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Comment « sortir des pesticides » : entre politique agricole et réalisme agronomique

Comment « sortir des pesticides » : entre politique agricole et réalisme agronomique

Damien Brunelle (secrétaire général adjoint) et François Lucas (président d’honneur) ont été auditionnés le 22 février par la mission parlementaire recherchant des alternatives aux produits phytopharmaceutiques.

À quel échelon faut-il agir ?

Seule une PAC retrouvant ses fondamentaux, assignés par le traité de Rome (autosuffisance alimentaire notamment), permettra une évolution durable des pratiques agronomiques. Actuellement, l’UE importe l’équivalent de production de 28 millions d’ha (hors produits exotiques), ce qui correspond à la SAU de la France !

Il convient donc de rééquilibrer les productions pour que l’UE soit enfin autosuffisante en protéines végétales, sans dépendre des importations massives de soja OGM glyphosaté. L’agriculteur doit renouer avec des assolements « agronomiques » (rotations équilibrées à base de légumineuses) et non plus seulement « économiques ».

Aux États généraux de l’alimentation (EGA), la CR a soutenu que la solution ne peut être qu’européenne mais elle n’a pas été écoutée. Si les EGA n’avaient pas le pouvoir de changer la PAC, ils avaient au moins le devoir de dire qu’il faut la changer mais cela n’a pas été fait !

La France peut tout à fait lancer un geste de provocation envers l’UE en interdisant unilatéralement une molécule, telle que le glyphosate, mais ses agriculteurs ne doivent pas en devenir les otages.

Il faut donc doubler cette interdiction par celle des importations de produits traités avec cette molécule, en l’occurrence de produits glyphosatés ou bien de produits traités avec des néonicotinoïdes, comme les pêches espagnoles. Dès lors, un vrai bras de fer avec Bruxelles pourrait s’engager !

Glyphosate : tout dépend de la manière dont il est utilisé !

Dans le dossier glyphosate, il n’a pas assez tenu compte des 2 utilisations différentes, à savoir l’utilisation sur les plantes en période de végétation (OGM résistant, usage dessicant, lutte contre les vivaces) laissant des résidus, et l’utilisation entre deux cultures ne laissant aucun résidu. A l’occasion d’une action syndicale, la CR a prélevé du soja OGM dans les ports de Lorient et Saint-Nazaire, échantillons contaminés au glyphosate. Au contraire, 17 échantillons prélevés chez nos adhérents agriculteurs utilisant du glyphosate entre 2 récoltes ne contenaient aucun résidu.

En France, l’utilisation de glyphosate sur plante avant récolte est autorisée (pour le désherbage des vivaces), avec un délai avant récolte de 7 jours, mais elle est très rare en pratique, contrairement à ce qui se fait en Europe du nord ou en Amérique du nord. Une ONG comme Générations Futures a volontairement amalgamé des produits de diverses origines pour embrouiller le débat médiatique et politique. Nous soulignons à cet égard la lucidité du député Gérard Menuel. Nous rappelons enfin que le glyphosate utilisé avec discernement permet d’éviter de recourir à d’autres herbicides et qu’il ne nuit pas à la vie du sol (Voir les travaux et avis de Thierry Tétu, agriculteur et enseignant-chercheur à l’université de Picardie).

Zéro phyto dans x années : un tel objectif est-il tenable ?

Sur le plan climatique, il n’y a pas 2 années semblables et cela joue sur la pression parasitaire, donc sur le recours aux produits. La transition vers moins de phytos prendra du temps et reposera sur une palette de solutions diverses. Il est illusoire à ce stade de penser qu’on se passera de chimie d’ici un temps déterminé. En ce sens, le plan Ecophyto ne peut qu’échouer.

La séparation du conseil et de la vente est tout à fait louable mais la CR estime qu’il est absolument nécessaire de laisser l’agriculteur libre de se faire conseiller ou non. L’effort principal doit porter sur la formation et l’information des agriculteurs, afin de les rendre aptes à décider seul sur leur exploitation.

Pour développer les produits de biocontrôle, il convient de relancer la recherche publique agricole (au point mort depuis 25 ans) car ce ne sont pas les grandes firmes qui apporteront des solutions novatrices venant concurrencer leurs produits phares.

Il faut par ailleurs éviter de classer toutes les NPBT (new plant breeding technologies) dans la catégorie des OGM car cela nous fermera beaucoup de possibilités de trouver de nouvelles variétés résistantes aux bioagresseurs.

Enfin, la CR organise depuis 1999 un festival NLSD dédié à la conservation des sols. La prochaine édition aura lieu le 19 septembre 2018, au lycée agricole de Chauny (Aisne) et les membres de la mission parlementaire sont invités à y prendre part.

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