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La méthanisation agricole mise à l’écart dans le PPE

énergie avec du petit lait

La méthanisation agricole mise à l’écart dans le PPE

La Coordination Rurale déplore que la méthanisation n’ait pas été considérée à son juste potentiel dans le projet de Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE). Elle représente pourtant une véritable opportunité pour le secteur agricole, à condition qu’elle ne soit pas totalement dévoyée dans son utilisation.

L’injection limitera la méthanisation agricole !

Il est notamment navrant de constater que la méthanisation n’est envisagée presque exclusivement que comme une solution de remplacement au gaz naturel fossile. En privilégiant cette finalité plutôt que la production d’électricité et de chaleur, le nombre potentiel d’installations est fortement réduit puisque dépendant d’un réseau restreint, en particulier en milieu rural. Cette vision encourage le développement de grosses unités à proximité du réseau, donc plutôt de type industriel, imposant des transports de matières premières ou de digestat. La Coordination Rurale estime que cette voie ne permettra pas le développement d’une véritable méthanisation agricole, liée à une activité d’élevage, adaptée à la taille des exploitations françaises et apportant une diversification du revenu à l’agriculteur. Comment y parviendrait-on en prévoyant de multiplier par 20 la quantité de biogaz purifié injecté, (objectif de 8 TWh en 2023 pour 0,4TWh injecté en 2017) alors que l’objectif n’est même pas de doubler les volumes destinés à la cogénération ? La CR note que le rendement de cette seconde méthode est certes plus faible, mais elle est beaucoup plus adaptable et correspond mieux aux structures existantes.

Un financement mal orienté !

Les efforts financiers consentis pour le développement de la méthanisation ne sont pas suffisamment axés vers le secteur agricole, puisque essentiellement tournés vers l’injection. Les tarifs de rachat du biogaz sont une nouvelle fois revus à la baisse, signifiant clairement de massifier la production sur quelques structures pour réduire les charges de production. Pourtant, ce type de structures accapare beaucoup de financements publics, laissant peu de disponibilité budgétaire aux projets agricoles. Pour la CR, un véritable développement de la méthanisation à la ferme ne peut s’envisager qu’à travers la mise en place d’un tarif de rachat de l’énergie supérieur pour les petites unités, afin que celle-ci soient plus compétitives et puissent ainsi plus facilement se financer.

Vers une méthanisation trop végétale ?

Enfin, la CR s’interroge sur l’absence de lien précis entre élevage et méthanisation. Le PPE indique certes la nécessité de maintenir un retour correct de matière organique dans le sol, pour autant, l’utilisation sans limite dans les méthaniseurs de cultures intermédiaires, pauvres en fibres, entraîne forcément un appauvrissement du sol. Les effluents d’élevage, notamment fibreux, assurent un retour en matière organique plus important dans les sols. Il faut certes conserver de la souplesse dans le choix des substrats pour assurer un fonctionnement optimum du méthaniseur, mais il apparaît cependant primordial de lier la méthanisation à l’élevage, et ainsi de dimensionner les projets en fonction des quantités d’effluents disponibles. Dans cette perspective, il serait souhaitable d’obliger les projets collectifs à réaliser un bilan environnemental de l’installation tous les  3 ans, afin d’évaluer son impact sur la fertilité des sols et ses émissions nettes de GES.