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Dans la chasse aux phytos, les agriculteurs sont la cible parfaite

Dans la chasse aux phytos, les agriculteurs sont la cible parfaite

Entre lobbies phytosanitaires, associations écologistes et l’État : ils n’ont aucun répit !

2e utilisateur

La France, premier pays européen en production agricole, est en volume le 2e utilisateur européen de produits phytosanitaires (65 000 t), après l’Espagne (69 000 t) et devant l’Italie (49 000 t). Le chiffre fluctue chaque année, en fonction des conditions climatiques.

9e consommateur

Il est vrai que l’agriculture française est en quelque sorte « victime » de sa propre biodiversité, avec une très large palette de productions, sur 28 millions d’ha de SAU. Mais il faut justement relativiser cette consommation en la ramenant à l’hectare : la France n’est alors que le 9ème consommateur en Europe !

HARO SUR LES PHYTOS !

Les « pesticides » comme ils sont souvent improprement appelés, sont dans le viseur : les lobbies écologistes sont à l’œuvre et les médias se font leur porte-parole.

Des reportages à sensation ravagent l’image de l’agriculture française et le public non averti n’est pas en mesure d’en détecter les nombreuses erreurs. Certes, l’utilisation des produits phytopharmaceutiques n’est pas sans risque (personne ne prétendra le contraire) mais le rouleau compresseur idéologique ignore tout de notre travail quotidien d’agriculteur.

Certains s’essayent à une estimation des coûts sanitaires et environnementaux engendrés par l’utilisation des produits, avec des montants mirobolants à la clé, mais personne n’ose chiffrer les avantages qu’ils procurent : préservation des rendements, de la santé humaine et animale (prévention des mycotoxines et suppression des adventices toxiques, etc.).

Depuis l’instauration du 1er plan Ecophyto en 2008, l’heure est à la réduction des volumes. En témoigne l’usage du NODU (nombre de doses unité) comme indicateur pour le 2ème plan Ecophyto. Or, il s’agit d’un indicateur purement quantitatif, ignorant que le produit peut être moins toxique et mieux utilisé pour réduire son impact.

Plutôt qu’une réduction du volume, la priorité devrait être une réduction du risque. Mais la France est allée bien trop loin par rapport au cadre posé par la directive européenne 2009/128 (utilisation des produits phyto compatible avec le développement durable) et a ainsi fait le mauvais choix.

Nos responsables politiques devraient pourtant comprendre que le volume utilisé dépend de la pression sanitaire et de la flore indésirable (variant chaque année selon le climat) ainsi que des progrès de la recherche d’alternatives aux produits. Les agriculteurs ne sont ni réticents vis-à-vis des alternatives, ni « addicts » aux produits comme le laisse entendre Greenpeace de façon si insultante. Leur objectif est de veiller au bon développement de leurs cultures face aux maladies, adventices et ravageurs. Lorsque des alternatives efficaces et bon marché seront disponibles, les agriculteurs ne manqueront pas de les adopter. La balle est dans le camp de la recherche !

APRÈS LES DÉCISIONS… L’IMPASSE !

Face au tollé qui s’élève contre les produits phytosanitaires depuis plusieurs mois, les filières fruits, légumes et grandes cultures sont sous pression. Diméthoate, glyphosate, nicotinoïdes… Qui sera le prochain sur la sellette ?

Néonicotinoïdes – Glyphosate : un pas en arrière pour les agriculteurs

Du côté des grandes cultures c’est encore le flou. Suivant les décisions qui seront prises à l’égard des Nicotinoïdes et du glyphosate, il y aura pour les agriculteurs, un « avant » et un « après ». Ces deux molécules ayant façonné les pratiques agricoles actuelles, leurs retraits ne se feront pas sans conséquence.
La récolte des céréales 2016 va nous rappeler que le contrôle des pucerons à l’automne n’est pas un luxe. Les températures particulièrement clémentes des derniers mois de 2015 ont favorisé la prolifération de ces insectes qui ont introduit des jaunisses nanisantes. Contrairement à ce qui est affirmé par quelques environnementalistes inconscients, les échelonnements des dates de semis ne suffisent pas à contrôler le développement de ces parasites. Sur les cultures d’orge, en l’absence des nicotinoïdes, deux traitements de pyréthrines seront au minimum indispensables à l’avenir. Sur les blés, il en sera très souvent de même. Les objectifs d’Ecophyto s’éloigneront, les abeilles seront-elles en meilleure santé ? Rendez-vous dans un an pour le constater.

