique est considérable. L’agro-industrie constitue le principal moteur économique dans neuf des dix municipalités de l’État présentant les meilleurs indices de développement humain (IDH). Les zones agricoles connaissent une amélioration notable de la qualité de vie, une création d’emplois et une augmentation des revenus. Les villes telles que Lucas do Rio Verde, Nova Mutum, Rondonópolis, Sinop, Primavera do Leste, Campo Verde, Barra do Garças, Sorriso et Campos de Júlio figurent parmi les plus dynamiques du pays dans ce secteur.

Concernant l’occupation des terres, environ 12,7 % du territoire du Mato Grosso est consacré à l’agriculture, 16,1 % sont des terres autochtones, 5,9 % sont des unités de conservation, et 40,5 % de la superficie totale est préservée par les producteurs eux-mêmes, illustrant une conscience environnementale croissante au sein du monde rural.

Le Brésil demeure le premier exportateur mondial de soja et le deuxième exportateur de maïs, position rendue possible par la contribution décisive du Mato Grosso. Dans cette logique de durabilité, Aprosoja mène plusieurs programmes environnementaux et sociaux. Le projet Gardien de l’eau, conduit en partenariat avec l’Instituto Ação Verde, accompagne les producteurs dans la gestion, la préservation et la restauration des ressources hydriques. Plus de 105 000 ressources en eau ont été identifiées, dont 95 % sont préservées ou modérément préservées dans 56 municipalités cartographiées.

L’association conduit également des campagnes annuelles de prévention et de lutte contre les incendies ruraux et forestiers, en diffusant des recommandations aux producteurs, des brochures d’information et des messages dans les médias, afin de limiter les risques liés à la période sèche.

Soucieuse de préparer l’avenir, Aprosoja a mis en place l’Académie de leadership, un programme de formation destiné à renforcer les compétences et la conscience politique des jeunes producteurs. Cette initiative vise à assurer la continuité du secteur agricole en développant les capacités de représentation et de gestion durable des générations futures.

L’association porte également le programme Agrosolidário, une initiative de responsabilité sociale articulée autour de quatre axes : le soja, c’est la vie ; le soja, c’est la culture ; le soja, c’est le sport ; et soja social. Ce programme soutient 84 institutions telles que des garderies, des maisons de retraite, des hôpitaux et des refuges, réparties dans plus de 38 villes du Mato Grosso et du District fédéral.

Par ailleurs, l’Aprosoja développe des projets éducatifs visant à sensibiliser les jeunes à la production agricole. En 2024, plus de 2 000 enfants et adolescents participent à ces actions, qui consistent à leur faire découvrir les processus de production, de stockage et de transport des céréales, tout en soulignant les exigences environnementales et sociales de l’agriculture moderne. Le nombre de bénéficiaires devrait atteindre 3 000 jeunes dans les années à venir.

Ces initiatives, associées à une production agricole performante, montrent que le Mato Grosso s’efforce de conjuguer croissance économique, innovation agricole et responsabilité environnementale, positionnant la région comme un acteur clé du développement durable au sein du Brésil et sur la scène mondiale.

RENCONTRES BRESIL

Lors de la visite de l’exploitation Serra Verde Farm, appartenant au groupe Rovem Agronegócios, nous avons rencontré Carole Brazil et son mari, propriétaires du domaine depuis 1985 ainsi que de sept autres sites agricoles, employant au total près de 900 salariés. Cette visite a permis de mettre en lumière l’engagement remarquable de Carole Brazil en faveur des femmes dans le secteur agricole, ainsi que son rôle moteur au sein de sa communauté et du Parlement des femmes d’Amazonie.

Carole Brazil s’investit pleinement pour la reconnaissance et le développement du rôle des femmes en agriculture. Elle a notamment organisé un grand congrès consacré aux conditions de travail et à la place des femmes dans ce secteur, sensibilisant ainsi les autorités publiques à la faible représentation féminine parmi les chefs d’exploitation, qui ne représentent encore que 20 % du total. À l’image des initiatives menées en France, son objectif est de promouvoir l’installation et la montée en compétence des femmes dans l’agriculture afin de répondre au manque croissant d’agriculteurs.

