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20 ans à la tête de la CR44 – le rapport moral de Catherine Laillé

C. Laillé

20 ans à la tête de la CR44 – le rapport moral de Catherine Laillé

Durant l’AG de la CR44 qui a eu lieu le 06 mars 2020 à Héric Catherine Laillé, qui est aussi responsable de la Section Agricultrices a annoncé laisser la présidence du département, dans son rapport moral elle revient sur son parcours et sur son choix de s’investir pour défendre les agriculteurs au sein de la CR.

20 ans déjà !

C’est aujourd’hui ma dernière assemblée générale en tant que présidente de la Coordination Rurale 44 puisque je souhaite passer la main à quelqu’un de plus jeune avant la fin de l’année.

Je suis arrivée à la CR à cause ou grâce au blocus de Paris en 1992 au temps où les hommes et les femmes de la terre étaient encore nombreux à se soulever pour s’opposer à une nouvelle politique agricole commune dangereuse. Cette PAC 92 signait la baisse des prix agricoles et le début des aides compensatoires.

Ayant laissé mon métier de secrétaire pour élever mes 3 filles tout en travaillant de plus en plus à la ferme, je ne pouvais laisser faire sans réagir. Je me disais que je n’avais pas changé de métier pour m’entendre dire que je n’allais pas gagner ma vie en devenant agricultrice.

La naissance de la Coordination Rurale et ce blocus de Paris ont été pour moi la raison de mon engagement syndical. Je me suis alors retrouvée secrétaire générale de la CR44, élue à la chambre d’agriculture 44 en 1995, puis à la chambre régionale, responsable de l’Onep (section porcs de la CR), secrétaire générale nationale quelque temps puis en charge de la section « Agricultrices » créée en 2017.

Cela m’a valu le privilège d’aller au palais de l’Élysée. Quand même, prendre un petit café dans les salons dorés pour les vœux du président de la République, ça n’arrive qu’une fois dans sa vie… puis à Matignon, au Sénat, à l’Assemblée Nationale aussi.

J’ai rencontré aussi quelques ministres de l’agriculture, certes très abordables mais beaucoup trop éloignés de nos inquiétudes, de nos manques de revenu, de nos misérables retraites, etc…

Face à ces beaux bureaux parisiens, je suis vite redescendue les pieds sur terre !

Malgré tout, je peux dire que je ne regrette aucun des combats menés pour défendre le métier partout où c’est possible, même s’il m’a fallu affronter quelques gros orages.

La force et la résistance, je les ai d’abord puisées dans ma vie personnelle depuis mon jeune âge à la ferme de mes parents, puis dans la rencontre et le soutien de nombreux collègues d’ici et aussi de régions plus éloignées. Au fil du temps, certains sont devenus de véritables amis comme Yves Gigon de la Mayenne avec qui je combats depuis la première heure. Nous en avons fait des kilomètres ensemble et il est là aujourd’hui encore comme chaque année à nos AG. Merci à toi Yves ! Que de souvenirs nous aurons à raconter !

Pour autant dans notre métier certains sont en difficulté, se sentent isolés, fatigués, débordés de travail. Je veux leurs dire que sortir et se raccrocher à un réseau peut-être salutaire face à tout ce que nous subissons comme injustice par manque de reconnaissance et par les attaques de plus en plus fortes de la part de certains illuminés de la société. Pour ne pas les nommer, je parlerai des « végans »  ceux-là me foutent carrément en boule. Ils veulent nous faire avaler des steaks de laboratoire ou du fromage végétal. Mais de quel droit s’acharnent-ils à vouloir changer la nature de l’homme ? Et d’ailleurs si nos ancêtres n’avaient pas chassés et pêchés pour se nourrir nous ne serions pas de ce monde à nous demander si manger de la viande ou boire du lait est bon ou pas pour notre santé.

On ne va quand même pas se laisser bouffer par des voyous qui s’introduisent illicitement dans nos fermes!

Je me dis que la terre ne doit pas tourner rond pour tout le monde.

Enfin tout ça pour dire que le combat est loin d’être terminé. Je pense que nous sommes véritablement à la croisée des chemins dans un monde en perpétuel mouvement ou tout va vite. Quelque soit la génération à laquelle nous appartenons, nous voulons juste vivre de notre métier. Bien sûr qu’il faut avancer avec son temps mais sans jamais oublier d’où l’on vient.

« Les fermes font parties de notre patrimoine, de notre culture et de notre gastronomie. Nos enfants qui y grandissent sont heureux. Nous, agriculteurs et agricultrices avons besoin d’avoir des voisins avec qui discuter. Nous faisons vivre les villages et les communes rurales. Nous nourrissons chaque jour nos concitoyens. Et puis nous voulons être libres et ça, ça n’a pas de prix !

Alors voilà, aujourd’hui j’en appelle aux plus jeunes pour reprendre le flambeau des combats.
Je laisse ma place de présidente avec beaucoup d’émotion mais sans inquiétude parce que notre équipe est solide et solidaire.

Il me reste à vous remercier très sincèrement toutes et tous, adhérents, sympathisants de chez nous et collègues des Pays de la Loire. Je remercie aussi les élus du territoire, du département et de la région avec qui nous travaillons en partenariat pour le bien de tous.

Et le dernier merci, je l’adresse très particulièrement à Régis qui est arrivé à la CR44 en 1996, un bail déjà. Régis est notre premier militant, solide et rigoureux dans les dossiers. Il aime le contact sur le terrain et il a du cœur. Merci Régis pour tout ce que tu nous apportes. Tu fais vivre et évoluer la CR !

Vive la CR 44, encore merci à vous tous et place à la convivialité pour terminer cette belle assemblée.

Catherine Laillé