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Au pays du libéralisme : des producteurs laitiers en grande détresse

Au pays du libéralisme : des producteurs laitiers en grande détresse

La recherche de compétitivité pour sauver les producteurs de lait ne serait-elle pas un leurre ? La situation des producteurs américains peut nous le laisser croire…

Comme nous, ils souffrent en silence et cela malgré une diminution de leurs coûts de production déjà opérée, puisque ces derniers ont baissé de 13 % entre 2012 et 2017 s’établissant autour de 27 $/quintal, soit 220 €/1000 litres en 2015. L’an dernier, le prix moyen étant de 170 $/1000 litres (≈140 €), ils n’ont donc pu être couverts. Nos collègues américains aussi se retrouvent acculés à vivre de l’aumône que constituent les primes* à tel point que l’an passée, 73 % de leur revenu était composé d’aides ! Mais elle ne suffisent plus… Ceux à qui profite l’or blanc ne le trouveraient-ils toujours pas trop cher même si nous le leur donnions ?

La course effrénée à l’agrandissement n’y semble pas probante non plus, puisque les économies d’échelles réalisées ne garantissent pas un revenu digne aux producteurs ! Pour preuve, une étude du « United States Département of Agriculture » a démontré que même les grosses exploitations de 900 vaches perdaient environ 50 $/1000 litres (40 €) en 2016. En février dernier, un éleveur de 700 vaches laitières s’inquiétait face à un journaliste de « comment il allait joindre les deux bouts ? ». Par ailleurs, un producteur à la tête d’un troupeau de 230 vaches dans le Michigan a dû récemment se résigner à les vendre aux enchères. Son troupeau étant considéré comme trop petit selon les normes de l’industrie !

Aujourd’hui, les producteurs d’outre Atlantique s’avèrent aussi frustrés et désespérés que nous. Pour preuve, à l’instar de la France avec ses services Agri’écoute, Solidarité Paysans… les USA (coopérative laitière Agri-Mark, les États du Minnesota, du Vermont…) sont contraints de mettre en place des services d’écoute d’urgence. Selon un rapport de 2016 du Centre de contrôle et de prévention des maladies, les personnes travaillant dans l’agriculture, la pêche et la foresterie ont le taux de suicide le plus élevé de tous les secteurs économiques.

La surproduction laitière y est aussi avancée comme alibi des prix bas. Après une diminution en 2017, une augmentation de la production et des exportations y est pourtant encore prévue pour 2018. La productivité par vache augmente. Ces excédents affaiblissent les producteurs mais profitent forcément à quelques privilégiés de ce monde, sinon ils seraient endigués depuis longtemps !

Au pays des cow-boys, les exploitations disparaissent inexorablement… En 2017, le Wisconsin, par exemple, a perdu 500 fermes laitières et depuis début 2018, déjà 150 ! Le nombre de vaches laitières y a baissé de 20 % depuis 5 ans ! Comme en France, ces disparitions ont des incidences néfastes sur la ruralité, des communautés entières disparaissent.

Donc arrêtons d’écouter ceux qui veulent nous faire croire que les producteurs étrangers s’en sortent mieux que nous car ils sont plus compétitifs. Certes, d’un point de vue macroéconomique, ils le sont mais les bénéfices de cette compétitivité ne leur reviennent pas. D’ailleurs, n’avons-nous pas nous-même déjà expérimenté le fait que chaque euro économisé sur notre coût de production, au prix bien souvent de nombreux sacrifices (charge de travail supplémentaire, abandon de services extérieurs ou de nouvel investissement…), s’avère automatiquement capté par l’aval ? Depuis le temps que la crise dure, nous avons déjà exploité toutes les sources de gains potentiels ! Penser le contraire s’avère nous mépriser !

Pour mettre fin à ce désastre, l’OPL de la Coordination Rurale prône inlassablement depuis des années deux solutions efficaces : l’exception agriculturelle et une régulation intelligente de la production ! Seules ces deux outils permettront de rémunérer équitablement, dignement et durablement les producteurs laitiers.

 

Les producteurs de lait de la section laitière de la Coordination Rurale

 

Sources :

Prévisions prix 2018 USA :

https://www.ers.usda.gov/topics/animal-products/dairy/market-outlook/

Coûts de production USA :

https://www.ers.usda.gov/data-products/milk-cost-of-production-estimates/

https://www.ers.usda.gov/data-products/commodity-costs-and-returns/

https://translate.googleusercontent.com/translate_c?depth=1&hl=fr&prev=search&rurl=translate.google.fr&sl=en&sp=nmt4&u=https://www.ers.usda.gov/webdocs/DataFiles/47913/c-milk.xls%3Fv%3D43010&xid=17259,15700023,15700124,15700149,15700168,15700173,15700186,15700201&usg=ALkJrhj1pWMlo7qaNHqgbq_P05h9bYnBLg

 

 

 

* En ces jours de grève de la SNCF, par comparaison, notons tout de même que pour 1 € de chiffre d’affaires, l’agriculture française coûte à l’État 0.13€ quand la SNCF lui coûte 1.54 €. Et si le transport ferroviaire relève des services publics, l’alimentaire constitue tout autant un secteur stratégique !