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Terres en jachère : voici quelques conseils avant de prendre votre décision

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Terres en jachère : voici quelques conseils avant de prendre votre décision

Etant donné le contexte économique catastrophique que nous subissons, certains d’entre vous ont envisagé de ne pas mettre leurs surfaces en production cette année, afin de ne pas engager de charges opérationnelles.

Voici quelques éléments pouvant vous aider à prendre votre décision.

1.  Les hectares en jachère sont admissibles

Les surfaces en jachères sont des hectares admissibles, au regard de l’article 32 du règlement européen 1307/2013 établissant les règles relatives aux paiements directs en faveur des agriculteurs au titre des régimes de soutien relevant de la politique agricole commune.
Cet article indique que toute surface agricole de l’exploitation est un hectare admissible. Les aides PAC sont donc perçues normalement, même si tous les hectares sont en jachère.

2.  L’exigence de diversification des cultures au titre du verdissement est respectée

L’article 44 (point a du paragraphe 3) du même règlement dispose qu’une exploitation comptant plus de 75 % de SAU en jachère est exonérée de la règle de la diversification des cultures si le reste de la SAU qui n’est pas en jachère n’excède pas 30 ha.

Une ferme de 125 ha peut donc avoir 95 ha en jachère et 30 ha d’autre chose, sans avoir à respecter la diversification. Pour une SAU plus grande, il suffit d’augmenter le taux de SAU en jachère pour que les surfaces résiduelles ne dépassent pas 30 ha.
A fortiori, une SAU en jachère à 100 % est exonérée.

Pour le respect au taux de SIE (surface d’intérêt écologique) de 5 %, la question ne se pose même pas, le coefficient de conversion d’un hectare de jachère étant de 1 (1 ha de jachère = 1 hectare de SIE).

3.  Attention à bien peser les conséquences financières de votre choix !

Prenons l’exemple de l’Eure-et-Loir (chiffres CER France, 2014) : avec 235 euros d’aides PAC par hectare et 951 euros de charges fixes, cela fait tout de même 716 euros de déficit par hectare, soit sur la ferme moyenne de 140 ha, un déficit de 100 240 € !

Même avec des charges fixes plus basses (en Indre-et-Loire, de l’ordre de 550 €, selon CECOFIAC/CR37), un travail extérieur du chef d’exploitation ne permettra pas de compenser la non-mise en culture.

Dans la plupart des cas, il faut mettre en place une politique d’économies des charges.

Revenons sur l’exemple de l’Eure-et-Loir : 1 522 € de charges totales, 951 € de structure et 571 € de charges directes aux cultures. Il y a des marges de manœuvre sur ce dernier poste.
En réduisant significativement la fumure de fond P et K (sans conséquence pour une seule année), en recourant aux semences de ferme, à une variété tolérante aux urées substituées et résistante aux maladies, en vérifiant ses achats d’intrants et en faisant appel aux produits génériques,  il est possible de diviser les charges opérationnelles par deux.

4.  Les jachères ont des obligations d’entretien

Un couvert autorisé doit être présent avant le 31 mai sur les terres arables en jachère :

  •  brome cathartique, brome sitchensis, cresson alénois, dactyle, fétuque des prés, fétuque élevée, fétuque ovine, fétuque rouge, fléole des prés, gesse commune, lotier corniculé, lupin blanc amer, mélilot, minette, moha, moutarde blanche, navette fourragère, pâturin commun, phacélie, radis fourrager, ray-grass anglais, ray-grass hybride, ray-grass italien, sainfoin, serradelle, trèfle d’Alexandrie, trèfle de Perse, trèfle incarnat, trèfle blanc, trèfle violet, trèfle hybride, trèfle souterrain, vesce commune, vesce velue, vesce de Cerdagne.

Le mélange de ces espèces, entre elles seules, est également autorisé.

Par ailleurs, les repousses de culture suffisamment couvrantes sont autorisées ce qui exclut les repousses de maïs, de tournesol, de betterave et de pomme de terre.
Les sols nus sont interdits. Dès lors, un sol nu doit être déclaré en SNE (surface non exploitée) et non pas en jachère.

