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Face à l’embellie du bio en France, la CR appelle à la vigilance et à la maîtrise des volumes !

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Face à l’embellie du bio en France, la CR appelle à la vigilance et à la maîtrise des volumes !

Selon les derniers chiffres de l’Agence bio, l’agriculture bio évolue de façon décisive en 2018. La section Bio de la Coordination Rurale demeure toutefois interrogative face à l’augmentation des volumes produits en bio et appelle à la vigilance face aux possibles dérives.

La maîtrise de la production est nécessaire pour éviter que l’agriculture bio connaisse le même marasme que l’agriculture conventionnelle. L’application d’un cahier des charges bio exigeant et reconnu doit se faire avec réalisme selon le bon sens des agriculteurs bio. Face aux différences d’applications du cahier des charges bio entre les autres pays d’UE et du monde, une information claire doit être donnée aux consommateurs. Les décideurs doivent aussi mettre en place une régulation des importations.

Attention à la course à l’intensification du bio

C’est avec intérêt et satisfaction que la CR regarde les chiffres en constante évolution de l’agriculture bio : ainsi « 10% des agriculteurs travaillent désormais en bio dans le pays », 14% de l’emploi agricole est en bio, les surfaces céréales, oléagineux et légumes secs connaissent un bond de 31% (513.000 hectares) en bio, 12 % du vignoble français est à présent en bio (bond de 20 %). Le bio représente désormais 5% des achats alimentaires des Français, avec près de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Ces chiffres expriment une embellie certes, mais il ne faut pas oublier que celle-ci est intimement liée à la crise du secteur agricole conventionnel. La multiplication des conversions en bio a été provoquée par la détérioration des prix agricoles en conventionnel. Les agriculteurs sont avant tout des entrepreneurs, des chefs d’entreprise qui en bons gestionnaires, se doivent de saisir des opportunités si cela peut leur permettre de sauver leur activité.

L’augmentation de la production en bio provient aussi de l’investissement de coopératives et de grands groupes dont le but est de proposer toujours plus de produits dans un marché aux marges plus avantageuses. L’arrivée de ces structures sur le marché du bio n’est pas une bonne nouvelle car il y a un risque de perte d’indépendance des producteurs, d’une concurrence accrue entre ces derniers, ce qui aboutira finalement à des pressions sur les prix.

Au niveau du bio nous ne devons surtout pas répéter les erreurs faites dans les années 80 ; la course à la compétitivité et au rendement de l’agriculture conventionnelle dans une mondialisation accélérée a entraîné une chute catastrophique des prix. La dérégulation avec la fin des quotas a achevé de massacrer certaines filières comme le lait et les betteraves. À ce jour en bio, la France est presque autosuffisante en production d’œufs et de lait; en céréales il manque encore 50% de production pour arriver à l’autosuffisance. « Il faut à tout prix mettre en place une protection et une régulation du marché bio et ne pas attendre qu’il y ait pléthore pour s’organiser », prévient Michel Le Pape représentant à Intercéréales bio.

Le maintien d’un cahier des charges exigeant et réaliste

Au niveau français une grille de lecture du cahier des charges européen est mise en place pour encadrer les pratiques et assurer une bonne image de l’agriculture bio. Pour la CR les producteurs bio s’épanouissent grâce à un cahier des charges pertinent qui respecte l’agronomie et le bon sens paysan. « Attention toutefois à ce que la bio ne devienne ni trop intégrée, ni trop administrée car l’agriculteur y perdrait son âme ! » tempère Michel Le Pape, pour lui  « l’agriculture bio n’aura rien à gagner à singer l’agriculture conventionnelle et cela perdrait le consommateur. » Sur les polémiques concernant les effluents d’élevage, l’agriculteur ne doit pas rester sans solution, aussi est-il préférable de laisser la possibilité d’utiliser des effluents conventionnels locaux – obligatoirement compostés et sans OGM – plutôt que de devoir acheter à des grands groupes des amendements organiques, à des prix excessifs, dont le transport provoque un bilan carbone désastreux.

Donner aux consommateurs une information claire sur les différences de pratiques entre la France et le reste du monde

Du fait des dernières évolutions, la grille de lecture du cahier des charges européen est plus exigeante dans son application en France. Cela n’empêchera pas les importations de produits bio ne répondant pas à ces exigences d’inonder le marché français à des prix plus compétitifs, aussi faut-il mettre en place une information la plus transparente possible pour sensibiliser les consommateurs, les acheteurs, les distributeurs… Des analyses sont faites à tout va sur les produits français mais il faut aussi éclairer les consommateurs sur les conditions de production européennes et mondiales qui sont bien moins exigeantes qu’en France. En ce qui concerne les importations bio hors UE, il est urgent que la France fasse respecter l’article 44 de la loi EGA qui interdit l’importation des denrées alimentaires (humaines et animales) ne correspondant pas aux normes de productions européennes en terme de produits phytosanitaires, médicaments vétérinaires, d’identification et de traçabilité.

Mieux contrôler les importations

Enfin pour sauver l’agriculture française, qu’elle soit bio ou conventionnelle, les décideurs doivent mettre en place les principes défendus depuis longtemps par la Coordination Rurale : l’étiquetage intégral – défendu à l’origine par les paysans à travers le logo AB – (y compris pour les produits transformés) pour indiquer le pays d’origine au consommateur, une TVA sociale sur les produits d’importation, la limitation d’importation de produits hors saison.

La CR rappelle que l’agriculture bio et l’agriculture conventionnelle cohabitent naturellement car ces deux modes de productions ne répondent pas aux mêmes marchés. « Il serait suicidaire de chercher à pousser plus la production bio si la demande ne suit pas ! » précise Michel Le Pape qui poursuit « Nous avons à cœur de défendre l’indépendance d’esprit et l’autonomie économique des agriculteurs quel que soit leur système de production. »