L’implication de la famille Brazil illustre parfaitement cette dynamique. Leur fille, diplômée en agronomie, est aujourd’hui l’agronome principale de la grande ferme, où elle travaille aux côtés de son mari. Cette transmission intergénérationnelle témoigne d’une véritable volonté de continuité et de valorisation du savoir-faire féminin. Sur l’exploitation, plusieurs femmes occupent déjà des postes essentiels, notamment en tant que conductrices ou cuisinières. Cette année, l’entreprise souhaite aller plus loin en favorisant la présence féminine dans les métiers du transport. Une stagiaire est également en poste auprès de l’équipe chargée de l’élevage et de la nutrition animale, étant la seule femme à exercer une fonction directement liée aux animaux.

Carole Brazil incarne aujourd’hui l’un des visages les plus inspirants de l’agriculture féminine. En tant qu’ambassadrice d’un mouvement regroupant 3000 femmes, elle porte haut la voix de celles qui s’engagent dans la production, la recherche, l’industrie et le commerce agricoles. Sa détermination et son engagement contribuent à faire évoluer les mentalités et à ouvrir la voie à une nouvelle génération de femmes agricultrices.

Notre échange a porté sur la représentativité féminine et la transmission entre générations, deux enjeux essentiels pour l’avenir du monde rural. Cette rencontre, marquée par un profond respect et une admiration mutuelle, s’est conclue par un sentiment de fierté partagé : celui de travailler ensemble pour faire progresser l’installation des femmes en agriculture et défendre leur droit à évoluer et à être reconnues à leur juste valeur.

VISITE EXPLOITATION SERRA VERDE FARM – GROUPE ROVERMA AGRONEGOCIOS

La visite de l’exploitation Serra Verde Farm, appartenant au groupe Rovema Agronegócios, a permis de découvrir un modèle présenté comme exemplaire d’agriculture intégrée et durable au cœur de l’Amazonie. Fondé en 1985, le groupe Rovema s’est progressivement imposé comme un acteur majeur de l’agronégoce brésilien, tout en diversifiant ses activités dans plusieurs secteurs : énergie, nutrition, finance, courtage d’assurances, concession et location de véhicules, agroalimentaire, importation et distribution de pneumatiques. Aujourd’hui, le groupe emploie plus de 900 salariés répartis sur ses différents sites situés dans les États de Rondônia, Acre, Roraima, Amazonas, São Paulo et Santa Catarina.

L’exploitation Serra Verde Farm constitue le site phare du groupe. Elle repose sur une approche intégrée agriculture-élevage, combinant la culture de soja et de maïs avec l’élevage bovin. Après chaque cycle de culture, les bovins sont réintroduits sur les mêmes parcelles pour se nourrir des pâturages, optimisant ainsi l’usage des sols et favorisant la durabilité. Cette méthode intégrée, présentée comme un modèle de référence, contribue à maintenir la fertilité naturelle des terres tout en réduisant l’impact environnemental.

Sur le plan agricole, 6 000 hectares sont cultivés selon une rotation de cultures de soja et de maïs, suivie d’une phase de pâturage. Cette succession, réalisée sur six mois, permet d’assurer un rendement continu et une valorisation maximale des ressources disponibles. L’exploitation dispose en outre d’un complexe industriel de séchage de céréales et d’un site de production d’aliments pour animaux, renforçant son autonomie et sa capacité de valorisation.

L’activité d’élevage constitue l’autre pilier du site. Le troupeau de plus de 15 000 têtes est réparti entre les cycles d’engraissement et de reproduction, pour un total avoisinant 55 000 têtes par an. Les animaux sont suivis individuellement grâce à un système de traçabilité reposant sur une boucle électronique et un marquage sur cuir, garantissant une surveillance précise de leur croissance et de leur santé. Les résultats de production évoqués par l’exploitation indiquent un gain moyen de 1,6 kg par jour, avec un rendement de carcasse d’environ 58 %, des chiffres qu’il convient toutefois d’interpréter avec prudence, ceux-ci relevant de la présentation interne du groupe.

Les responsables affirment par ailleurs que sur les 8 000 bovins actuellement en phase d’engraissement, seules quatre pertes auraient été enregistrées, ce qui représenterait un taux de mortalité exceptionnellement bas au regard des standards du secteur. Ils mettent en avant ce résultat comme une preuve de la qualité de leur suivi sanitaire, de leurs pratiques de gestion et du bien-être animal sur la ferme. Ces données, particulièrement flatteuses, doivent néanmoins être considérées avec un regard critique, car elles reposent exclusivement sur les chiffres communiqués par l’exploitation elle-même.

