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En quoi la course à l’export précipite l’élevage français vers la faillite ?

Alexandre Armel congrès CR 2019

En quoi la course à l’export précipite l’élevage français vers la faillite ?

A l’occasion de l’assemblée générale de la Coordination Rurale qui s’est déroulé le 4 décembre dernier dans l’Oise, Alexandre Armel est intervenu sur les dangers d’une vision exportatrice pour l’agriculture (retrouver le support en cliquant ici).

La France demeure de loin le premier pays producteur agricole européen à hauteur de 72,6 milliards d’euros en 2017. Sa production en valeur est supérieure de 15 milliards d’euros à celle de l’Allemagne et de l’Italie, et se situe au premier rang concernant les productions animales (15 % de la valeur des productions européenne). Elle subit cependant une érosion de son potentiel productif depuis les années 60, avec un recul de sa surface agricole (-60 000km²) et du nombre d’emplois qui ne représente que 5,5 % aujourd’hui. L’excédent agricole français tend d’ailleurs à disparaître : il a été divisé par deux entre 2011 et 2017. Sans le vin et les spiritueux, la France a un déficit commercial agricole de plus de 6 milliards d’euros.

Un recours aux importations toujours plus important

Depuis 2000, les importations de produits agroalimentaires ont presque doublées en France (+87%) alors qu’une majeure partie pourrait être produite sur son territoire ! Pour la viande bovine, la part de l’import se stabilise autour de 22 % de la consommation, à environ 300 000 téc. Cette stabilisation n’est cependant que temporaire, car les accords commerciaux de libre échange avec des pays fortement exportateurs de viande bovine à des prix compétitifs ont été ou vont être signés prochainement (CETA, Mercosur,…).

Export : distinguons celui qui est nécessaire de celui qui ne l’est pas

La France produit autant de bovins mâles que femelles, mais consomme plus de femelles que de mâles. Les débouchés intra-européens jouent donc un rôle de régulateur dans le marché intérieur (vers l’Italie et l’Espagne pour l’engraissement par exemple). Cependant, l’export au-delà est plus futile, et fait de plus prendre beaucoup de risques pour la filière bovine hexagonale comme des fermetures de marché : l’exemple de la Russie en 2014 pour raison politique ou de la Turquie en 2015 pour raison sanitaire sont là pour l’illustrer.

Malgré cela, les projets d’export ne cessent de se multiplier vers le pourtour méditerranéen, le Moyen Orient, l’Asie ou l’Europe centrale.

Exporter = Importer, mais importer quoi ?

Les importations européennes de viande bovines issues d’Amérique du Sud et d’Australie ont atteint environ 250 000 téc en 2018. Ces viandes élaborées en dessous des standards sanitaires imposés en Europe et utilisant des molécules interdites dans nos élevages, au même titre que les hormones de croissance, font courir un risque pour les consommateurs. Elles font également courir un risque pour les éleveurs français et européens ayant des contraintes sociales, environnementales et sanitaires beaucoup plus élevées ce qui induit des coûts de production supérieurs. Les accords de libre échange, en cours de négociation aggraveront ce phénomène et verront déferler sur le marché européen 65 000 tonnes de viande canadienne ainsi que 99 000 tonnes de viande d’Amérique du Sud, en plus des 45 000 tonnes issues du Panel Hormone, alloué pour 35 000 tonnes aux USA. En contre-partie, les élus politiques encouragent les éleveurs français à compenser ces afflux de viande bovine en allant à la conquête du marché chinois. Il est totalement inepte d’importer pour exporter un produit de plus haute qualité !

D’après les données de la Direction Générale de l’Alimentation (DGAL), les contrôles effectués de manière aléatoire sur tous les produits alimentaires importés à base de viande montrent un taux de non conformité de 25 % au regard des normes françaises. Actuellement, seuls 6 containers sur 5 000 sont contrôlés par les douanes, soit moins de 1 %.

La logique du tout export ne crée que des perdants :
– elle est risquée pour les éleveurs car les exposent à des fermetures de marché pour des raisons politiques ou sanitaires et à une saturation du marché européen
– elle met en difficulté nos engraisseurs en augmentant la volatilité du prix des animaux maigres, tout en accentuant la dépendance des éleveurs naisseurs face aux aléas économiques et sanitaires des pays étrangers
– elle ouvre le marché à de nombreuses importations sous des standards inférieurs aux normes françaises, ce qui met en péril la santé des consommateurs et les trésoreries des éleveurs.