Pour le glyphosate, les conséquences sont bien pires !

Cette molécule, utilisée depuis les années 80, a constitué dès son arrivée une révolution dans le contrôle des mauvaises herbes. Les premières années, son coût prohibitif l’a limitée aux adventices les plus nuisibles comme les chiendents pour lesquelles il n’existait pas de solution satisfaisante. Avec l’entrée du glyphosate dans le domaine public, Monsanto a dû lâcher sur les prix et le Round Up, ou plutôt sa déclinaison banalisée, est devenu un des herbicides bon marché. Bien plus efficace qu’un travail superficiel du sol, le glyphosate permet de se débarrasser économiquement et efficacement de tout couvert végétal. C’est pourquoi ce désherbant est devenu la base incontournable des techniques sans labour.

L’incompréhension du retrait de cette molécule vient du fait que le caractère potentiellement cancérogène de ce produit a été annoncé par une instance internationale alors qu’une autre instance européenne l’a démenti. Ce serait l’adjuvant du glyphosate qui aurait été mis en cause suivant certaines instances or, même si un sursis de 18 mois va peut-être lui être accordé, le retrait de ce produit commercial est à l’ordre du jour.

360 grammes de glyphosate sont-ils plus cancérigènes que les vapeurs des 20 litres de gazole utilisés pour un hectare de travail du sol ? Voici l’équation à laquelle devront répondre les législateurs… A moins que nos chers environnementalistes ne suggèrent que les agriculteurs n’en reviennent au travail du sol avec les chevaux ou les bœufs !

Cas du diméthoate : deux visions s’opposent

La fin du diméthoate a sonné courant février lorsque l’Anses* a décidé de retirer du marché tous les produits phytosanitaires à base de cette matière active, qui permettait notamment de lutter contre Drosophilia suzukii. Un véritable coup de massue pour de nombreuses espèces de fruits (cerise, pêche, raisin, tomate…) attaquées par cette petite mouche se reproduisant très rapidement et n’ayant aucun prédateur naturel connu en Europe.

*Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

Françoise Weber, directrice générale adjointe aux produits réglementés de l’Anses :

« Depuis le 1er juillet 2015, l’Anses s’est vue confier les autorisations de mise sur le marché (AMM) des produits phytopharmaceutiques, matières fertilisantes, supports de culture et adjuvants. Elle a aussi été chargée de la mise en place du dispositif de surveillance des effets de ces produits sur la santé humaine, la faune, la flore et l’environnement. Lors de l’évaluation des demandes d’AMM, une grande attention est apportée à la sécurité sanitaire des produits, tant pour les applicateurs que les consommateurs ou l’environnement. Dès lors que le risque est trop important, l’Anses ne peut délivrer ou maintenir l’AMM. Cela a été le cas des produits à base de diméthoate dernièrement. Nous n’ignorions pas les difficultés techniques créées par cette décision, mais au regard des données dont nous disposions, il n’était pas possible de faire courir des risques considérés comme inacceptables aux travailleurs, aux consommateurs et à l’environnement. »

Serge Desestret, producteur de cerises en Ardèche

« L’année dernière, le traitement au diméthoate me coûtait 50 €/ha pour une couverture efficace contre Drosophilia suzukii. Aujourd’hui, non seulement le protocole préconisé par mon fournisseur coûte 500 €/ha, mais en plus le résultat n’est pas assuré et ma faune auxiliaire sera totalement détruite. Les produits restant ne sont pas neutres pour notre environnement. Je ne comprends pas que l’on puisse supprimer un produit dangereux à 1 passage pour le remplacer par des produits un peu moins dangereux à 6 passages ! Est-ce vraiment plus sain ? Ce qui est certain, c’est que je ne vais pas appliquer ce protocole de remplacement. Je vais essayer de contenir le ravageur, et si cela se passe mal, j’arrêterai la production de cerises. »

CARTON ROUGE…

… aux associations écolos : nos faux sauveurs !

Où sont les associations environnementalistes lorsque les agriculteurs demandent aux autorités de renforcer la régulation et le contrôle des végétaux importés afin d’éviter l’introduction de ravageurs sur notre territoire ? L’utilisation des produits phyto ne serait pas aussi répandue si elles étaient aussi virulentes envers le manque de contrôles qu’elles ne le sont envers les agriculteurs. Alors, à qui la faute ? Les agriculteurs doivent protéger les cultures pour nourrir la population: ils n’ont pas le choix !