Le protocole sanitaire est décrit comme particulièrement rigoureux : l’eau est filtrée et renouvelée tous les deux jours selon un protocole adapté aux poids et races des animaux. Les maladies sont rares, principalement quelques cas respiratoires, et les animaux font l’objet d’une vaccination et d’une vermifugation systématiques. Le suivi sanitaire est informatisé, permettant un contrôle précis et individualisé. Ce niveau de gestion est présenté comme un élément clé de la réussite technique de l’exploitation.

L’exploitation participe également à un programme génétique certifié CEIP, visant à améliorer la qualité de son cheptel par des croisements entre races locales et de haute valeur génétique. La transparence du système repose sur un contrôle strict à l’abattoir, garantissant la conformité et la qualité des carcasses avant commercialisation.

Sur le plan environnemental, le groupe Rovema affiche un engagement fort en matière de durabilité et de compensation carbone. L’exploitation Serra Verde participe activement au projet REDD+ Rio Madeira, qui assure la conservation de 52 274 hectares de forêt amazonienne répartis sur quatre propriétés, dont Serra Verde et Rio Madeira. Ce programme, certifié selon la norme CCB (Climate, Community & Biodiversity), vise à générer des crédits carbone sur trente ans (2019-2049). Les revenus tirés de la vente annuelle de ces crédits contribuent au financement des activités de conservation. L’exploitation, d’une superficie totale de 6 000 hectares, est également soumise à la législation brésilienne imposant la préservation de 80 % de la surface forestière et la mise en culture des 20 % restants.

Il convient de souligner que l’ensemble de ces chiffres et performances provient de la présentation officielle du groupe Rovema. Si ces données témoignent d’une volonté affirmée de transparence et d’excellence, elles doivent être analysées avec prudence et esprit critique, conformément à notre approche française d’évaluation. Notre délégation, clairement identifiée comme française, a d’ailleurs perçu que les responsables avaient conscience de ce regard extérieur, fondé sur une exigence de rigueur, de vérification et de comparaison avec d’autres modèles agricoles.

Au-delà de ces aspects techniques, Serra Verde Farm se distingue par son rôle de centre de formation et d’innovation agricole, accueillant régulièrement des événements tels que le Dia no Campo, destinés à partager les meilleures pratiques et à promouvoir la durabilité au sein du secteur.

Enfin, la visite a également permis d’aborder la place des femmes dans l’agriculture. Carole Brazil, qui dirige l’exploitation avec son mari, est une figure emblématique de cet engagement. Active au Parlement des femmes d’Amazonie, elle milite pour la reconnaissance et la valorisation du travail féminin dans les exploitations agricoles. Elle a organisé un congrès consacré à cette thématique, aboutissant à une prise de conscience gouvernementale sur la faible proportion de femmes cheffes d’exploitation (environ 20 %). Leur fille, ingénieure agronome, gère aujourd’hui les aspects techniques de la ferme, assurant la transmission intergénérationnelle du savoir et des responsabilités.

Sur le terrain, plusieurs femmes occupent déjà des fonctions essentielles, notamment dans la conduite d’engins, la logistique et la restauration, tandis qu’un effort particulier est fait pour encourager leur présence dans des métiers tels que le transport et l’élevage. Une stagiaire, intégrée à l’équipe en charge de la nutrition animale, symbolise cette ouverture vers une meilleure mixité professionnelle.

En conclusion, la visite de Serra Verde Farm offre un aperçu d’un modèle agricole brésilien revendiquant une alliance entre performance économique, durabilité environnementale et responsabilité sociale. Néanmoins, il demeure essentiel de rester mesuré et critique quant à l’exactitude de certains chiffres et à la portée réelle des engagements annoncés. Ce recul analytique, typique de la démarche française d’observation, permet d’apprécier pleinement la richesse du modèle Rovema tout en gardant une nécessaire objectivité face à une présentation construite et valorisante.

GENETIQUE

La visite de la ferme Cardinal, appartenant au Groupe VPJ, a permis de découvrir l’un des pôles les plus avancés du Brésil en matière de génétique bovine et d’amélioration des races à viande. Située dans l’État de São Paulo, cette exploitation illustre la stratégie intégrée du groupe, alliant élevage, innovation technologique et durabilité.

