L'info régionale

Réseaux sociaux

Agneau néo-zélandais : halte à la concurrence déloyale !

crise ovine

Agneau néo-zélandais : halte à la concurrence déloyale !

La pandémie qui sévit actuellement à l’échelle mondiale touche l’ensemble des secteurs de l’économie française, dont l’agriculture et particulièrement l’élevage ovin. À quelques jours des fêtes de Pâques chrétienne, juive, orthodoxe ainsi que du début du Ramadan, que les éleveurs ovins préparent depuis de longs mois, les chiffres des ventes sont moroses et des milliers d’agneaux sont encore dans les bergeries. Les cotations des agneaux au stade entrée abattoir décrochent, du jamais vu à cette période. Rappelons que les deux mois autour de Pâques représentent 80 % des ventes annuelles des éleveurs ovins. Dans le même temps, alors que les éleveurs français éprouvent les plus grandes difficultés à écouler leur animaux, les grandes surfaces proposent sur leurs étals de nombreux gigots d’agneaux origine… Nouvelle-Zélande ! Cette situation, qui peut paraître paradoxale, n’est pas spécifique à l’année en cours mais s’inscrit dans une politique commerciale menée entre l’Europe et la Nouvelle Zélande depuis les années 80 et le scandale ayant fait suite à l’affaire du bateau Rainbow Warrior.

La facture du Rainbow Warrior

Dans le but de perturber les essais nucléaires français qui se déroulent au large de l’océan Pacifique, dans l’atoll de Moruroa, l’organisation de protection de l’environnement Green Peace met en place une expédition à bord du chalutier Rainbow Warrior. Le 10 juillet 1985 dans le port d’Auckland, en Nouvelle Zélande, deux bombes éventrent le chalutier et tuent le photographe de l’ONG Fernando Pereira. Cela mène vers un scandale politique à partir de l’automne 1985, quand l’implication de membres de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) et donc du gouvernement français est reconnue. Le rapport avec l ‘agneau néo-zélandais ? Dans le même temps, une guerre commerciale a lieu entre la France, qui se bat au sein de l’Europe pour limiter les importations de beurre et de moutons néo-zélandais suite à l’accord ovin de 1980, et le Royaume Uni qui souhaite importer de l’agneau congelé néo-zélandais détaxé dans le but de vendre sa viande fraîche sur le continent. Suite à ce scandale, de nombreuses indemnités sont versées à la Nouvelle Zélande mais aussi l’arrêt de la guerre commerciale qui fait partie de l’accord obtenu par le secrétaire général de l’ONU, annoncé le 7 juillet 1986. La France accepte donc de ne plus s’opposer aux accords entre la Nouvelle-Zélande et la CEE concernant l’importation en Europe de moutons néo-zélandais.

Une concurrence déloyale pour nos éleveurs

Les éleveurs français ont produits en 2018 près 82 400 tec (tonnes équivalent carcasse) de viande ovine, correspondant à environ 43 % de la consommation des français. Près de 92 000 tec ont donc été importés pour répondre à la demande, principalement du Royaume Uni, d’Irlande et de Nouvelle Zélande (rapport OFPM 2019). Sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne, ce sont quelques 228 000 tonnes de viande ovine qui sont importées de Nouvelle Zélande chaque année, et le marché européen est le premier débouché néo-zélandais.

Vendu dans le rayon frais aux côtés de l’agneau français, l’agneau néo-zélandais n’a de frais que l’aspect. En effet, la viande présentée en grande surface estampillée NZ provient d’un agneau abattu depuis plusieurs semaines et à plus de 18 000km… Mais ce miracle est à accorder aux méthodes de conservation longues durées utilisées, souvent la méthode « chilled » qui consiste à réfrigérer la viande sous atmosphère contrôlée, et permet ainsi de l’entreposer au rayon frais. Cependant, avec des coûts de transport et de conservation supplémentaires, l’agneau NZ devrait être inabordable par rapport à l’agneau français… et pourtant, son prix est en moyenne 1,5 à 2 fois inférieurs au prix français ! Cela s’explique par le fait que les éleveurs néo-zélandais réalisent d’importantes économiques d’échelle avec des troupeaux moyens de 3 000 animaux. De plus, la production rentière est celle de la laine, principalement de moutons de race Mérinos, qu’il valorisent à l’export vers le nord de l’Asie (Chine, Japon). Les agneaux néo-zélandais sont donc relayés au rang de coproduits, faiblement valorisés, contrairement au système de production français où l’agneau est la production rentière. Enfin, la non application de frais de douanes à l’entrée de l’Union européenne pour les denrées importées profite à ces produits, qui arrivent à être plus compétitifs que les produits locaux…

Sortons de cette posture caricaturale

La loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire ayant pour objectif une alimentation saine, sûre et durable pour tous promettait monts et merveilles pour les agriculteurs français. Définitivement adoptée en octobre 2018, ce sont malheureusement les effets d’annonces qui ont prévalus sur les actes. En effet, parmi les trois objectifs régit par la loi se trouve le renforcement de la qualité environnementale des produits. Cependant, cet objectif ne semble pas s’appliquer pour la filière ovine : comment un agneau qui a parcouru la moitié du globe peut-il considéré comme durable ? Certes l’élevage néo-zélandais, bénéficiant de conditions optimales pour une pousse continue de l’herbe, est fortement basé sur un système pastoral peut être considéré comme durable. Mais avec un acheminement de plus de 18 000 kilomètres alternant entre le transport aérien gourmand en kérosène et le transport maritime considéré comme l’un des plus polluants par ses émissions importantes de dioxyde d’azote, comment l’agneau néo-zélandais peut-il encore être importé une fois cette loi adoptée ? Cette posture est intenable pour les éleveurs français, à qui l’on demande de réaliser une montée en gamme et qui, comme chaque année à la veille de Pâques, voient arriver des milliers de tonnes de viande d’agneaux détaxés et vendus à des prix défiants toute concurrence. Les éleveurs ovins ont déjà payé très cher la facture du Rainbow Warrior, cela ne peut plus durer. L’État doit faire cesser ces importations et relocaliser la production dans un objectif vertueux pour l’environnement, pour les éleveurs et pour les consommateurs, comme il s’y était engagé lors des EGA !