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Enjeux et perspectives économiques : l’agriculture face à des défis multiples

Intervention AGO BFC 12 10 21

Enjeux et perspectives économiques : l’agriculture face à des défis multiples

La Coordination Rurale de Côte-d’Or (CR 21) et la Coordination Rurale de Bourgogne Franche-Comté (CR BFC) organisaient ce mardi 12 octobre leurs Assemblées générales aux Combottes à Épagny (21).

L’après-midi, Denis Lépicier, ingénieur d’études en économie au CESAER et directeur-adjoint du département de sciences sociales à AgroSup Dijon, est venu intervenir sur la thématique « Enjeux et perspectives économiques de l’agriculture et du monde rural ».

C’était une présentation très interactive et aux thématiques diverses, qui, au vu des réactions et questionnements qu’elle a suscité, n’a pas laissé indifférents les agriculteurs présents et a permis de confronter de manière constructive la recherche et le vécu de terrain.

Pour ce qui est des enjeux, un premier constat s’impose : le contexte socio-économique autour de l’agriculture a énormément changé, et ces changements continuent de s’accélérer, avec des attentes sociétales de plus en plus marquées.

Pour atteindre une agriculture durable et répondant à ces grands enjeux, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux, 3 types de leviers existent pour s’adapter à de nouvelles contraintes : efficacité, substitution et reconception.

      • l’efficacité : elle vise à maximiser la performance du système de production. C’est le levier plébiscité depuis l’après-guerre, mais les gains via ce seul levier sont maintenant proches d’un maximum : l’intensification seule ne permet plus d’atteindre des gains de rendement.

 

      • la substitution : c’est la recherche de manières de faire autrement et d’utiliser différemment les ressources, par exemple, penser marge plus que performance productive avec des pratiques comme le non-labour.

 

      • la reconception : elle consiste à repenser le rôle et la place de l’agriculture et amène à un changement plus profond de modèle : diversification des activités de la ferme, réseaux de distribution alternatifs.

 

Mais ces 3 leviers ne peuvent être pensés indépendamment les uns des autres. Par exemple, substitution et reconception ne peuvent être pensés sans l’efficacité : moins d’intrants signifie moins de coûts par surface, mais par ailleurs moins de production sur cette même surface, et vient donc nuancer cette baisse de coût. Tout est donc une question d’équilibre, ce qui résume bien les différentes thématiques passées en revue lors de cette conférence, et dont nous vous proposons un petit tour d’horizon :

 

 

1 – L’agriculture face au changement climatique

 

L’agriculture est confrontée directement au dérèglement climatique et subit des changements météorologiques profonds, qui en BFC se traduisent en tendance par des hivers plus doux, une fin de printemps plus fraîche, des excès d’eau sur les mois de mai et juin créant de nouveaux problèmes de maladies, et évidemment des sécheresses estivales plus intenses et récurrentes, particulièrement problématiques pour les zones intermédiaires. Les exploitations doivent donc s’adapter, et apprendre à faire avec cette nouvelle donne climatique.

Si l’agriculture doit intégrer ces changements et s’y adapter, il est aussi nécessaire d’analyser comment notre modèle agroalimentaire contribue au dérèglement climatique et comment il peut y répondre. Car l’agriculture, étant en contact par définition avec le vivant, avec les sols, avec l’environnement et les territoires dans leur ensemble, elle est en première ligne des enjeux climatiques.

Pour cela, de nouveaux équilibres sont à trouver, avec une seule certitude : il n’y a pas de solution évidente.

Par exemple, lorsque l’on s’intéresse aux émissions de gaz à effet de serre (GES) des pratiques agricoles, il est nécessaire de prendre en compte le rôle crucial des changements d’usages des sols dans les modélisations d’émissions de GES, et cela doit être intégré dans la redéfinition des équilibres entre production animale et végétale : la production végétale est à surface équivalente moins émettrice de méthane qu’une production animale, mais retourner une prairie pâturée pour la mettre en culture relâchera le carbone qu’elle avait précédemment stocké, elle en absorbera moins ensuite, et la cultiver créera plus d’émissions de protoxydes d’azote.

Ainsi, supprimer l’élevage pour sauver le climat comme le voudraient certains n’est pas une solution viable aux émissions de GES, en plus d’être une aberration agrologique.

Cela ne peut être analysé sans rentrer plus précisément dans les pratiques : quelles pratiques culturales et quelles formes d’élevage sont une bonne réponse au changement climatique ? Lesquelles, parmi celles-ci, sont économiquement viables ? Lesquelles sont réplicables ailleurs ? Le partage d’expérience entre agriculteurs est un outil clé de diffusion des pratiques pertinentes.

 

 

2 – Réinvestir les filières agroalimentaires dans les territoires

 

En dehors de la stricte production agricole, l’organisation des filières est un enjeu crucial, en aval comme en amont : la relocalisation des filières et leur structuration économique sont des leviers permettant de mieux valoriser la production agricole, et permettant aux agriculteurs de se réapproprier la valeur ajoutée, en supprimant des coûts de transport et en réduisant le nombre d’intermédiaires.

En BFC, on compte plus de 40 filières structurées, de tailles très variables, sur des productions et avec des réseaux de distribution très divers : la filière Comté bien évidemment, ainsi que les autres AOP et AOC de la région, mais on trouve aussi des filières nées d’initiatives individuelles ou des instances agricoles, avec par exemple la lentille bio ou la viande ovine dans l’Yonne.

Il est important de continuer ces intégrations de filière ; il n’y a cependant pas de modèle idéal et applicable à toutes les productions et tous les territoires, d’où l’importance à nouveau de mettre en place des solutions très locales, qui soient réfléchies globalement et intégrées, car bien faire chez soi mais reporter les problèmes chez son voisin est un trompe-l’œil.

 

 

3 – Le renouvellement générationnel

 

Les départs en retraite, avec une pyramide des âges très inquiétante (50 % des agriculteurs ont 55 ans ou plus), alimentent les agrandissements ; mais ces agrandissements ne sont plus à la portée financière des exploitants individuels. Ils freinent donc les nouvelles installations et font craindre une agriculture de plus en plus aux mains des grands capitaux. Il faut donc repenser les moyens d’accès à la terre et aux financements des outils de production pour les rendre plus accessibles, tout en renforçant l’attractivité du métier pour les nouvelles générations, dont les attentes, notamment en terme de durée d’engagement, ne sont plus forcément les mêmes que celles des générations précédentes.

 


En conclusion, il est donc crucial d’emmener l’agriculture vers de meilleurs équilibres, prenant en compte les aspects sociaux, économiques et écologiques de la production agricole et de la filière agroalimentaire dans son ensemble. L’élaboration des politiques publiques essaie d’intégrer les nouvelles attentes sociétales, avec la nouvelle PAC et les lois EGAlim notamment, mais ces politiques provoquent des crispations chez les agriculteurs car elles ne répondent pas aux difficultés auxquelles ils sont confrontés.

L’agriculture est plus que jamais à la croisée des chemins, et nous interroge sur les reconceptions vers lesquelles nous nous dirigeons et sur celles que nous souhaitons, en tant qu’agriculteurs et en tant que citoyens. Il est donc nécessaire de penser de manière transversale les solutions économiques et les solutions organisationnelles pour permettre l’adaptation des exploitations aux enjeux contemporains.