« Nous n’avons pas besoin d’un choc d’offre, mais d’un choc de demande. » Interrogé par des députés à l’Assemblée nationale sur les difficultés que traverse l’agriculture biologique, c’est en ces termes que Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, entend la sortir de la crise.

Le ministre reconnaît que les consommateurs se détournent des produits bio, et déclare vouloir remédier à la situation.
Selon ses propres termes, il identifie un « problème structurel : l’offre s’étant développée, il faut désormais que la demande soit au rendez-vous. Les produits bio ont suivi une croissance à deux chiffres, qui atteint peut-être sa limite. Nous devons donc nous concentrer sur la demande, et, dans une stratégie de communication, mettre en valeur les vertus de l’agriculture biologique dans le modèle agricole français ».

Bien sûr, on peut s’imaginer que le consommateur réponde aux signaux de la communication, comme il est capable de le faire quand il s’agit de s’équiper du dernier smartphone. Mais force est de constater que l’alimentation est devenue une variable d’ajustement dans le budget des ménages, d’autant plus ces dernières années avec l’inflation galopante et la hausse du coût de l’énergie.

La Coordination Rurale (CR) est donc surprise par la déclaration de Marc Fesneau. Ni le consommateur, et encore moins les agriculteurs, ne sont responsables des mauvaises politiques (bien qu’ils les subissent par contre).

La logique aurait voulu que l’agriculture biologique se développe en réponse à une demande, pour continuer de trouver sa valorisation sur un marché réel et non supposé. Le développement du bio ne peut pas et ne doit pas se faire en réponse à des injonctions politiques et à coup d’aides. Cela revient à subventionner la saturation du marché, et donc les difficultés des agriculteurs bio en place.
La marche forcée initiée par la Commission européenne dans le Green Deal nous semble donc être à contre-courant d’une logique de préservation d’un marché de niche rémunérateur. Massifier l’offre pour atteindre l’objectif politique de 25 % de la surface agricole en bio, sans se soucier des capacités financières des consommateurs ni du revenu des agriculteurs est irresponsable.

Le Gouvernement n’est même pas capable d’atteindre les objectifs de parts de bio dans la restauration collective, objectifs qu’il s’est lui-même fixés.

Frank Olivier, céréalier bio et responsable de la section Bio de la Coordination Rurale a réagi aux propos du ministre : « En céréales bio, le marché est saturé. Le prix du blé a chuté de plus de 100 €/T, et les stocks de report s’annoncent très importants. Il en est malheureusement de même pour les céréales secondaires, impactées par les conséquences de la grippe aviaire, qui laissent des producteurs avec des stocks importants d’aliments. Nous ne pouvons pas non plus compter sur l’export car leurs prix sont inférieurs aux nôtres.»

La situation sur le front de l’inflation et de la baisse du pouvoir d’achat semble devoir durer, et la CR ne voit pas quel levier le Gouvernement va utiliser pour créer ce choc de consommation en faveur du bio, tout en faisant en sorte que l’ensemble des producteurs « trouve sa place et sa rémunération ».

https://questions.assemblee-nationale.fr/q16/16-352QG.htm

https://questions.assemblee-nationale.fr/q16/16-348QG.htm

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