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En finir avec l’agriculture de bureau

Dominique HUMBERT - CR88

En finir avec l’agriculture de bureau

La Coordination Rurale a reçu des services de la DDT un mail détaillant les instructions relatives à la télédéclaration PAC 2020, dans lequel il est indiqué que la télédéclaration avant le 15 mai a son importance pour que les dossiers soient instruits et payés le plus rapidement possible.

Alors que la Commission Européenne accorde un délai jusqu’au 15 juin, la Coordination Rurale ne peut que réagir tant une date différenciée des paiements en fonction de la date de déclaration est inacceptable. Un acompte pour tous au 15 octobre aurait été une mesure juste pour les paysans.
La CR88 a écrit à M. le Directeur des Territoires, avec copie à M. le Préfet. La CR67 a effectué la même démarche.

 

Courrier à M. le Directeur départemental des territoires

Monsieur le Directeur,

nous avons bien reçu de vos services le message nous détaillant les instructions relatives à la télédéclaration PAC 2020, dans lequel il est indiqué que la télédéclaration avant le 15 mai a son importance pour que les dossiers soient instruits et payés le plus rapidement possible.

Nous ne pouvons que réagir tant une date différenciée des paiements en fonction de la date de déclaration est inacceptable. Nous exigeons un acompte pour tous au 15 octobre.

Face à la complexité de cette déclaration PAC (différentes couches qui s’interposent), de nombreux agriculteurs font appel à un conseil, que ce soient des agents DDT ou des conseillers de divers organismes agricoles. Il faut reconnaître que ceux-ci, confinés, ne sont pas toujours joignables ou sont à peine opérationnels depuis peu. Il a fallu en effet créer de nouvelles procédures de télé-réunion.

Il est impensable de pénaliser des paysans, soit parce que leur réseau internet est insuffisant, soit parce qu’en première ligne (et sans main d’œuvre) pour nourrir la population, ils sont débordés, épuisés.

Et d’ailleurs, par exemple, comment pouvez-vous boucler un dossier d’un paysan le 15 mai si son voisin déclare un doublon le 15 juin ?
Il est plus que temps de simplifier.

A ce titre, nous demandons à ne pas être obligés de dessiner avec précision les découpes à l’intérieur d’un îlot (impossible à distance) mais simplement de mentionner ou d’approcher les surfaces de chaque culture. Avec l’épisode climatique de gel et de sec que nous venons de vivre, certains vont devoir resemer et découper les îlots.

Afin de protéger les inspecteurs, la Commission européenne souhaite un taux de contrôle de 3 % au lieu de 5 %. Nous demandons à ce qu’ils soient réduits au minimum et qu’il n’y ait pas de sanctions.

La Commission Européenne envisageait une simplification administrative cette année, car les paysans n’auraient pas que cela à faire en ce moment.
Comme si le Covid-19 avait modifié notre calendrier agricole et notre rôle alimentaire vis à vis de la population… : comme tous les ans, nous subissons les aléas climatiques et administratifs.

Les récents événements climatiques : trop de sec en automne (des SIE absurdes qui ne levaient pas ou deux mois plus tard), trop de pluie en hiver et pas d’hiver, puis du sec et du gel font peser une grosse inquiétude sur toutes les récoltes d’hiver.
Colza et herbe gelés, gel en épi de blé et orges catastrophiques font craindre une récolte pitoyable ; et cela semble généralisé à toute l’Europe.

La prochaine crise pourrait bien être alimentaire.

Le ministre de l’Agriculture qui souligne le caractère stratégique des secteurs agricoles et alimentaires n’a jamais eu autant raison, tant nous sommes inquiets.
Pourtant, paradoxalement, cette période de crise sanitaire aura amené un peu de calme. La pression psychologique exercée par la charge administrative s’est dissipée, et il est heureux de constater que l’agriculture peut continuer sans les sollicitations permanentes, sans la peur du contrôle.

Nous espérons que cette crise servira de base pour un nouveau rapport à l’Administration de notre métier, au service de la liberté d’entreprendre en confiance, au service d’une agriculture de terrain conduite par des paysans responsables et respectés.
Quand l’étau administratif se desserre, les initiatives personnelles se concrétisent et se multiplient.
Le système normes, primes, contrôles, sanctions ne maîtrisera jamais les forces de la nature. Faites nous enfin confiance. L’agriculture de bureau ne peut plus continuer.

Certain de l’attention que vous porterez à mon courrier, je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes respectueuses salutations.