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A tous les producteurs de grains qui veulent comprendre leur situation !

A tous les producteurs de grains qui veulent comprendre leur situation !

Rien ne va plus aujourd’hui dans nos trésoreries d’exploitation mais le mal est enraciné depuis 25 ans : dérégulation des marchés, mondialisation, production de matières premières à bas prix au nom de l’idéologie de la vocation exportatrice… Nous prendrons ici 3 exemples dans l’actualité récente pour vous montrer que nos filières et nos organisations syndicales historiques marchent sur la tête.

1 – Des marchés qui ne se régulent pas seuls

Nos grands-parents priaient pour avoir de belles récoltes. Nous prions pour avoir des prix sachant qu’une sécheresse en Russie ou aux États-Unis serait le meilleur moyen d’exaucer nos souhaits. Cette année, nous n’avons ni les volumes, ni les prix et ceux-ci risquent fort de ne pas se redresser car les autres régions du monde ont de belles moissons. Ici, une moisson catastrophique à cause de la pluie et de l’humidité aurait dû être compensée par une augmentation des prix mais ce n’est pas le cas. L’an dernier, avec une grosse récolte nous avons subi la baisse des prix car il n’y a plus aucun outil efficace en matière de gestion des marchés céréaliers. À ce sujet, amusez-vous à taper « régulation du marché des céréales » ou encore « fonds de solidarité céréaliers éleveurs » sur Google. Vous serez surpris par les articles trouvés, ils vont dans le même sens : réguler pour faire baisser les prix.

Au désastre technique, au désagrément de conduire une batteuse dans des cultures moches et versées, s’ajoute hélas le côté financier : c’en est trop !

Dans un article des Echos du 19 juillet intitulé : « Blé, la France fauchée », le journaliste Etienne Lefebvre conclut par : « Seule consolation : ils (les céréaliers) ont des stocks confortables après une belle moisson 2015 ». L’image des riches céréaliers ou de leurs anciens responsables à l’origine du triple « C », Céréales, Cannes, Courchevel, court toujours. C’est sans doute ce que le ministre de l’Agriculture, en bon idéologue, nous répondra quand nous demanderons de l’aide alors qu’à la rue de Varenne on sait déjà que 50 % des producteurs de grains ont un revenu négatif depuis 2 ans.

2 – Des erreurs de stratégie commerciale

Le 12 juillet, le Port de Rouen a communiqué sur le fait qu’il venait de réaliser la meilleure campagne d’exportation de son histoire avec 9,1 Mt de tonnes exportées tous grains confondus. Les trois premières destinations du Port (l’Algérie, le Maroc et la Chine, des pays hors UE) ont représenté un volume total de 6,8 Mt : Les expéditions vers l’Afrique de l’Ouest sont en progression de 44 % à 386 000 tonnes, quand celles sur l’Union européenne n’ont en revanche atteint que 113 000 tonnes.

Depuis l’élargissement de l’UE de 15 à 28, la France n’est plus au centre de l’Union mais excentrée à l’Ouest. Personne dans la filière n’a osé dire que cela a été très préjudiciable aux céréaliers français : nous avons perdu des marchés sur l’Europe et nous n’avons eu comme seule solution de repli que d’aller vendre plus loin sur les pays tiers à des prix bien évidemment inférieurs.

Pour nous endormir, on nous flatte en nous qualifiant d’exportateurs, mais comme le corbeau de la fable de La Fontaine nous avons laissé échapper notre fromage : il y a de vrais renards dans notre filière !

La France a vendu sur la campagne qui vient de se terminer 12,8 Mt de blé tendre sur les pays tiers contre seulement 7,7 Mt à nos partenaires européens. Alors que la France ne produit que 20 % du blé européen, elle réalise 40 % des exportations de l’Union vers les pays tiers. Inversement, les importations de grains dans l’UE progressent avec une origine ukrainienne qui explose. N’oublions pas également les 55 Mt de graines et tourteaux de soja importés du continent américain. Si ces mouvements dans les deux sens rapportent aux grands marchands de grains, les paysans français sont les grands perdants.

3 – Une absence d’identité géographique

Terres OléoPro a annoncé le 12 juillet dernier que l’usine Saipol du groupe Avril au Mériot dans l’Aube ne triture que du colza 100 % origine France dès cette récolte. En plus cette usine s’engage sur de bonnes pratiques agricoles, la protection de l’environnement et des ressources, ainsi que le social et le sociétal. Rien que ça ! On imagine que lors de l’évènement festif les représentants locaux du Front national et des Verts étaient les invités d’honneur ! Cette communication franchouillarde a sans doute pour objectif de faire oublier que le groupe Avril de Xavier Beulin, surfant sur la mondialisation, détient des usines un peu partout dans le monde qui travaillent et importent des matières grasses végétales, dont beaucoup d’huile de palme ! Nous aurions largement préféré la communication suivante : « les filières des grains et des viandes réunies au niveau européen s’engagent dans un partenariat entre des centaines d’entreprises basées dans tous les Etats (restants) de l’UE basé sur la préférence communautaire. L’objectif est de sauver l’élevage européen et de rééquilibrer nos productions végétales pour assurer à nos consommateurs une sécurité alimentaire qualitative et quantitative basée sur un approvisionnement 100 % européen ». Ceci devrait être la réalité, le marché commun est devenu un gros mot : on raisonne soit national, soit mondial. Comme dans un mariage, les infidélités ont détruit l’Union. Le Royaume-Uni a même choisi la séparation avec le Brexit. Les exportations françaises de céréales vers le Royaume-Uni ont déjà été divisées par 3 depuis l’an 2000 ; nous avons perdu 1 Mt avec ce partenaire. Cela risque de continuer à se dégrader puisque le libre-échange est la règle.

Comment s’en sortir ?

Si les incohérences de la PAC et des accords commerciaux ou encore les erreurs de nos responsables professionnels, démontrées dans ces 3 exemples sont flagrantes, l’urgence reste notre situation financière immédiate : comment allons-nous faire pour honorer les futures échéances et faire vivre nos familles ? Ce sera le chantier de la rentrée pour l’OPG. Nous rentrons dans une crise profonde telle que la connaissent les éleveurs depuis quelques années. Il faudra bien être indemnisés mais il faut surtout que cette politique agricole change très vite sinon la moitié des agriculteurs pourrait disparaitre d’ici 2 ans.

 

Nicolas JAQUET
Président de l’OPG