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Évolution des modes d’élevage : retour sur la conférence technique de la CR26

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Évolution des modes d’élevage : retour sur la conférence technique de la CR26

Jeudi 4 avril, la Coordination Rurale de la Drôme a organisé une conférence technique intitulé « évolution des modes de vie, évolution des modes d’élevage » au lycée agricole du Valentin (26500 Bourg-lès-Valence). Après un mot d’introduction du président de la CR26, Bruno Graillat, les interventions successives de Jocelyne Porcher (directrice de recherche à l’INRA) et de Christine Filliat (docteur vétérinaire, conseil en élevage) ont permis d’appréhender avec justesse les nombreux questionnements qui existent aujourd’hui autour de l’élevage (durabilité des pratiques, relation à l’animal, abatage, consommation, véganisme…).

Du XIXè siècle à aujourd’hui, la logique de rentabilité prime :

Jocelyne Porcher explique qu’à partir du XIXème siècle, l’animal de ferme commence à être considéré comme une source de profit potentiel pour l’éleveur. Progressivement, les notions de performance, de productivité et de rendement remplacent celles d’autosuffisance alimentaire et de subsistance. L’élevage, la médecine vétérinaire et la zootechnie entrent pour la première fois dans une logique économique.

La logique de rentabilité qui se généralise pendant toute la première moitié du XXème siècle conduit au processus de standardisation des races. Jocelyne Porcher explique qu’entre la fin de la deuxième guerre mondiale et le début des années 1970, la concentration de la production et l’industrialisation de l’agriculture française induisent la disparition de plusieurs centaines de races locales.

Aujourd’hui, quel que soit le système dans lequel s’inscrit l’éleveur, Jocelyne Porcher remarque que la recherche du profit prime sur le reste : « entre celui qui travaille dans une porcherie industrielle et celui qui s’inscrit dans une démarche ‘raisonnée’ ou ‘paysanne’, la logique de rentabilité guide le travail de l’éleveur au quotidien. Il ne faut pas imaginer que des agriculteurs puissent élever des animaux par plaisir. »

Domestication et bien-être animal :

Pour Jocelyne Porcher, il faut s’éloigner des idées préconçues : contrairement à l’image véhiculée dans les médias, les animaux ne sont pas nécessairement malheureux en élevage. Pour Christine Filliat, tout dépend du rapport qu’a l’éleveur avec son troupeau : « lorsqu’ils se connaissent et se reconnaissent, on reste dans une logique acceptable et viable. Par contre, lorsque la standardisation et la technique prennent le dessus sur l’aspect humain, on atteint des gigantismes dans lesquels le lien entre l’éleveur et l’animal est totalement rompu ».

Questions de la salle :

Quelles relations l’éleveur doit-il entretenir avec ses bêtes ?

Pour Jocelyne Porcher, il est nécessaire de conserver une certaine distance. Il faut respecter l’animal, créer une relation de confiance avec lui mais savoir conserver un certain éloignement pour ne pas être affecté à titre personnel au moment de l’emmener à abattoir.

Faut-il laisser mourir l’animal de sa « belle mort » ?

Pour Christine Filliat, il n’y pas de « belle mort » lorsque l’animal est dans un système d’élevage (peu importe lequel). Pour vivre de son métier, il n’est pas possible d’avoir des états d’âme qui paralysent l’éleveur au moment de prendre une décision.

Existe-t-il un système d’élevage idéal ?

Face aux attentes du consommateur pour une viande locale et de qualité, Christine Filliat tend à relativiser et appelle au réalisme : « dans un pays où le béton pousse plus vite que les champs, il est impossible d’imaginer qu’il puisse exister un système uniquement orienté vers l’élevage en plein air et l’agriculture paysanne ». D’après elle, l’écartèlement permanent qui existe entre l’élevage traditionnel et l’élevage industriel n’a pas lieu d’être. Dans chacun de ces systèmes, elle côtoie des professionnels qui, malgré leurs différences de pratiques et de stratégies, travaillent correctement et dans le respect de l’animal. Il ne faut pas stigmatiser l’élevage industriel ou idéaliser l’élevage paysan : les deux contribuent à nourrir les hommes. C’est ensuite au consommateur de choisir en fonction de ses sensibilités, de ses besoins et de ses moyens financiers.

Plutôt que d’opposer ces deux systèmes d’élevage, Christine Filliat invite les professionnels à raisonner en bonne intelligence : « en confrontant leurs expériences et leurs difficultés, les éleveurs ont beaucoup à apprendre les uns des autres. »

Perspectives d’avenir :

Pour Christine Filliat, l’agriculture de demain doit être durable et raisonnée. Elle doit satisfaire les besoins alimentaires et sécuritaires des hommes, être précautionneuse, soucieuse du respect de l’animal, rentable pour les producteurs et équitable entre les pays.

Question de la salle :

L’abatage mobile est-il une solution cohérente à mettre en œuvre ?

Depuis de nombreuses années, la Coordination Rurale défend la mise en place d’abattoirs mobiles, en complément des abattoirs traditionnels, respectueux de la séparation des étapes d’abattage et permettant de limiter le transport des animaux participant ainsi à leur bien-être. Ces abattoirs mobiles répondent à une demande forte dans des territoires où les outils sont éloignés voire inexistants.

Pour Christine Filliat, la généralisation de ce dispositif dépend du prix que le consommateur est prêt à mettre dans son assiette. Jocelyne Porcher explique que dans chaque département, des collectifs d’éleveurs se réunissent, partagent leurs expériences et réfléchissent aux équipements collectifs dont ils pourraient avoir besoin. D’après elle, les éleveurs français sont très en avance sur cette réflexion.

Après 2h30 d’intervention ponctuée de débats et d’échanges avec la salle, le président de la CR26 remercie chaleureusement Christine Filliat et Jocelyne Porcher pour la qualité des interventions qu’elles ont eu la gentillesse de préparer.