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La guerre des semences fermièreslundi 8 janvier 2007L’objectif de « la guerre des semences fermières » est clair : il s’agit d’abord de déposséder les paysans de leur droit ancestral, de supprimer les semences fermières. Après, il n’y a plus q’un pas pour posséder « l’arme alimentaire ». Les moyens mis en œuvre sont à la fois : - biologiques (« hybrides », transgénèse) - législatifs (interdire de ressemer les récoltes par la loi, par des brevets, par l’obligation d’acheter des « semences certifiées » pour toucher la prime ou par des taxes sur les semences fermières) - commerciaux (refus de vendre aux agriculteurs des produits chimiques pour traiter leurs semences, intégration dans les filières où sous prétexte de traçabilité, on oblige les cultivateurs à utiliser des « semences certifiées ») Cela fait beaucoup pour les paysans pris dans un étau qui se resserre sans cesse et les oblige à combattre sur de nombreux « fronts ». Nous ne reviendrons pas sur les « hybrides » qui réussirent le hold up parfait puisque les agriculteurs se firent déposséder sans même sans rendre compte avec l’assentiment de tous les scientifiques. Il n’y eut donc pas de combat. Aujourd’hui le tournesol est lui aussi devenu « hybride » et procure aux semenciers des bénéfices supérieurs à ceux du maïs. En témoigne la fortune du PDG de Cargill France qui possède une galerie d’art et plusieurs châteaux dans le Bordelais… Fort heureusement pour les paysans, le blé résiste aux tentatives d’hybridation et la moitié des ensemencements en céréales à paille se font encore avec des semences fermières. Chronologiquement le début des hostilités se situe en 1961. Nous avons vu qu’au début des années 30 les semenciers inquiets d’être copiés ou dépossédés par des concurrents avaient mis en place un système de protection. Puis progressivement l’on contrôla la qualité des semences produites qui durent obtenir un « certificat d’obtention » pour pouvoir être commercialisées (d’où le nom de « semences certifiées » par opposition aux semences fermières). Après la guerre de 40, avec l’explosion des techniques, la production de semences prit un caractère nettement industriel. L’idée de profit devint prédominante. L’UPOV Vers la fin des années 50 les semenciers voulurent contrôler davantage les semences et protéger leurs découvertes. En 1961 fut signée à Paris la convention de l’UPOV (Union pour la Protection des Obtentions Végétales).qui n’interdisait pas les semences fermières mais réduisait le droit ancestral de l’agriculteur à une dérogation du droit de l’obtenteur ! Cette convention signée par les 6 pays fondateurs de l’UE fut ensuite ratifiée en 1970 et transposée dans la loi française. Les semenciers exercèrent alors des pressions contre les trieurs à façon. Les trieurs à façon La pratique du triage à façon concerne environ 40 % des semences de céréales. Elle permet aux agriculteurs, qui n’ont pas les moyens d’acheter un matériel spécial, de faire trier (nettoyer et calibrer) leurs semences fermières par des entrepreneurs spécialisés. En 1987 les obtenteurs attaquèrent les trieurs à façon devant les tribunaux et obtinrent une condamnation pour contre façon. Cette jurisprudence leur permit le 4 Juillet 1989 de signer avec les Pouvoir Publics un accord interdisant le triage à façon. La CNDSF (Coordination nationale pour la défense des semences fermières) : Cette décision qui privait de leur travail beaucoup de petites entreprises et nuisait aux semences fermières suscita une vive réaction des Trieurs à façon et des syndicats agricoles autres que la FNSEA qui fondèrent en commun la CNDSF. Cette Coordination lutte depuis dix ans pour la défense du droit ancestral des agriculteurs. L’évolution des coopératives agricoles Les coopératives agricoles qui ne cessent de grossir investirent elles aussi beaucoup dans la production de semences. Insensiblement leurs intérêts devinrent contraires à ceux de leurs adhérents qui maintenant ne les contrôlent plus. Pire encore : les présidents de ces grosses coopératives étant généralement des leaders du syndicat monopoliste : la FNSEA, ce syndicat privilégia l’intérêt des coopératives aux dépends de celui des agriculteurs. C’est la raison pour laquelle la FNSEA et ses satellites AGPB, AGPM et Fop etc… ont pris nettement position en faveur des semenciers. Les taxes sur les semences fermières C’est ainsi que tout cet « appareil professionnel agricole » donna son accord aux obtenteurs français qui par l’intermédiaire de leur association (la SICASOV) réclamaient à l’Etat la fixation d’une redevance sur chaque quintal de semence fermière utilisée sous le prétexte de « financer leur recherche très profitable à l’ensemble des agriculteurs ». Le projet de loi n°145 présenté au Sénat en décembre 96 fait état d’un consensus entre SICASOV, GNIS, AGPB, FFCAT (fédération des coopératives) et FNSEA.