Le Groupe VPJ s’impose depuis plusieurs décennies comme un acteur majeur du développement génétique au Brésil. Sa philosophie repose sur une sélection rigoureuse, appuyée par des évaluations génomiques, morphologiques et phénotypiques. L’objectif est de produire des animaux performants, adaptés aux différents climats tropicaux du pays, tout en répondant à la demande croissante pour une viande de haute qualité.

La ferme Cardinal concentre principalement ses efforts sur les bovins de races Aberdeen Angus, Ultrablack et Brangus, sélectionnés pour leurs qualités de croissance, leur rusticité et surtout pour la qualité de leur viande. Le programme VPJ Aberdeen Angus, fort de plus de trente ans de sélection, met l’accent sur le persillage, la tendreté et le rendement de la carcasse, selon des standards génétiques et techniques inspirés du modèle nord-américain. L’entreprise travaille en étroite collaboration avec des centres de référence tels que l’American Angus Association, garantissant la traçabilité et la conformité internationale.

La race Brangus représente un pilier du programme génétique brésilien de VPJ. Grâce à un croisement raisonné entre le Zébu et l’Angus, elle combine la résistance aux conditions tropicales à la qualité de viande recherchée par le marché premium. Les efforts portent sur la précocité, la fertilité, la conformation musculaire et la correction morphologique.

L’introduction du Ultrablack, résultat d’un croisement entre 81,25 % d’Angus et 18,75 % de Zébu, constitue une étape stratégique dans la quête d’une viande de qualité produite efficacement sous climat tropical. VPJ a été la première structure brésilienne à enregistrer officiellement cette race, consolidant un cheptel homogène, productif et parfaitement adapté aux conditions locales.

La visite a également mis en lumière l’importance du Red Brahman, sélectionné à partir de lignées australiennes. Ce troupeau, développé à Nova Crixás (GO), illustre l’approche complémentaire du groupe, qui associe rusticité, adaptabilité et performance de croissance. Ces animaux sont particulièrement recherchés pour les programmes de croisement, notamment pour améliorer la résistance et la tolérance au stress hydrique dans les zones semi-arides du Brésil.

En parallèle de l’activité bovine, le Groupe VPJ a développé un pôle ovin axé sur les races Dorper et Dorper Blanc, introduites dès le début des années 2000. Ces moutons, issus d’une génétique sud-africaine, se distinguent par leur précocité, leur rendement en carcasse et la qualité de leur viande, même dans des environnements difficiles. Bien que secondaire dans la stratégie globale, cette filière participe à la diversification de l’offre génétique du groupe.

Enfin, l’élevage de Quarter Horses complète le panorama des activités. Cette race, emblématique du travail du bétail et des compétitions équestres, illustre la dimension culturelle et patrimoniale du groupe VPJ, soucieux d’allier tradition rurale et performance sportive.

Sur le plan technique, la ferme Cardinal dispose d’une infrastructure moderne et intégrée : pâturages irrigués, centre de confinement, unité d’alimentation, laboratoire de biotechnologie et centre de génétique. Les technologies de reproduction telles que la fécondation in vitro, l’insémination artificielle et le transfert d’embryons sont utilisées à grande échelle, permettant une maîtrise complète du cycle génétique, depuis le choix des reproducteurs jusqu’à la production de viande.

L’approche de VPJ se distingue également par une logique de traçabilité génomique complète, du sperme à la carcasse, garantissant un contrôle rigoureux de la descendance et un suivi des performances économiques et zootechniques. Cette méthode assure la cohérence du programme de sélection et l’amélioration continue des lignées.

En conclusion, la visite de la ferme Cardinal du Groupe VPJ a mis en évidence un modèle d’élevage brésilien tourné vers la performance, l’innovation et la durabilité. En combinant la rigueur scientifique, l’expertise zootechnique et une vision claire du marché de la viande de qualité, VPJ s’affirme comme une référence internationale dans le domaine de la génétique bovine, tout en intégrant harmonieusement des activités complémentaires autour du mouton et du cheval.

