L'info régionale

Réseaux sociaux

Et si on faisait de 2022, l’année des agricultrices

Et si on faisait de 2022, l’année des agricultrices

Tel est le souhait des agricultrices qui se sont retrouvées ce lundi matin en Vendée (85) sur l’exploitation de Natacha Guillemet, agricultrice, mère de famille, élue chambre d’agriculture et responsable de la section agricultrices de la Coordination Rurale.

Aux côtés des agricultrices, des élus avaient fait le déplacement. Gilles Berland, maire de Vouvant, Pierre Henriet, député, Myriam Garreau, ancienne maire de Vouvant et Annick Billon, sénatrice de Vendée et surtout présidente de la délégation aux droits des femmes au Sénat.

Était également présente, Catherine Laillé qui est à l’origine de la section Agricultrices de la CR et qui n’a pas manqué de remercier Natacha et les autres agricultrices pour leur implication et leur travail.

Cette journée a débuté par une visite de la ferme de Natacha Guillemet avant de se poursuivre par une table ronde ouverte par le discours de Natacha :

« Je voulais tout d’abord vous remercier vivement d’être présents ici sur notre exploitation. Je tiens aussi à remercier tout particulièrement Madame la Sénatrice Annick Billon, présidente de la délégation aux droits des femmes au Sénat, Monsieur le Député Pierre Henriet, Monsieur le Maire de Vouvant Gilles Berland, mais aussi Madame Myriam Garrot.

Nous allons ouvrir cette table ronde afin de discuter tous ensemble de la place des agricultrices. Aujourd’hui, comme hier, mais aussi pour demain, il est intéressant de se poser la question de la place des femmes au sein des exploitations. Pour certains, c’est un non sujet, un sujet très féministe… À la Coordination Rurale, ce n’est pas une question de féminisme, mais plutôt une question de revendiquer des droits, déjà acquis, mais qui ont du mal à rentrer dans les mœurs. Sur chaque mairie on peut lire : Liberté, Égalité et Fraternité. Cette devise ne s’adresse pas uniquement au sexe masculin mais aux deux sexes, à tous les Hommes.
La liberté de travailler en tant qu’agricultrice sans être rabaissée à nos capacités physiques ou tout simplement car nous conduisons un tracteur comme nos homologues masculins ;
L’égalité dans l’accès aux terres, aux crédits, mais aussi aux congés maternité et aux vacances ;
La fraternité dans l’écoute de nos partages d’expériences et de solutions que chacun, chacune pourra proposer dans notre échange aujourd’hui. »

Cette journée a permis d’évoquer plusieurs sujets. Notamment l’égalité entre les territoires, la fin des zones blanches en zone rurale, la mission sur l’enseignement technique agricole et les 70 propositions portées auprès du gouvernement par la rapporteuse Nathalie Delattre.
Voici un résumé du rapport Femmes et ruralités : en finir avec les zones blanches de l’égalité.

Chacune des femmes présente a pu partager son parcours. Leurs profils étaient très variés : reconversion professionnelle, installation seule, avec un conjoint ou avec ses parents, chaque femme avait une histoire différente. Néanmoins, toutes ont relevé des problèmes similaires.

Le sujet de la maternité a été largement évoqué. Nous savons qu’aujourd’hui, 41 % des agricultrices travaillent jusqu’au terme de leur grossesse et reprennent le travail dès qu’elles le peuvent après leur accouchement. « Le congé maternité n’est pas une priorité pour le service de remplacement, si on a de la chance, on nous met à disposition un agent et s’il y a un besoin ailleurs, on nous le retire, on nous en met un nouveau s’il y en a de disponible, alors on forme à nouveau puis on en a marre alors on va faire le travail » explique une agricultrice de Mayenne qui a tenté à trois reprises le congé maternité mais qui n’en garde pas un souvenir très élogieux. Elle conclut en disant « qu’elles doivent gérer, alors elles le font ».

Un autre sujet majeur a été abordé, la retraite. En effet, celle-ci sera valorisée pour 208 000 agriculteurs, mais cette revalorisation sera majoritairement pour les hommes. Et pour cause, en moyenne les femmes valident 48 trimestres contre 97 pour les hommes, car elles s’installent plus tard, ont souvent un statut bancal qui n’ouvre aucun droit à la retraite et doivent s’arrêter pour les enfants.
Ainsi, les femmes touchent 19 % de retraite en moins que les hommes.

De même, des problèmes lors de l’installation, notamment d’accès au foncier, ont été relevés pour les femmes qui s’installaient seules.

Cette journée a également été l’occasion d’une demande exceptionnelle et légitime, portée depuis quelques temps par la section Agricultrices de la Coordination Rurale : créer une journée spéciale des agricultrices de guerre. Une journée pour ces femmes qui ont pris la fourche pour remplacer leur mari parti au front. « Pendant la guerre, on a fait appel aux femmes pour nourrir la population » explique Natacha, « hier, nous commémorions le 11 novembre, date de l’armistice de la Première Guerre mondiale, nous rendions hommage à nos derniers combattants français, demain, nous voulons que la France pense aussi à commémorer ses soldates. Cette journée ferait également reconnaître la compétence de toutes ces femmes qui travaillent aujourd’hui dans l’agriculture. Ce n’est pas une demande féministe, mais une demande pour être égaux en droits. Nous comptons sur nos élus pour nous accompagner, nous connaissons leur implication et pour cela nous les remercions, mais maintenant nous avons besoin de concret. 40 ans après la Journée internationale des femmes, reconnue officiellement en France depuis 1982, ce serait une grande victoire ».

Cette matinée a été très positive et a permis de créer une cohésion entre les agricultrices qui ont pu se rencontrer et confronter leurs situations. Les élus présents ont été à l’écoute et ont pris les contacts des agricultrices pour, qu’ensemble, ils puissent travailler dans le bon sens !