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La Coordination Rurale rencontre le cabinet de Phil Hogan

Rencontre Bruxelles- Rencontre cabinet du commissaire européen Phil Hogan

La Coordination Rurale rencontre le cabinet de Phil Hogan

La Coordination Rurale a rencontré, le jeudi 8 novembre, la cheffe de cabinet adjointe du commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan, coordinatrice de la PAC et chargée des dossiers français, Elisabetta Siracusa à Bruxelles.

Cette rencontre fait suite à un courrier de la CR sollicitant le commissaire européen Phil Hogan pour une rencontre sur la situation préoccupante des éleveurs laitiers et viande français, dans un contexte de marché dérégulé et face à la signature de nouveaux accords de libre-échange entravant un peu plus la pérennité de l’agriculture européenne.

L’UE refuse de reconnaître la situation dramatique des éleveurs

Les deux grands thèmes abordés par Véronique Le Floc’h et Alexandre Armel furent la réforme de la PAC et la régulation ainsi que les accords de libre-échange et leurs multiplications ces dernières années. La situation des filières lait et viande est pourtant sans équivoque : perte de plus de 34 % des actifs non salariés entre 2000 et 2015, des taux de suicide supérieurs à la moyenne du secteur agricole (déjà pourtant supérieur de 20 % à la population générale).

Malgré cela, le cabinet de Phil Hogan estime que les filières d’élevage se portent plutôt bien argumentant qu’il n’y a pas eu de constat d’augmentation des faillites en élevage ces dernières années, « Est-ce que cela fait 20 ans qu’ils ne sont pas sortis de leur bureau pour aller voir à quoi ressemblent les filières d’élevage européennes ?! » indique Véronique Le Floc’h.

La question de la régulation des marchés a été abordée avec notamment l’autosuffisance laitière à l’échelle européenne, aujourd’hui de l’ordre de 112 %.
Tout ce lait en trop est exporté à bas prix sur le marché mondial et contribue au dumping dans des pays en voie de développement et détruit ainsi des filières (lire « l’European Milk Board en guerre contre le dumping du lait »), comme en Afrique subsaharienne. Or, selon les dires de la Commission européenne, ce n’est pas du dumping car sans ce lait européen, les enfants africains « ne pourraient pas survivre ».

Il est également stocké sous forme de poudre aux frais du contribuable : 10 millions d’euros de frais de stockage estimés pour l’année 2017 ! Ces stocks ayant drastiquement été réduits en 2018 (100 000 t présentes en novembre contre 380 000 t en janvier dernier), ils ont été vendus à des prix bien en deçà du prix d’intervention, et ont constitué une aubaine pour certains ! La Commission estime que si chaque litre produit trouve un acheteur, c’est que la demande est à la hauteur de la production. Mais à quel prix ?!

« Sur la base d’un même constat sur les principaux rôles de la Pac, à savoir garantir un revenu aux producteurs et assurer le renouvellement des générations, ils ne veulent pas entendre parler de régulation pour empêcher les crises ni même d’outils pour les gérer » indique Alexandre Armel.

La CR a également alerté le cabinet du commissaire Phil Hogan sur les aides couplées animales, qui favorisent la surproduction et déstabilisent les marchés de la viande en faisant alterner les phases de capitalisation/décapitalisatoin. Mme Siracusa a voulu nous rassurer en indiquant que l’enveloppe des aides couplées serait réduite en 2020, sans toutefois préciser si les montants seraient transférés intégralement dans les aides découplées !

« Avant d’être agriculteurs, nous sommes des fonctionnaires : notre salaire, quand il existe, est seulement composé des aides PAC, sauf qu’à l’inverse des fonctionnaires de la Commission européenne, nous avons des charges qui s’accroissent ! Nous devons arrêter d’être perfusés par des aides, et vivre dignement de la vente de nos produits »

Accords de libre échange : nécessité de l’exception agriculturelle

« Sur la question des accords de libre-échange, Mme Siracusa a avoué que ces derniers ne prenaient pas en compte les conséquences environnementales. » indique encore Alexandre Armel. Interrogée sur la publication d’un rapport proposant la réduction de l’élevage pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, elle a également révélé que la Commission avait subi des pressions de nombreux lobbies industriels pour exagérer le rôle de l’agriculture et de l’élevage dans le changement climatique. Il en résulte une aberration totale, où l’Union européenne souhaite voir disparaître ses éleveurs qui sont parmi les plus vertueux de la planète, mais accepte d’importer des viandes en provenances des pays les plus polluants (Brésil, Australie, Canada…). De cette manière, elle ne réduit pas l’élevage, mais se contente de le délocaliser.

« Ce constat renforce l’aberration que représente la ratification d’accords visant à échanger des denrées alimentaires, entre autre du lait néozélandais, contre des aéronefs et des produits issus d’entreprises du CAC 40 européennes ! »

Il est urgent de sortir les produits agricoles des accords de l’OMC, et de mettre en place l’exception agriculturelle, car l’agriculture est la source de l’équilibre social planétaire. Et il serait bon que Phil Hogan le comprenne très vite…