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CR des Savoie : retour sur une AG intéressante et constructive

CR des Savoie : retour sur une AG intéressante et constructive

La Coordination Rurale des Savoie a tenu son Assemblée Générale à Alby-sur-Chéran (74540) devant une cinquantaine de participants. Après un temps consacré à l’élection du Conseil d’administration, à l’approbation des comptes et du rapport d’activités de l’année 2019, la matinée s’est poursuivie par des échanges constructifs sur de nombreux sujets d’actualité. Pour enrichir les débats, les adhérents de la CR des Savoie ont pu compter sur la participation de plusieurs représentants du département parmi lesquels : la députée haut-savoyarde Véronique RIOTTON, Fabienne DULIEGE conseillère départementale du canton de Rumilly, Jean-Claude MARTIN maire d’Alby-sur-Chéran, Aurélie MONNEZ de la DDT 73 et Vincent BONEU de la DDT 74, Lionel GRUFFAT du Crédit Agricole des Savoie, M. CORBOZ pour l’association Solidarité Paysans des Savoie, Noémie COLLET, miss France agricole 2020 et M. MULON, chef de service des renseignements territoriaux de la Haute-Savoie.

Intervention de M. Christophe MULON, chef de service des renseignements territoriaux de la Haute-Savoie :

La gendarmerie est intervenue pour évoquer le dénigrement et les violences (verbales ou physiques) dont est aujourd’hui victime le monde agricole.
En fonction des demandes, des urgences et des besoins, la gendarmerie explique qu’elle sera en mesure d’orienter les services et d’adapter ses moyens d’action.
Il est envisagé la réalisation de diagnostics de vulnérabilité sur les secteurs qui en font la demande.
Pour la gendarmerie, il est essentiel de connaître les détracteurs pour mieux appréhender leurs modes opératoires et protéger les agriculteurs d’éventuels attaques.
Dès qu’une infraction est constatée (vol, intrusion, insultes, incivilités, violence…), la gendarmerie invite vivement les agriculteurs à porter plainte. Il est essentiel d’entretenir un lien étroit entre les professionnels de l’agriculture et ceux qui sont là pour les protéger et les défendre.

La députée Véronique RIOTTON a souhaité intervenir sur un certain nombre de sujets parmi lesquels : la retraite des agricultrices, l’article 44 de la loi EGAlim, la prédation, l’organisation des filières savoyardes, le lait cru et la gestion forestière.

Intervention des DDT 73 et 74 sur la question des ZNT :

Ces zones de non traitement sont issues de l’article 83 de la loi EGAlim. L’objectif est d’ouvrir la place à une concertation locale sur la question de l’utilisation des produits phytosanitaires à proximité des habitations. Les agriculteurs s’étonnent de ne pas avoir été consultés et se posent de nombreuses questions concernant la mise en œuvre de cette réglementation contraignante. La CR des Savoie rappelle sa position sur les ZNT : c’est NON et sans compromis. La DDT 74 s’excuse mais étant donné la rapidité avec laquelle ce décret a été mis en application, elle n’a pas réponse à toutes les questions qui lui sont posées. Des éclaircissements devraient avoir lieu dans les semaines à venir.

Intervention de Lionel Gruffat pour le Crédit Agricole des Savoie :

Le Crédit Agricole renouvelle le soutien économique qu’il souhaite apporter pour financer une partie de l’opération « un samedi à la ferme ».

Intervention de M. Corboz, Président de solidarité paysans Pays de Savoie :

Le Président a présenté sa structure qui a pour objectif d’aider et d’accompagner les agriculteurs en difficulté. Solidarité Paysans intervient en complément du réseau Regain des Savoie (réseau partenarial qui aide les agriculteurs en situation fragile à travers un double regard technico-économique et social). Le soutien se fait dans la confidentialité totale et uniquement à la demande de l’agriculteur.

Discours de Noémie, Miss France agricole 2020 et éleveuse de chèvres en Haute-Savoie sur le statut des agricultrices, son parcours et les valeurs de bon sens qu’elle souhaite défendre et diffuser. Le voici en intégralité ci-dessous :

Je remercie Gilles Chatelain pour son invitation à votre assemblée générale, il m’a proposé d’exposer mon parcours de femme dans l’agriculture, avec l’espoir que ma parole face écho, à toutes celles qui, avec un courage sans limite, se consacrent à l’agriculture au sens large. A toutes celles qui prévoient de devenir les paysannes de demain, et qui devront tenter de concilier leur vie de femme, de mère et d’entrepreneuse.
L’occasion aussi d’ adresser un message de soutien et de gratitude à toutes les femmes, qu’elles soient mère, fille, ou soeur, toutes ces femmes qui agissent avec abnégation, depuis toujours et encore dans l’ombre des hommes de l’agriculture, faisant preuve au quotidien de soutien physique et moral, élevant les enfants et menant la logistique du foyer souvent seule. Il faut le dire, les femmes ont depuis la nuit des temps joué un rôle crucial dans le monde paysan.
Malheureusement, à l’aube de cette nouvelle décennie, 5000 femmes demeurent encore sans statut et
25000 ne sont que conjointe collaboratrice avec des conséquences de précarité et de dépendance insupportables notamment en cas de divorce, de veuvage, et à l’heure de la retraite.
On notera aussi que 40% des femmes ne prennent pas de congé maternité pour différentes raisons. Par expérience, nous sommes très mal renseignées par la MSA et le service de remplacement est souvent inadapté aux besoins réels, sans compter la difficulté de trouver du personnel qualifié. Par découragement, les femmes ne peuvent bénéficier de leur droit.

