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Agroforesterie

Agroforesterie

Un mode de production qui fait débat

Au sein de la profession, les avis sont partagés, entre l’enthousiasme des quelques pionniers et les interrogations des sceptiques, assez nombreux.
De son coté, la Coordination Rurale aborde tous les modes de production avec pragmatisme. Ouverte à toute innovation, elle a participé à l’élaboration du contrat territorial d’exploitation (CTE) « agroforesterie » et fait intervenir Christian Dupraz (Inra) lors son congrès de Montpellier, en 1999.

Quelle définition de l’agroforesterie ?

En dépit de son ancienneté, la complantation (pratiquée depuis l’Antiquité : cultures de céréales entre les lignes de vignes et d’oliviers) ou agroforesterie (néologisme issu de l’anglais apparu dans les années 1970) reste compliquée à définir et à typologiser. À partir de quel pourcentage de couvert arboré s’agit-il d’agroforesterie ?

Si la plantation d’arbres (producteurs de bois ou de fruits) associés à des cultures (productrices de graines ou support d’élevage) est le modèle le plus abouti, il est peu développé, du moins en métropole, et demande une expertise technique approfondie. Aujourd’hui, les préoccupations des agroforestiers sont plutôt orientées vers les haies, qu’elles soient associées aux cultures, ou situées en bordure de parcelle.

Encore trop peu de références fiables

Force est de constater que les références précises, notamment en matière de rendement, se font plus que rares, en dépit des 20-25 ans de recul. En France, il n’y a guère que l’expérimentation conduite par l’équipe de l’Inra menée par Christian Dupraz, sur le site de Restinclières dans l’Hérault, insistant sur l’apport de matière organique via la décomposition annuelle du feuillage et des racines des arbres, et concluant que le mélange noyers/cultures est 40 % plus productif que leur culture séparée (1). La compétition avec les cultures oblige les arbres (correctement orientés, taillés et espacés) à développer leurs systèmes racinaires plus profondément qu’en milieu forestier. De plus, les arbres jouent un rôle d’amortisseur climatique.

L’agroforesterie est plus développée dans les pays chauds, comme en Afrique de l’Ouest avec des cultures vivrières implantées sous des arbres de la famille des fabacées (fixant l’azote de l’air), ou dans l’Océan Indien, avec la valorisation de la vanille sous couvert forestier.

Contrairement à celle portant sur l’agroforesterie en milieu tropical, la bibliographie portant sur l’agroforesterie en milieu tempéré reste rare, notamment en grandes cultures. L’approche reste souvent empirique, les baisses de rendements étant estimées de façon totalement arbitraire jusqu’à 25 ans après la plantation.
Les études sur le bocage, les haies, sont en revanche beaucoup plus nombreuses mais il ne s’agit pas à proprement parler d’agroforesterie.

Quelle concurrence entre les cultures et les arbres associés ?

Comment peut-on éviter la prédominance hydrique des arbres et souvent leur apport de nuisibles, tels que les limaces, les rongeurs… ? Il est très facile de constater que les cultures d’un champ sont plus mal développées à proximité des arbres.

Il est indéniable que dans des terres superficielles et peu hydromorphes et en l’absence d’irrigation, les besoins en eau de l’arbre, additionnés à l’ombre portée, constituent une concurrence redoutable pour les cultures d’été mais aussi pour celles d’hiver en cas de printemps sec.

Quelle valorisation du bois ?

La valorisation du bois est également incertaine, dans la mesure où ce sont des orientations qui engagent les parcelles ainsi converties pour 30 à 50 ans, ce qui est très inquiétant lorsque les politiques agricoles et énergétiques ne cessent pas de varier à court terme (réformes successives de la PAC(2), politiques climatiques…).

Il faut également relever que les arbres se développent mieux en milieu forestier (moins de nœuds pour des bois d’œuvre). Il serait peut-être plus judicieux d’adopter une politique incitative pour une bonne exploitation des parcelles boisées et généralement très négligées.

Il y enfin le délicat problème de la relation propriétaire-fermier.

La CR prudente mais ouverte

Pour toutes ces raisons, la CR s’est montrée réservée face à la volonté de l’ancien ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, de développer 120 000 ha d’agroforesterie en promouvant des alignements d’arbres sur des terres cultivées. La prudence semble devoir s’imposer, avant de pousser un maximum d’agriculteurs dans cette voie.

Mais dans certaines régions, pour certaines cultures et dans des situations particulières, l’agroforesterie peut présenter un réel intérêt et la CR reste attentive aux évolutions et publications à venir dans ce domaine.

(1) http://www.ea.inra.fr/Toutes-les-actualites/agroforesterie-dupraz
Voir aussi les journées d’échanges du RMT Agroforesterie
https://www.rmt-agroforesteries.fr/fr/actualites/journee-r-d-pour-l-agroforesterie-croisons-nos-regards/

(2) Pour mémoire, avec un nombre d’arbres inférieur ou égal à 100 arbres par hectare, la parcelle reste éligible aux DPB. Les surfaces d’emprise des haies, bosquets et des arbres fruitiers sont également éligibles. Sous certaines conditions, les arbres peuvent être comptabilisés en SIE (paiement vert).

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