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Installations de jeunes agriculteurs : les chiffres 2018

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Installations de jeunes agriculteurs : les chiffres 2018

Comme tous les ans, arrivent avec la fin d’année les chiffres sur les installations de jeunes agriculteurs de l’année précédente. Et les statistiques présentées n’incitent pas franchement à l’optimisme…

13 925 installations ont eu lieu en 2018 :
– 68,80 % de jeunes chefs d’exploitations (40 ans et moins), évolution de 0,5 % ;
– 24,90 % d’installations dites tardives, régression de 5,3 % ;
– 6,30 % d’installations suite à un transfert entre époux, régression de 21,8 %.

Le constat est ainsi là : ils sont 394 de moins qu’en 2017 à avoir sauté le pas. Les limites de l’effet de la loi d’avenir pour l’agriculture sont sous nos yeux. Après avoir accru artificiellement les chiffres des installations en 2015 (+ 16,5 %) grâce au remplacement de la surface minimum d’installation (SMI) par la surface minimale d’assujettissement (SMA) et par l’introduction du temps de travail et des niveaux de revenus de l’exploitation comme critères complémentaires d’affiliation, les chiffres ont baissé en 2016 (- 6,2 %) avant de repartir légèrement en 2017 (+ 1,2 %).

La section Jeunes de la Coordination Rurale souligne également la réussite des travaux de torpillage des Jeunes Agriculteurs quant aux installations tardives et à l’imposition d’un critère d’âge dans les projets d’installation.
Les chiffres montrent une baisse constante de ce type d’installations depuis 2016 (- 18,6 % en 2016, – 4 % en 2017, – 5,3 % en 2018), allant dans le sens des revendications des JA. À la Coordination Rurale, nous considérons que l’âge ne doit plus être un critère d’installation.

Installations : pourquoi cette stagnation et cette régression des vocations ?

La première raison, évidente, est que la Politique agricole commune ne garantit plus une juste rémunération de nos produits.
La seconde relève d’un dispositif d’accompagnement restrictif, où une profession impose à ses futurs pairs des contraintes telles qu’aucune autre n’a osé les faire : toujours plus de diplômes, de stages obligatoires, de suivi post installation… Mais soyons réalistes : aujourd’hui, ces aides n’ont plus aucune commune mesure avec les montants nécessaires à l’entrée dans le métier.

La section Jeunes de la Coordination Rurale milite pour de vraies aides à l’installation, réellement accessibles au plus grand nombre. Le monde agricole doit se considérer en situation d’urgence : sans mesures rapides et efficaces, l’érosion de notre profession se poursuivra. Il faut également cesser de discriminer les installés sans aides et les pluriactifs. Quel que soit leur âge, ils participent au renouvellement de la profession.

Installations de jeunes agriculteurs : comment les favoriser ?

Pour tous les agriculteurs en phase d’installation, notre section Jeunes continuera de militer pour :

– Une DJA unique, revalorisée en zone défavorisée,
– Le cautionnement par l’État des prêts liés à l’installation,
– Le choix d’utiliser librement l’enveloppe bonification : bonification des prêts / subvention sur la trésorerie d’un montant équivalent

Simplifier le parcours et corriger le mode de calcul du taux de renouvellement

Tant que le parcours d’installation restera un parcours du combattant, il y a fort à penser que le déclin du monde paysan continuera inexorablement. Bien que l’on ne puisse pas juger une évolution avec pour seule référence l’année précédente, il n’empêche que la conjoncture et ces chiffres montrent bien la faiblesse du renouvellement générationnel et le faible impact des réformes sur ce parcours.
Le mode de calcul actuel du taux de renouvellement permet d’annoncer un taux à 3,1 %. De fait, la section Jeunes ne estime que son mode de calcul ne traduit pas la réalité. En effet, la MSA pense le taux de renouvellement comme le ratio entre le nombre total de nouveaux installés et le nombre de chefs d’exploitations déjà en exercice. Or, il devrait être calculé par rapport au nombre de départs à la retraite, point qui n’est pas évoqué dans la communication de la MSA. La Coordination Rurale ne reconnaît donc pas le taux de renouvellement calculé par la MSA comme étant recevable, puisque biaisé.

Renouer avec des prix rémunérateurs !

Autre cause majeure dans cette crise des vocations : les prix ! Oui, il est appréciable de récupérer quelques milliers d’euros via la DJA. Mais n’est-il pas encore plus appréciable de pouvoir vivre de son métier ?
Il faut avoir une âme de guerrier pour être prêt à affronter les années du parcours d’installation, les cinq ans du suivi du plan d’entreprise et les plus de 50 heures de travail hebdomadaire – minimum – pour  gagner souvent au final moins que le seuil de pauvreté ! Qui d’autre qu’un agriculteur l’accepterait ?
La question des prix est fondamentale et la Coordination Rurale défend la nécessité de travailler pour des prix rémunérateurs depuis sa création en 1992. Face à la situation du secteur agricole la CR en appelle aux décideurs français et européens pour qu’ils considèrent l’agriculture comme un secteur stratégique afin de mettre fin au libre-marché qui décime l’agriculture européenne.

À l’heure actuelle, les produits agricoles représentent environ 20 % des prix à la consommation des aliments. Les ménages consacrent moins de 10 % de leur budget à l’alimentation. Il s’ensuit que le relèvement des prix agricoles à un niveau rémunérateur n’aurait pas d’incidence majeure sur les consommateurs.
Par contre, il permettrait la suppression totale des aides compensatoires et de leur coûteuse gestion à la charge des citoyens, donc des consommateurs, sauf dans le cas de zones à handicap naturel.
Ce sont des aspects majeurs du projet pour une PAC renouvelée que porte la CR, qui aurait comme autres effets bénéfiques :
– une alimentation garantie en quantité et qualité ;
– une relance de l’économie et du dynamisme rural ;
– une stabilisation de la taille des exploitations par une reprise des installations ;
– une meilleure préservation de l’environnement et une relation à l’animal renouvelée.

 

Face aux chiffres présentés par la MSA, la section Jeunes de la Coordination Rurale ne peut que redoubler d’efforts. Nous continuerons de faire entendre nos revendications des structures locales aux plus hautes sphères de l’État !