Face à la menace de perte de contrôle dans la gestion des cas de grippe aviaire dans l’Ouest, le ministre de l’Agriculture s’est rendu en Vendée le jeudi 22 décembre pour parler de la vaccination. C’est justement l’un des sujets que la CR met en avant depuis 2017 pour lutter face au virus. Une délégation de la CR a pu échanger avec Marc Fesneau pour lui présenter les propositions du syndicat à la fois pour clore la crise de l’an dernier et éviter une catastrophe cette année.

Le Ministre se veut rassurant pour la vaccination à l’automne 2023

Le Ministre a validé ce qui s’est imposé au fil des crises comme une nécessité : la vaccination. La CR déplore que tant d’années aient été perdues depuis le premier épisode ayant essentiellement touché le Sud Ouest. Pour autant, cela ne signifie pas que toutes les volailles seront vaccinées dès l’automne. Le Ministre a saisi l’Anses pour évaluer la stratégie vaccinale qui sera ensuite validée en CNOPSAV. Les premières réunions auront lieu courant janvier. Pour le Ministre, la « vaccination constitue un levier en complément d’autres pour s’adapter au virus ». La course à la vaccination est donc lancée, et la France n’agit pas seule. L’évolution de la réglementation européenne devrait intervenir en février, et les bilans des expérimentations menées en Italie, aux Pays-Bas ou encore en Pologne devraient être connus, tout comme celui concernant les palmipèdes en France. La CR s’interroge cependant sur le financement de cette vaccination, le Ministre renvoyant cette question au mois de mai, en fonction des disponibilités des vaccins et surtout de la stratégie.

Être pro-actif en attendant la vaccination

« Si la perspective de vacciner à l’automne rassure la CR, cela ne doit pas faire oublier que le virus est présent dans nos élevages et que déjà les capacités d’euthanasie et d’équarrissage sont saturées. Il y avait au 16 décembre un stock de 700 tonnes de cadavre dans nos élevages », assure GM Clergeau, producteur en Vendée. Accompagné de David Renoux, président de la CR 85, et de Natacha Guillemet, il a pu témoigner de la détresse des éleveurs qui ont peur de remettre en place des animaux au risque de ne pas pouvoir les élever jusqu’au bout. Tant qu’il est impossible de vacciner à grande échelle, il ne faut pas remettre en place d’animaux, en particulier des dindes et des canards, pour éviter une bombe virale. Les compensations de pertes économiques des arrêts de production sont moins coûteuses que les mesures sanitaires (euthanasie, ramassage, équarrissage, VMO).

Les analyses et les visites sanitaires imposées aux éleveurs pour faire abattre leurs animaux sont très coûteuses, en particulier pour ceux qui travaillent en vente directe avec des expéditions hebdomadaires de lots réduits. Par exemple, un éleveur de pigeons qui commercialise chaque semaine 200 animaux doit organiser une visite sanitaire à chaque fois, pour un coût unitaire allant de 80 à 240 €. La Coordination Rurale demande, comme pour les visites prophylactiques, d’encadrer les prix et d’allonger à 1 mois la période de validité des visites sanitaires. Évidement, les tests de surveillance doivent rester obligatoires pour maintenir une surveillance accrue de l’état sanitaire du cheptel.

La CR pointe les impacts néfastes des accords de libre-échange

Lors du tour de table, Natacha Guillemet a interrogé le Ministre sur les importations actuelles de viande de volaille en provenance notamment d’Ukraine, sans oublier l’accord avec le Chili qui prévoit l’accès au marché européen de 40 000 tonnes supplémentaires. Le Ministre justifie ces importations par les possibilités obtenues en contrepartie de pouvoir exporter d’autres produits, dont certains agricoles, en prenant l’exemple des liquoreux ou encore du foie gras. Pour Natacha Guillemet, « les éleveurs ne pourront pas se relever si des produits à bas prix, sans aucune traçabilité viennent les concurrencer sur le marché intérieur. C’est déjà pour protéger les exportations que la mise en place de la vaccination a été retardée, alors il faut dire stop à cette vocation exportatrice ».

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