Il est évident que plus la taxe sera élevée plus les paysans seront incités à abandonner leurs semences fermières pour acheter des semences certifiées. Les plantes transgéniques et les brevets sur le vivant Je ne m’étendrai pas sur les risques d’allergie ou de pollution irréversible de la nature ou de création de nouveaux éléments pathogènes ce n’est pas le sujet ici traité.
Dès 1996, nous avons alerté l’opinion publique contre les semences transgéniques et invité J.M Pelt et M.J Nicoli au congrès de la Coordination Rurale en décembre à Melun, au cours duquel nous avons demandé un moratoire au nom du « Principe de Précaution » et la création d’un comité d’éthique, car nous sommes hélas bien obligés de constater que les moyens mis en œuvre par l’industrie agrochimique sont considérables et que les experts aussi bien que les Pouvoirs Publics ont bien du mal à résister à leurs arguments. (cf les milliards de dollars investis par Monsanto). Terminator La preuve qu’ils ne reculent devant rien c’est Terminator. L’arme absolue ! Les « hybrides » font figure « d’enfants de chœur » ! Plus question de ressemer même si c’est défendu... La mort est programmée les grains récoltés ne germeront plus ! Monsanto a dépensé 4 milliards de dollars pour acheter à « Delta and Pine Land » le pouvoir de stériliser les plantes, le droit de tuer la vie ! ! ! Le refus de vente des produits de traitement des semences aux agriculteurs Cependant couverts par le fracas du combat des OGM, les prédateurs, agissant dans l’ombre, poursuivent la lutte contre les semences fermières, et la CNDSF doit continuer à faire face à des attaques de plus en plus rapprochées. La SICASOV revendique toujours ses taxes et écrit à tous les céréaliers pour les engager à payer. La qualification des récoltes dans les filières Malheureusement le combat sera plus difficile à gagner contre les trahisons de notre propre profession qui ne jure plus que par « les filières » (c’est à dire tout le processus de fabrication d’un produit depuis la culture jusqu’à la vente) elle veut y intégrer les agriculteurs qui, pour les besoins impératifs de la « traçabilité » devront « utiliser des semences certifiées base d’une qualification fiable des récoltes » c’est ainsi que se termine l’accord que la FNSEA et les coopératives ont passé avec la SICASOV le 23/08/99. Accord qui reconnaît également la légitimité d’une taxe sur les semences au nom d’une « obligation légale du financement de la recherche » !… Résultat : le paysan est perdant ! Le cultivateur perd 167,50 F par hectare. « La filière » justifie son nom : elle le rendra mince comme un fil.
Et ce n’est pas tout : « la meilleure » ? L’obligation d’acheter des semences certifiées pour toucher la prime PAC. C’est ce qu’il faudrait arriver à faire comprendre à la Commission de Bruxelles et au Ministère de l’agriculture français qui viennent de nous poignarder dans le dos.
Invoquant justement cette nécessité au nom de l’intérêt public (les mauvais coups se font toujours au nom de l’intérêt public) d’utiliser des semences certifiées pour obtenir des récoltes de qualité, l’on a rendu obligatoire de semer des semences certifiées de blé dur pour toucher la prime PAC. Le plus ignoble c’est que simultanément dans cette affaire du blé dur, l’on apprenait la sortie d’un règlement européen repris par la loi française autorisant l’utilisation de blé tendre ou de mélange blé dur - blé tendre pour faire des nouilles ! ! ! Une fois de plus la CNDFSF est seule à lutter et nous avons attaqué en conseil d’Etat l’arrêté ministériel qui lie l’octroi des primes à l’utilisation de semences certifiées. Le blé dur bio va devenir impossible à cultiver puisqu’il n’a pas de semence certifiée. Si par malheur nous perdons le procès en cours, les Pouvoirs Publics auront la possibilité de supprimer le droit ancestral des paysans. Il faudra alors avoir recours aux « droits de l’homme ». Les raisons d’espérer Les semences fermières défendues par la CNDSF sont le dernier bastion de la résistance contre l’accaparement du vivant par les transnationales qui transformeraient les agriculteurs en esclaves et les consommateurs en cobayes. Qui tient les semences peut posséder « l’arme alimentaire » et donc le Monde. Jacques LAIGNEAU Dans la même rubrique La CNDSF Un Droit ancestral des paysans Le maïs hybride La guerre des semences fermières Dossier complet |