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Dis maman, comment on chasse le ravioli ?

Jean-Jacques PESQUEREL

Dis maman, comment on chasse le ravioli ?

La démographie agricole de notre pays est catastrophique, voire dramatique. En 2020, on recensait 389 000 chefs d’exploitation en France alors que nous étions 490 000 en 2010 et 764 000 en 2000. Je pourrais continuer longtemps, la baisse serait toujours aussi vertigineuse. Cette perte est inquiétante pour l’avenir de nos fermes. Ces fermes qui ne seront surement pas reprises et seront englobées pour agrandir encore et encore les mêmes trusts agricoles.

Pourquoi pas de reprise ? Sûrement parce que les revenus sont faibles pour un travail prenant et laborieux encadré par des normes sévères et des contrôles incessants. Parce qu’il y a une absence totale de reconnaissance sociale, voire une détestation parfois. Parce que dans les campagnes, la solitude devient pesante, que l’indépendance est utopique autant que de prévoir des loisirs ou des vacances… Vu ainsi, ce métier n’a plus de sens.

Que fera t’on quand il n’y aura plus d’agriculteurs ?
En perdant des agriculteurs sans trouver de solution pour les remplacer ? On importera évidemment. Aujourd’hui, la moitié des fruits et légumes consommés en France est importée. Mais à quel prix ? Celle de la dépendance et de la sueur des ouvriers sous-payés. Le prix de la qualité quoi que l’on puisse entendre… Nous cultivons dans de meilleures conditions et avec moins d’engrais et de pesticides que la quasi totalité des pays exportateurs. La plupart de nos voisins Hollandais ne boivent pas le lait produit sur leur ferme. En Espagne, une grande partie des pesticides utilisés sont interdits en France. Nous les interdisons sur nos terres, vous les mettez dans vos assiettes ? Et que dire de la fraicheur ? Mais ne vous inquiétez pas, il y a les conservateurs !
En disant cela, je m’inquiète : qu’allons-nous laisser à nos enfants ? Heureusement, je pense que « là-haut », à Paris, ils ont pris conscience de ce que nous leur disons depuis 20 ans. Le président a eu ces mots : « Déléguer notre alimentation […] à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle […] Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai ». Alors assume Manu ! Et nous, nous espérerons qu’il ne soit pas trop tard, que la tendance pourra s’inverser et que la France pourra maintenir ce semblant d’autonomie alimentaire ou alors, nous deviendrons les esclaves d’un marché mondial, nous vivrons d’exportations à tout va et peut être, nous connaitrons des pénuries.

Tu vois tout en noir me dira-t’on et pourtant, sachez que dans les dix ans à venir, c’est plus d’une exploitation sur trois qui verra son avenir remis en question. A ce jour, si on devait chiffrer en surface tous les départs en retraite de mes collègues, cela représenterait 5 millions d’hectares disponibles. Un vrai manque à produire ! Que va devenir ce réservoir de nourriture? Et que dire des surfaces agricoles grignotées par la bétonisation. La France artificialise chaque année entre 50 000 et 60 000 hectares, soit l’équivalent d’un terrain de foot toutes les 7 minutes ou une perte d’une surface équivalente à la capacité à nourrir une ville comme Le Havre.

A la Coordination Rurale, nous martelons depuis des années ce qui semble pour nous la solution ! Mais ils ont préféré écouter ce vieux syndicat qui nous a vendu sur le marché mondial. Quand j’écoute leur patronne à la radio indépendante contrôlée par l’État, j’ai l’impression qu’elle découvre la mondialisation alors qu’elle y pousse l’agriculture depuis des années. La voici notre solution : Des prix ! Nous devons avoir des prix rémunérateurs pour pouvoir vivre dignement de notre travail et de nos exploitations. Sans cela, l’avenir me semble bien compromis pour nos petits-enfants qui iront chasser le ravioli ensemble. Seule solution après avoir totalement déserté un métier nourricier !

Jean Jacques Pesquerel
Président CR14