Le cabinet de Dacian Ciolos a publié le 18 novembre ses 3 scénarii de politique agricole européenne d’après 2013  dans un document intitulé : « La PAC à l’horizon 2020 ».

Celui-ci servira de support de négociation jusqu’au printemps 2011, pour la publication en juillet d’un règlement qui constituera la feuille de route agricole après 2013. Le commissaire revient sur les défis à relever que sont la sécurité alimentaire, l’environnement et le changement climatique et l’équilibre territorial. Pour atteindre ses objectifs et aveugle aux raisons de la crise agricole, il maintiendra les deux piliers actuels : le premier couvrant les paiements concédés annuellement aux agriculteurs et le deuxième restant l’outil de soutien en faveur des objectifs de l’Union.

Les trois options proposées dans ce projet laissent augurer d’un resserrement des soutiens apportés aux agriculteurs. La répartition plus équitable des aides directes correspondrait à une réduction de soutien pour nous agriculteurs français puisque, avec près de 300 €/ha de DPU en moyenne, nous sommes au-dessus des 250 € moyens européens. Les mesures de soutien aux marchés, déjà réduites aujourd’hui, sont à peine suggérées dans le document de M. Ciolos. Quant aux mesures en faveur de la biodiversité, de l’environnement et du changement climatique, elles reçoivent un soutien très appuyé.

Ce document nous amène à quelques remarques : Les aides directes apportées aux agriculteurs des différents états membres sont certes déséquilibrées, mais nous sommes encore très loin d’avoir tous des coûts de revient à la production identiques. Semences, engrais, intrants en général présentent des écarts de prix qu’il conviendrait de réduire si on voulait évoquer le caractère équitable des soutiens. En 2009, alors que nous, agriculteurs français subissions une Bérézina sans précédent sur le plan économique, nos collègues anglais s’en sortaient très convenablement, en grande partie grâce à une parité monétaire plus favorable. En 2010, il est important de constater que 11 des 27 pays de l’Union ne sont pas en zone euro. Le taux de change de notre monnaie européenne a des conséquences très importantes sur notre revenu. Notre revenu d’ailleurs est un point que nous aurions souhaité voir abordé par M. Ciolos. S’il reconnait que dans le secteur agricole celui-ci est de 40 % inférieur aux autres secteurs économiques, il n’apporte aucun embryon de solution pour faire évoluer favorablement ce chiffre. Mais, pour cette future PAC se pose aussi la question du niveau du budget de l’Europe pour les années à venir et à l’intérieur de ce budget, de la part consacrée au budget de l’agriculture. Nous, agriculteurs, n’attendons pas d’être transformés en jardiniers, fonctionnaires européens. Nous voulons continuer à répondre, et de façon durable aux besoins alimentaires de nos états et de la planète avec des revenus « décents » dans une logique économique qui ne passe pas par des aides mais par des prix justes et équitables. Et c’est là que se situe l’énorme escroquerie intellectuelle et politique : dans une confusion incroyable entre causes et conséquences, les réflexions et les propositions pour la PAC ne tournent qu’autour de l’enveloppe budgétaire et de sa répartition ! La CR rappelle et rappellera inlassablement que le budget ne doit être que la conséquence d’une PAC qui évolue en conformité avec les  objectifs des traités de Rome et de Lisbonne. Une PAC modernisée, financée directement par les consommateurs, devrait d’ailleurs coûter bien moins cher que la gigantesque usine à gaz que la Commission envisage encore de complexifier. Il n’est donc pas surprenant qu’aucun des scénarii envisagés par la Commission ne permette d’atteindre les objectifs fondateurs de la PAC repris par le  traité de Lisbonne. C’est d’autant plus grave que le récent rapport de la FAO « Climate-Smart’ Agriculture : Policies, Practices and Financing for Food Security », estime que la production agricole mondiale devra augmenter de 70 % au cours des quatre prochaines décennies afin de couvrir les besoins alimentaires d'une population en expansion.

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