FERME ALLAITANTE ET ENGRAISSEMENT

L’élevage Tabapuã Junqueira Germano (TJG) a été fondé en 2008 avec l’acquisition d’un premier lot de soixante génisses provenant de la Fazenda Córrego da Santa Cecília à Uchoa (État de São Paulo). Deux ans plus tard, l’élevage a renforcé sa base génétique par l’achat de deux cents vaches reproductrices issues du troupeau de la Fazenda Morada da Prata à Batatais, deux exploitations bénéficiant de plus d’un demi-siècle de sélection. Ces fondations solides permettent aujourd’hui à TJG de travailler avec les lignées les plus performantes et les plus diversifiées de la race Tabapuã. Le cheptel actuel est ainsi le fruit d’un siècle de sélection génétique axée sur la productivité et les performances reproductives.

L’exploitation est située dans le nord-ouest du Minas Gerais, sur la commune de Guarda Mor, au sein de la Fazenda Chapadão, propriété de la famille Junqueira Germano. Celle-ci investit de manière continue dans la production de taureaux et de vaches de race pure Tabapuã, tout en développant parallèlement une activité commerciale de production de bovins de boucherie par croisement industriel.

La ferme s’étend sur 550 hectares de pâturages et 800 hectares de cultures, principalement de maïs et de canne à sucre destinés à l’ensilage. Les cultures sont conduites en semis direct, selon des pratiques respectueuses des sols et de leur fertilité. Les pâturages sont régulièrement amendés à l’aide de fumier de volaille, de fertilisants phospho-potassiques et des effluents issus de l’engraissement. Le sol, naturellement pauvre, est ainsi corrigé pour maintenir une production herbagère de qualité. Le climat est marqué par une saison des pluies de six mois, apportant en moyenne 1 300 mm de précipitations par an, la période humide prenant fin généralement en avril.

Conformément à la réglementation environnementale brésilienne, 20 % de la surface totale de la propriété sont classés en zone de protection et ne peuvent être exploités pour la production agricole ou l’élevage. Seule la chasse au sanglier y est autorisée. L’exploitation ne bénéficie d’aucune subvention et supporte des impôts calculés sur les surfaces cultivées et protégées. Les sanctions en cas de non-respect des obligations de mise en valeur sont particulièrement strictes, pouvant aller jusqu’à la désappropriation par l’État fédéral des terres jugées non productives.

L’alimentation des animaux repose sur les ressources produites sur place – maïs, herbe, canne à sucre et arachide – complétées par des coproduits achetés tels que la pulpe d’orange, les résidus de coton et le DDG issu de la production d’éthanol. Les animaux destinés à la reproduction et à la vente sont ensuite valorisés lors de ventes aux enchères génétiques, tandis que les bovins à viande sont conduits jusqu’à la finition en engraissement, soit sur l’exploitation, soit dans des zones louées à cet effet.

L’élevage compte actuellement environ 700 mères, dont une partie est dédiée au transfert d’embryons. Le premier vêlage intervient à l’âge de deux ans. L’ensemble des vêlages est regroupé sur une période de quatre mois, d’août à novembre, afin d’optimiser la gestion du troupeau et des pâturages. Quatre cavaliers assurent la surveillance quotidienne, trois fois par jour, durant cette période. La gestion de la reproduction est rigoureuse, la durée de gestation moyenne étant de neuf mois et quinze jours ; au-delà, le vêlage est provoqué.

Les veaux naissent avec un poids moyen de 35 kg. Dans les dix premiers jours, ils sont placés dans un parc spécifique avant d’intégrer des lots de pâturage composés d’environ 80 vaches et 80 veaux. Chaque animal est identifié dès la naissance : une encoche est pratiquée à l’oreille droite, suivie du bouclage électronique. Les animaux sont également marqués au fer sur la cuisse, à l’avant, à l’arrière et sur la tête pour un suivi visuel rapide.

L’exploitation affiche un taux global de pertes de 5,2 % sur l’année, dont une part liée à des diarrhées néonatales dues à un excès de lait. Un protocole de prévention vermifuge à base de Doramectil est systématiquement appliqué. L’objectif à moyen terme est de réduire les pertes à moins de 2 % jusqu’au sevrage.

L’ensemble des pratiques observées à la Fazenda Chapadão témoigne d’une gestion rigoureuse et moderne, combinant performance économique, rigueur zootechnique et respect des contraintes environnementales. Le professionnalisme de la famille Junqueira Germano et son engagement pour l’amélioration génétique de la race Tabapuã placent l’élevage TJG parmi les références majeures du secteur bovin au Brésil.

Dans la même catégorie

Réglementation et contrôles
Importations
Les communiqués de presse
Les communiqués de presse