… aux commerciaux en phytos et leurs conseils à prendre avec des pincettes

Vendre les produits et prodiguer les conseils d’utilisation qui vont avec. Telle est la mission des technico-commerciaux qui vendent les produits phytosanitaires. Attention tout de même à ne pas oublier la seconde partie de leur intitulé : « commerciaux » !

Alors que la volonté de l’agriculteur est de réduire le coût de son traitement, tout en garantissant son efficacité, celui des distributeurs est de faire la meilleure marge commerciale. C’est pour quoi, aujourd’hui en France, les produits génériques offrant souvent un excellent rapport qualité-prix ne sont pas encouragés par les distributeurs. Le choix de la dose est le critère qui permet de réduire le coût du traitement mais entre la dose homologuée derrière laquelle peut se retrancher un commercial et la dose appliquée, il peut y avoir une très grande marge ! La démarche du conseil qui s’abrite vers la garantie de réussite prend en considération un dosage de confort qui ne va pas dans l’intérêt de l’agriculteur.

… à l’Etat et ses décisions qui manquent de cohérence

Le cas du diméthoate est une chose mais aujourd’hui bien d’autres produits interdits en France continuent d’être utilisés à l’étranger sans que l’importation des produits agricoles traités soit interdite. Une distorsion de concurrence de plus à laquelle doivent faire face les agriculteurs français…

… aux (fausses) bonnes idées dont on attend impatiemment les conséquences

Issu d’Ecophyto, le dispositif des Certificat d’Economie de phytosanitaires (CEPP) qui sera installé à partir de juillet 2016, imposera aux distributeurs de produits de mettre en place des actions auprès des agriculteurs dans le but de réduire la consommation de phytos. Les CEPP ne portent pas sur une obligation de résultat mais sur une obligation de moyens. Les distributeurs qui n’auraient pas conduit suffisamment d’actions, en vue de réduire de 20 % leurs ventes de produits, seraient taxés sur la base du chiffre d’affaires réalisé en trop. D’après le Ministère, l’agriculteur ne devrait pas être touché dans ce dispositif mais en réalité les distributeurs n’accepteront certainement pas une baisse de leurs revenus sans en répercuter le coût sur le prix de vente des produits. Qui devra alors payer l’addition ?

… aux conséquences de cette campagne de diabolisation

Depuis quelques mois, nous assistons à de nouvelles restrictions à l’épandage via la mise en place de divers arrêtés préfectoraux destinés à la fois à protéger les personnes vulnérables et à limiter les nuisances sonores. Des initiatives « personnelles » commencent également à voir le jour : il y a quelques semaines le maire de Saint-Jean (commune de Haute-Garonne) décidait ainsi de repousser les pesticides à 50 mètres des habitations. Une surenchère de dispositifs qui laisse une marge de manœuvre infime à l’agriculteur pour réaliser les traitements indispensables à la bonne santé de ses cultures.

Alors qu’aujourd’hui les agriculteurs endossent le rôle de coupables parfaits la Coordination Rurale rappelle qu’ils contribuent eux aussi à la recherche de produits alternatifs. En payant une redevance importante pour pollution diffuse sur leurs achats de produits phytos, les agriculteurs participent activement au financement du plan Ecophyto. Ainsi, ce sont près de 70 millions d’euros qui sont dégagés tous les ans pour les promoteurs du plan de restriction des phytosanitaires : une véritable manne pour la recherche !

A tort, on considère bien souvent que l’agriculteur a toute latitude quant aux quantités de produits phytosanitaires à utiliser. Cependant, d’autres facteurs que son bon vouloir entrent en jeu, en particulier les conditions climatiques. Non seulement ces dernières conditionnent fortement les attaques parasitaires, les maladies ou la présence de mauvaises herbes, mais en plus elles sont d’une importance majeure pour la réussite (ou l’échec) du traitement (température, écart jour/nuit, vent, humidité du sol, etc.).

Au-delà de la disponibilité des molécules, les conditions d’épandage sont de plus en plus restreintes. Pour la CR, il est temps de retrouver le chemin du bon sens. Si la France souhaite que son agriculture reste performante en qualité comme en quantité, il s’agit de revenir au réalisme en stoppant la surenchère réglementaire sur les produits. En outre, il est plus qu’urgent de réformer le système des autorisations de mise sur le marché en les réalisant à l’échelle européenne, afin de ne plus soumettre les agriculteurs français à une distorsion insupportable de concurrence, au sein même de l’Europe.