Née dans une famille d’éleveur fromager, je baigne depuis toujours dans ce milieu. C’est d’abord la montagne, la nature, et le respect de la terre nourricière. Des valeurs de bon sens, transmises par mes aïeux, l’écoute et l’observation, qui font les qualités du paysan.
C’est tout naturellement, que j’ai rejoins le lycée agricole, pour un BEPA, puis un BAC PRO CGEA à la Motte Servolex. Parallèlement, mes parents voient leur projet de délocalisation de leur chevrerie aboutir sur la commune de Saint Jean d’Aulps, les chèvres entrent dans le bâtiment en 2007.
J’ai ensuite décidé de poursuivre ma scolarité avec un BTS de comptabilité. Hélas, suite à un accident dont a été victime mon père en terminant les travaux de la chèvrerie, j’ai du mettre fin du jour au lendemain à mes études, pour assurer le travail qui n’attends pas.
Car oui, même si beaucoup refuse de l’entendre, les paysans ont un métier à part, une façon de vivre, faite de nombreux sacrifices, personnels et familiaux.
De là s’en suivent, 7 années de galère, burn out du chef de famille tombé dans le cercle infernal de la dépression. Surmenage, relations tendues, problèmes financiers, qui nous ont conduit a rejoindre la cellule de la MSA pour agriculteurs en difficulté, Regain des Savoie, jusqu’à ce que mon père réussisse à sortir du système qui le paralysait, et parvienne à transmettre son exploitation.
Je me suis installée en GAEC avec ma mère en 2014, nous sommes parvenues à mettre au point un élevage de qualité, respectant l’environnement, nos animaux et nos clients, dans une démarche labellisée en Bio, mais d’abord locale et vertueuse aussi pour nos partenaires. Malgré les difficultés rencontrées avec la municipalité en place, hostile à notre développement, sur fond de conflit d’intérêts, clientélisme, sexisme et j’en passe, où la profession n’a jamais su affirmer son soutien, nous sommes aujourd’hui à la tête d’un troupeau de 90 laitières, en AOP chevrotin. 15ha de SAU 65000l de lait produit par an, intégralement transformés à la ferme, Nous écoulons 50% de notre production sur les marchés et amap locales, et le reste dans des magasins Chablaisiens.
Pour se faire nous avons 2 salariés de mars à octobre.
Afin de conforter notre développement, nous souhaitons créer un magasin à la ferme ainsi qu’un espace d’accueil et un gite.

Je tente de concilier, mon travail d’éleveuse, de fromagère, de commerciale, d’assistante de direction, de responsable des ressources humaines et du contrôle qualité, de comptable et la liste est non exhaustive ! Avec mon rôle de mère et de femme.. les journées sont longues et pourtant bien trop courtes, le rythme effréné, le mental et le physique soumis à rude épreuve . La tâche est rude mais combien enrichissante, valorisante et noble!

Désormais, je défends et souhaite mettre en valeur une agriculture de proximité, où l’humain est valorisé par son travail, j’encourage les petites structures, aux investissements modérés et au patrimoine transmissible, qui s’inscrivent dans les circuits courts, courcicuitant les intermédiaires et soit disant partenaires beaucoup trop nombreux à s’enrichire sur notre dos, avec une rentabilité très loin de ce que peut générer notre travail.
J’encourage la valorisation du produit, et invite les producteurs à se reapproprier leurs filières et leur prix de vente, en adéquation avec leurs charges, afin de vivre de leur travail et non de primes de cette chère PAC, qui nous enchaîne, dévalorise notre travail, enrichie le système et nous fais porter le chapeau! Je suis pour une transition de l’agriculture tant structurelle qu’humaine, qui respecte au mieux l’environnement mais avant tout les femmes et les hommes qui se tuent à la tâche pour une société trop souvent ingrate, perdue dans le tourbillon de la surconsommation, entraînée par la puissance des lobbys.
Une agriculture de bon sens, vertueuse pour tous.
Au fil des siècles, les paysans se sont adaptés pour répondre aux besoins de l’humanité, pourquoi ne s’adapteraient ils pas pour une fois à un modèle qui serait avant tout bénéfique pour eux.
Le changement viendra de nous, et de nous seulement! Par notre capacité à nous remettre en question sur nos pratiques et à convaincre les consommateurs de devenir les soldats de la révolution alimentaire.

Je vous invite à portée une oreille attentive, à ceux qui sont essoufflés par le système, ceux qui ont été fragilisé par les difficultés et qui ne parviennent pas à voir le bout du tunnel, nous nous devons d’être solidaires, à l’heure où nous représentons moins de 2 %des actifs!

En cette veille de municipale, nous devons nous engager au sein de nos communes, pour défendre la terre nourissière que nous devrons transmettre!

A l’heure où le fruit de notre travail est une monnaie d’échange internationale, côté en bourse, troqué contre des avions, et dévoré par le loup, dans le seul but de faire du profit, nous devons être les inventeurs de notre futur !

Miss France Agricole en compagnie de Fabienne DULIEGE du Conseil départemental Savoie Mont Blanc (à droite) et des adhérentes de la CR des Savoie.

Après avoir remercié chaleureusement les participants pour leurs interventions et leurs présentations, le Président Gilles Chatelain a invité les personnes présentes à partager un repas convivial afin de poursuivre les échanges.