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Lettre ouverte où j’accuse

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Lettre ouverte où j’accuse

Monsieur Hollande, président de la République,
Monsieur Cazeneuve, premier Ministre,
Monsieur Le Foll, ministre de l’Agriculture,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Vous, nos responsables,

Au regard de l’accélération du nombre de suicides de collègues agriculteurs ces derniers jours, je ne peux me résigner à vous faire part de mon effroi et de ma révolte. En tant que maman moi-même, je suis indignée que des enfants français puissent être privés de leur papa ou maman à cause de coupables cupides, agissant impunément pour le portefeuille qu’ils ont en guise de cœur !
La liste des victimes, mortes dans le silence, sous les feux d’un système impitoyable, ne peut s’avérer exhaustive tant elle est longue !
En voilà toutefois un bref aperçu :
– Céline, 47 ans, deux enfants ayant toujours besoin de leur maman et ayant espéré, jusqu’à jeudi dernier, encore passer de nombreux bons moments avec elle… Malheureusement, elle a décidé de nous quitter dans sa salle de traite dans le Grand Ouest de la France ! Elle était bien placée pour en savoir beaucoup… certainement trop !
– X., 52 ans, elle aussi maman, a opté pour la même solution radicale quelques jours avant dans l’Est.
– X., 38 ans, est aussi passé à l’acte, quittant ses enfants âgés de 3 et 8 ans.
– X, 51 ans avec 120 vaches ou encore X… avec plus d’un million de litres de droits à produire…
Cette succession infernale de suicides parmi les nôtres s’avère choquante et fait PEUR !  Elle aurait pourtant pu être évitée si les coupables avaient été empêchés de nuire ! Car oui, des coupables existent ! De quoi sont-ils coupables ?
Coupables de nous encourager à produire toujours plus pour gagner toujours moins !
Coupables de tout vouloir pour rien en nous poussant à une situation d’asservissement, tentant de nous voler jusqu’à notre dignité !
Coupables d’abandonner notre système conventionnel en ne nous soutenant plus financièrement et humainement et cela après nous avoir pourtant poussés à l’endettement en nous incitant à croire au mirage d’un avenir radieux !
Coupables de prôner un système alternatif, bio ou raisonné, sans nous en donner les moyens !
Coupables d’avoir profité des années fastes de l’agriculture, pour investir, aux dépends des producteurs, dans des secteurs porteurs (immobilier, vignobles…) avec la signature d’administrateurs, élus ou cooptés, et cela tellement discrètement que jusqu’à présent, beaucoup avaient encore peine à y croire… Mais aujourd’hui, le mensonge s’avère tellement grossier, que la naïveté des agriculteurs envers ces signataires est terminée !
Coupables de nous acheter notre cheptel (et à quel prix ?!) pour nous le laisser…  mais en location… Le loyer : leur produire de nouvelles jeunes bêtes prêtes à être louées à leur tour ! 2 pour 10 louées !
Coupables du fonctionnement non coopératif des filiales privées des coops !
Coupables d’avoir établi des herdbooks, à partir des données de nos animaux, en nous faisant repayer la génétique et ses améliorations, notre génétique !
Coupables de nous proposer des avances de trésorerie pour continuer à financer nos approvisionnements et surtout pour ne pas chuter avec nous ! Avances rendues possibles grâce à la valeur ajoutée non redistribuée équitablement en rémunération de nos productions !
Coupables de supprimer des découverts et de restructurer des prêts pour consolider leurs propres garanties.
Coupables de nous exclure d’assurances en nous qualifiant de catégorie à risques.
Coupables de se qualifier   « Mutualité sociale » et « solidaire » tout en tolérant qu’un agriculteur sur deux gagne moins de 350 € mensuel, tout en versant moins de 5 % de son budget pour les aides aux familles et au logement ou tout en prélevant des niveaux de cotisations élevés sur des revenus, parfois déconnectés des trésoreries, car basés en partie sur nos stocks ! .
Coupables de s’acharner, tels des rapaces, quand un des nôtres se trouve en liquidation. Aucun répit et aucune tolérance ne lui sont accordés bien qu’il ne soit pas responsable de la situation inextricable dans laquelle les coupables l’ont acculé habilement !
Coupables de ne pas laisser assez de place aux syndicats minoritaires en octroyant les pleins pouvoirs au syndicat majoritaire qui dirige la presque totalité des instances agricoles françaises (chambres d’agricultures, presse agricole, interprofessions jusqu’à il y a peu…) et européennes (Copa-Cogeca…), et cela sans alternance depuis des décennies ! A part dans les dictatures, existe-t-il un autre système où le même parti demeure au pouvoir malgré les crises et les déçus ?
Coupables d’avoir privilégié le développement des emplois dans le para-agricole sans se préoccuper du producteur qui fournit, à lui seul, un travail équivalent à 2 ou 3 salariés.
Coupables de laisser la matière première agricole étrangère, de qualité parfois incertaine, inonder toujours davantage nos outils industriels français !
Coupables de céder nos technologies à des industriels étrangers, notamment Chinois.
Coupables de nous qualifier, avec condescendance, d’assistés. Nous travaillons pourtant dur pour, entre autres, alimenter chaque année notre propre réserve de crise d’environ 400 millions d’€, somme qui ne nous revient même pas en cas de besoin puisqu’elle n’est pas reportable d’une année à l’autre ! Ces sommes ne sont certainement pas perdues pour tout le monde !
Coupables d’annoncer unilatéralement des plans de centaines de millions d’euros sans parler des super-prélèvements ou pénalités laitières appliquées aux États membres qui dépassaient leurs quotas ! Plus de 900 millions d’€ sur la dernière campagne avec quotas (2014-2015), partis dans quelle caisse ?
Coupables de ne pas rapprocher l’agriculture de la santé ou de la défense. Ce sont les secteurs qui assurent pourtant la sécurité tant alimentaire que civile dans notre pays !

Cette situation s’apparente à du vol organisé ! Les arbitres, dont vous faites partie, sont-ils naïfs ou cautionnent-ils cette spoliation ? Vous êtes à même d’en juger ! Aujourd’hui, votre responsabilité de politiques ne se cantonne donc plus à sauver l’agriculture française mais bien à sauver des centaines de vies ! En une année, nous avons perdu plus de collègues agriculteurs que de compatriotes pendant les attentats. Nous défendre est, certes, moins médiatique et moins porteur électoralement ! Mais notre vie ne vaut-elle rien à vos yeux ? Êtes-vous des « responsables » irresponsables et sans cœur ?  « Quand on veut, on peut » dit l’adage. Vous avez le pouvoir ! Alors ayez la volonté d’agir urgemment en toute conscience et en vous affranchissant des liens qui vous unissent aux coupables si nécessaire ! Des vies sont entre vos mains… Sauvez-les ! Ne fermez plus les yeux, osez des actes forts sans quoi au crépuscule de la vôtre, votre bonne conscience vous jugera a minima pour « Non assistance à personne en danger » !

Véronique Le Floc’h
Secrétaire générale de la Coordination Rurale



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