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Il faut empêcher l’irrigation importée !

Irrigation

Il faut empêcher l’irrigation importée !

La notion de déforestation importée est aujourd’hui bien comprise. Dans la lutte contre la déforestation des forêts tropicales, il s’agit de limiter et de contraindre les importations de produits ayant provoqué cette déforestation. Selon ce même principe, la Coordination Rurale demande des mesures similaires pour éviter les importations de produits obtenus avec une irrigation « non-durable » !

Le concept de l’irrigation importée est présenté dans un article publié dans Environmental Research Letters le 22 octobre 2019 « Flux d’eau virtuelle mondiaux non durables dans le commerce agricole ».
L’irrigation y est définie comme « non durable » dès lors que la consommation des cultures excède les disponibilités en eau renouvelable en un lieu donné. Dans ces conditions, l’irrigation utilise de l’eau qui devrait être allouée aux flux environnementaux et contribue donc à la dégradation de l’environnement et à l’épuisement des eaux souterraines.

pivot irrigation desert

Photo : Pivots d’irrigation dans le désert Californien (USA)

Qu’en est-il en France ?

En France, le débit d’étiage des rivières est fort heureusement pris en compte depuis longtemps. Le stockage, le pompage et l’irrigation sont strictement encadrés.

Quelques chiffres

Selon l’article cité plus haut, la France figure au 8e rang mondial des pays importateurs d’eau potable, en raison des fruits et légumes en provenance d’Espagne. Pourtant, la France ne manque pas d’eau :
386 milliards de m3 d’eau de pluie par an.
• L’irrigation n’en prélève que 1,1 %
En France, nous avons de l’eau en quantité : 2e pays européen, derrière la Norvège, en termes d’abondance.

Pourtant en France seulement 5 % des surfaces agricoles sont irriguées (source : Agreste)
En Espagne : 17 % des surfaces cultivées sont irriguées, assurant 65 % de la production agricole finale du pays. (source : rapport du sénat)

Gestion durable de l’eau

Sur le long terme, l’eau doit permettre :
– d’assurer l’accès de tous à une eau de qualité (enjeux sociaux),
– le développement des usages économiques (enjeux économiques),
– tout en garantissant la préservation des ressources en eau et des milieux aquatiques (enjeux écologiques).

La question est donc de classer les priorités dans les usages. La logique voudrait qu’après l’accès à l’eau potable, la production de nourriture soit prioritaire.

La CR défend depuis sa création l’intérêt de l’irrigation dont la gestion doit se faire au cas par cas par bassin. (voir fiche « irrigation ») Il convient également de s’intéresser à la gestion de l’eau dans d’autres pays. Les cultures contribuant le plus à la production de nourriture avec de l’eau non durable au niveau mondial sont le blé, le riz, le maïs, les fruits et légumes, le coton et les graminées fourragères. Les chercheurs constatent que 15 % de l’eau non durable mondiale est intégrée dans le commerce international des cultures. Au cours de la période 2000-2015, le commerce mondial de l’eau non durable a augmenté de 18 %.

L’Inde, les États-Unis, le Pakistan, l’Espagne, le Turkménistan, l’Égypte, l’Ouzbékistan et l’Australie sont systématiquement des exportateurs nets de cultures à base d’irrigation non durable, tandis que le Canada, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Chine, la Turquie, la Russie, et l’Indonésie sont des importateurs nets.

carte

Figure – L’irrigation non durable incarnée dans le commerce alimentaire international en 2000 et 2015.
Les exportateurs nets sont en vert clair et vert foncé. Les importateurs nets sont en orange et rouge. Les flèches indiquent les tailles relatives des quinze plus grands flux mondiaux d’eau virtuelle non durables.

Aux États-Unis, 29 % de l’irrigation non durable est dû aux cultures destinées à l’exportation.

L’Espagne et le Maroc sont les principaux exportateurs de fruits et légumes vers les pays européens alors que leurs pratiques d’irrigation ne sont pas durables.

Conclusion

Les décideurs politiques et les grandes entreprises tentent de répondre à la demande croissante des consommateurs en matières premières durables et d’améliorer la responsabilité sociale des entreprises. Par exemple, il y a eu un engagement récent d’acheter ou de produire des produits sans déforestation. Dans un monde où les tensions sur l’eau sont de plus en plus importantes, les gouvernements devraient prendre des mesures spécifiques ciblant les pratiques d’irrigation non durables en pénalisant les importations associées.

Avis de la CR

Ce qui n’est pas produit en France, le sera dans d’autres pays… moins exigeants quant à la protection de l’environnement et de la santé des consommateurs.
Il convient d’identifier les pays producteurs et consommateurs responsables d’un commerce d’eau non durable et de contraindre les importations liées pour atteindre les objectifs de sécurité alimentaire et d’eau durable dans les décennies à venir.

Restreindre et empêcher de produire des cultures irriguées en France alors que la ressource est disponible, implique des tensions sur l’eau à d’autres endroits de la planète accompagnées de transports supplémentaires !

Il faut développer le stockage raisonnable de l’eau en France.

Sources :
https://www.uu.nl/en/organisation/faculty-of-geosciences/marc-bierkens
https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/ab4bfc