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PAC post-2020 : la Commission frappée d’amnésie !

PAC post-2020 : la Commission frappée d’amnésie !

Bernard Lannes, président de la Coordination Rurale, voit dans la récente communication de la Commission européenne, une nouvelle étape dans le déclin de la politique agricole commune. A moins de recentrer la PAC sur ses fondamentaux, les agriculteurs en sortiront perdants.

La Commission envisage de continuer les paiements directs découplés. Est-ce une bonne nouvelle ?

B. Lannes : non car on voit depuis 1992 que le soutien au revenu est un échec cuisant ! Mieux vaudrait soutenir les prix et réguler les volumes, comme notre syndicat le demande. Ce serait bien plus efficace puisqu’on traiterait le problème à la source. La CR n’est d’ailleurs pas la seule organisation à le proposer. Il faut lire à ce sujet le livre blanc du think-tank Momagri.

La Commission veut laisser beaucoup plus de subsidiarité aux Etats membres. Qu’en pensez-vous ?

B. Lannes : la renationalisation partielle de la PAC, avec davantage de subsidiarité, est une boîte de Pandore ouverte à de nouvelles distorsions de concurrence intra-européennes. La Commission a beau vouloir se poser en arbitre, je crains que cela ne suffise pas à refréner les ardeurs de certains Etats membres, qu’elles soient environnementalistes (France) ou productivistes (Europe du Nord, Europe de l’Est) ?

Cette feuille de route contient-elle d’autres orientations nouvelles?

B. Lannes : non, aucune nouveauté pertinente dans ce nouveau cadre stratégique pour la PAC. Les deux piliers sont toujours là, le verdissement et les MAE aussi.

On y parle de stratégie mais il n’y en a absolument aucune, si ce n’est prolonger l’actuelle PAC que nous savons tous mortifère pour nos entreprises agricoles. Le mot « stratégie » lui-même est vidé de sa substance par une injonction à chaque état-membre de définir chacun la sienne, totalement à l’opposé d’une politique commune.  Ce n’est rien d’autre qu’une politique décliniste.

La Commission compte-t-elle s’attaquer au problème de la volatilité ?

B. Lannes : elle constate les méfaits de la « volatilité » (évoquée plusieurs fois) mais ne propose rien pour la juguler, mis à part les systèmes assurantiels. Avec condescendance, elle estime que les agriculteurs n’ont pas su s’en saisir, par ignorance. Cette gestion privatisée des risques lui permettra à terme de réduire les soutiens, donc le budget agricole.

L’opinion publique réclame plus d’équité entre petites, moyennes et grandes exploitations. Comment cela se traduira-t-il ?

B. Lannes : si les paiements directs à l’exploitant sont plafonnés, voire rendus dégressifs, et qu’en parallèle il faut s’habituer à vendre du blé à 140 €/t comme le plan de filière d’Intercéréales le propose, les céréaliers ont bien du souci à se faire. D’autant que la France ne se privera sûrement pas d’opérer de nouveaux transferts du 1er vers le 2nd pilier ! La PAC, ce sera de plus en plus « tous égaux dans la misère ».  On déshabille Paul pour habiller Jacques mais au final, tous les deux finiront en caleçon !

Je suis également inquiet de lire que les soutiens cibleront les vrais agriculteurs. Qui sont les vrais agriculteurs ? Pour la Commission, il s’agit de ceux qui « exploitent activement leurs terres pour gagner leur vie »… ou pour la perdre pourrions-nous ajouter ! Quel sera le sort des pluriactifs ? En 2012, la MSA en dénombrait 70 000, soit 14% des agriculteurs. De nos jours, un tiers des installations se font en pluriactivité, et demain peut-être encore davantage.

A ce sujet, le renouvellement des générations est-il considéré comme prioritaire ?

B. Lannes : la Commission botte en touche vers les Etats membres, mieux placés pour activer des leviers fonciers, fiscaux et financiers. Ce sont certes des mesures d’accompagnement nécessaires à l’installation. Mais le cœur du problème, c’est l’environnement économique ! La Commission fait mine de ne pas vouloir le comprendre !

Il y a aussi le problème de la compétitivité. Mais comment financer tous les investissements nécessaires ?

B. Lannes : la Commission souligne à juste titre qu’il est illusoire d’attendre des agriculteurs qu’ils consentent à tous les efforts d’investissements sans aide extérieure. Mais cela se ferait tout seul si les prix étaient rémunérateurs. D’ailleurs, comment rembourser tous les prêts si la conjoncture reste mauvaise faute de prix ?

Bruxelles se soucie-t-elle de la vitalité des zones rurales ?

B. Lannes : de « nouvelles chaines de valeur » basées sur la bioéconomie, l’énergie, l’écotourisme nous sont proposées mais ne sont-elles pas des rustines illusoires si l’acte de production de nourriture ne rapporte plus rien ? Mon cœur de métier, c’est agriculteur, pas jardinier du paysage ou énergiculteur !

Qu’auriez-vous envie de répondre au Commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, suite à cette communication ?

B. Lannes : la Commission doit retrouver la mémoire ! En qualité de gardienne des traités européens, elle doit s’astreindre à respecter scrupuleusement les objectifs assignés à la PAC par l’article 39 du traité sur le fonctionnement de l’Union (TFUE), à savoir « assurer ainsi un niveau de vie équitable à la population agricole, notamment par le relèvement du revenu individuel de ceux qui travaillent dans l’agriculture, stabiliser les marchés, garantir la sécurité des approvisionnements…».

Le cadre stratégique de la PAC 2020 doit être entièrement rebâti sur ces objectifs. Il en va de la survie, à moyen-long terme, de l’agriculture européenne.

La balle est aussi dans le camp du gouvernement, qui va devoir s’évertuer à trouver la meilleure synergie possible entre les États généraux de l’alimentation (qui prennent en compte les coûts de production) et cette future PAC.



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