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La maladie du charbon : mieux comprendre cette maladie pour anticiper les risques sanitaires

La maladie du charbon : mieux comprendre cette maladie pour anticiper les risques sanitaires

Depuis plusieurs mois, les départements du Cantal, du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire voient réapparaître une maladie bovine oubliée depuis plusieurs décennies : la maladie du charbon. L’épidémie mortelle a déjà fait de nombreuses victimes au sein des troupeaux, en frappant surtout les veaux.

C’est dans ce contexte que la CR 63 a accueilli le Docteur Gouttenoire, vétérinaire à la Tour-d’Auvergne et administrateur du Groupement de défense sanitaire (GDS 63) pour une conférence à Saint-Alyre-és-Montagne le 19 octobre dernier.

Après quelques mots d’introduction de Daniel Condat, président de la CR 63, le Docteur Gouttenoire a débuté son intervention en précisant qu’il existait plusieurs types de charbons :

  • Charbon bactéridien = fièvre charbonneuse = anthrax
  • Charbon symptomatique ;
  • Entérotoxémies ;
  • Autres clostridioses.

La plus dangereuse de ces formes est bien évidemment l’anthrax, causée par la bacillus anthracis dont les herbivores peuvent mourir en quelques heures. Cette forme du charbon a comme particularité, ses spores, qui peuvent persister dans le sol pendant des dizaines d’années, voire des centaines. L’enfouissement de cadavres d’animaux morts de fièvre charbonneuse au cours des siècles passés a contribué à la contamination de certaines prairies appelées « champs maudits ».

Les cadavres d’animaux morts enfouis dans le sol contiennent un nombre important de spores de bacillus anthracis qui peuvent être remontées à la surface du sol, en particulier par les vers de terre, les rats taupiers ou certains aléas climatiques (orages avec pluies diluviennes). Les animaux sains peuvent alors paître de l’herbe contaminée et devenir à leur tour malades.

On peut reconnaître sa forme cutanée par des œdèmes, des lésions cutanées nécrotiques, plus ou moins noirâtres en leur centre. Dans ce cas précis, si la maladie est détectée rapidement, il existe des traitements curatifs (pénicilline). La vaccination massive reste la meilleure protection dans les zones où il y a déjà eu de fortes contaminations. Par ailleurs, il est primordial d’éliminer les carcasses qui ne doivent pas être ouvertes pour éviter la dissémination des spores, et de désinfecter les lieux.

Le deuxième type de charbon est le charbon symptomatique causé par le clostridium chauvoei. Il est présent dans toute la France, mais surtout en zone de montagne. Les animaux ne peuvent pas se contaminer entre eux. La contamination se fait essentiellement au pâturage par absorption. La pénétration est possible par la peau ou les muqueuses souillées par de la terre, du fumier, de la litière… à l’occasion d’un traumatisme.

Les symptômes sur les animaux sont la douleur et la tuméfaction crépitante du muscle, la congestion, l’hémorragie, la nécrose du tissu musculaire localement et une mort subite. Une antibiothérapie précoce (pénicilline G) est alors nécessaire. Il est également possible et recommandé de réaliser une vaccination massive sur le troupeau.

Enfin, les entérotoxémies Clostridium perfringens de type A, B, C et D résultent d’une production de β-toxines nécrosantes et mortelles, responsables de graves lésions intestinales. Un simple déséquilibre de la flore intestinale peut engendrer cette pathologie (changement de ration, mise à l’herbe, vermifuge ou le stress). Il semblerait que cette forme touche plus les jeunes sujets, plus sensibles au changement d’alimentation.

 Le rôle de la vaccination

Quelque soit la souche du charbon, afin d’éviter ces contaminations et ces pertes, vacciner est aujourd’hui le moyen le plus efficace pour protéger ses animaux des maladies liées au charbon. Une habitude qui s’est perdue au fil des années.

Il semble aujourd’hui urgent que les autorités sensibilisent les agriculteurs à cette problématique qui constitue un risque sanitaire aussi bien pour la santé animale qu’humaine. Un soutien politique de l’État via une prise en charge du coût du vaccin aiderait à augmenter la couverture vaccinale et la diminution de cette maladie et de ces conséquences.

La présence du vautour mis en cause

Pour conclure, cette intervention, plusieurs éleveurs présents dans la salle ont souhaité aborder la question du vautour. Pour eux, il n’y a aucun doute, sa présence est responsable de l’augmentation des contaminations au charbon sur les bovins. Pour le Docteur Gouttenoire, la réponse à la question n’est pas si simple. Il n’y a aujourd’hui aucun élément scientifique qui permette de prouver le lien entre la présence du vautour et la maladie du charbon. Il constate simplement que les animaux morts, contaminés par le charbon et non ramassés comme c’est le cas parfois dans les estives peuvent contribuer à développer la maladie.

Par contre, aujourd’hui de nombreuses questions émergent concernant la contamination de certains points d’abreuvement du bétail par les vautours. La DDT 63 avait lors du comité de gestion du vautour suggéré la nécessité de protéger les points d’eau. Mais comment les éleveurs peuvent-ils protéger les points d’eau tout en conservant un accès aux bovins ?

Daniel Condat a souhaité, sur ce point, remercier la DDT 63 qui a toujours été très réactive sur ce dossier en mettant en place un dispositif permettant aux éleveurs de signaler les différentes attaques ou suspicions d’attaques qu’ils peuvent subir. Il a conclu sur la nécessité de réguler cette espèce, qui comme toutes les espèces qui n’ont pas de prédateur tendent à se développer lorsque les conditions de reproduction sont favorables.