Tout autre mélange relève du cahier des charges des contrats « jachère faune sauvage », « jachère fleurie », « jachère apicole ».

Certaines des espèces autorisées nécessitent les précautions d’emploi suivantes :

  • Brome cathartique : éviter montée à graines
  • Brome sitchensis : éviter montée à graines
  • Cresson alénois : cycle très court, éviter rotation des crucifères
  • Fétuque ovine : installation lente
  • Navette fourragère : éviter l’emploi dans des parcelles à proximité ou destinées à des productions de betteraves (multiplication des nématodes)
  • Pâturin commun : installation lente
  • Ray-grass italien : éviter montée à graines
  • Serradelle : sensible au froid, réservée sol sableux
  • Trèfle souterrain : sensible au froid, re-semis spontané important, à réserver aux sols acides à neutres.

Le couvert doit être présent au moins 6 mois. Aucune destruction de la couverture végétale n’est autorisée avant le 1er septembre. Les dérogations données par arrêté préfectoral pour détruire prématurément les jachères ne sont plus possibles. Celles qui existaient antérieurement sont supprimées.
Il ne peut être procédé au broyage ou au fauchage des parcelles en jachère pendant une période de 40 jours consécutifs comprise entre le 1er mai et le 15 juillet. Cette période est fixée par arrêté préfectoral départemental.

Les jachères ne doivent faire l’objet d’aucune utilisation ni valorisation (ni fauche pour mobilisation de la ressource, ni pâture).
Sont également interdits :

  • l’entreposage de matériel agricole ou d’irrigation ;
  • l’entreposage des effluents d’élevage, des amendements minéraux ou organiques, de terre, des boues issues d’installations de traitement des eaux usées domestiques, urbaines ou industrielles ;
  • le stockage des produits ou des sous-produits de récolte, notamment la paille.

Toutes les prescriptions relatives aux intrants (fertilisation, phytosanitaires) sont celles prévues par la conditionnalité de manière générale. Néanmoins, l’utilisation des produits phytosanitaires sur les jachères est à éviter (application localisée possible pour lutter contre la prolifération des rumex et des chardons) et la fertilisation à limiter.

5.  Quel avenir pour les grandes cultures ?

La récolte 2016 rentrera dans les annales pour ses mauvais résultats. Elle fait suite à des campagnes qui n’étaient pas bonnes mais qui nous permettaient de « tenir » nos exploitations. Cette fois, c’est un gros coup au moral qui affecte les agriculteurs car jamais, ils n’avaient pensé voir de si bas rendements et de si piètres qualités.

Pour autant, devons-nous fuir la profession ?

A l’OPG, (contrairement aux propos tenus par certains dirigeants de la FNSEA) nous ne le pensons pas.

Une ferme est une entreprise, on ne l’arrête pas du jour au lendemain sans une réflexion préalable, sur une déception, aussi grande soit-elle.

Après 2012 et les sirènes de certains prévisionnistes, nous avons pu penser que les prix des céréales seraient durablement hauts. Nous constatons aujourd’hui qu’il n’en est rien. Nos prix mondiaux répondent à des signaux qui nous échappent totalement avec une volatilité désespérante.

Les aides européennes sont appelées à baisser.

Notre métier est passionnant, noble, nous le maîtrisons avec un professionnalisme que nul ne peut nous reprocher. Notre revenu n’est pas à la hauteur des engagements humains et financiers et des compétences que nous devons mettre en œuvre.

Autour de notre activité, gravitent un certain nombre d’organisations commerciales (banques, assurances, coopératives, négociants,etc.). C’est avec elles que nous devons négocier des économies pour assurer notre avenir.

L’heure n’est pas aux investissements, elle est à la chasse aux économies et sur tous les postes.

Les jours (les années) se suivent et ne se ressemblent pas. Espérons que cet adage se vérifiera.